Cyclocross: Michael Vanthourenhout, le Namurois

Michael Vanthourenhout s'est offert à Namur son premier titre majeur chez les professionnels. (Photo by Patrick Goosen/Orange Pictures/BSR Agency/Getty Images)

C’est à Bruges, bien loin des collines surplombant la Meuse que le neveu du sélectionneur national de cyclisme a vu le jour. Mais la capitale wallonne a offert à cet ancien grand espoir, modèle de régularité, les deux plus grands succès d’une carrière passée dans l’ombre de Wout van Aert.

L’espace d’un week-end, Namur fut la capitale européenne du cyclo-cross. Sur le plus beau tracé de la saison (ou l’un des plus beaux), les candidats à la succession de Lars van der Haar semblaient nombreux, même si le Néerlandais avait tenu à rappeler qu’il ne cèderait pas sa tunique sans combattre en signant un succès probant sur le mythique Koppenberg.

De pavés, il en est d’ailleurs question sur le tracé namurois où le champion d’Europe n’a pas souvent brillé. Il avait terminé douzième de la manche de Coupe du monde l’an dernier et lors des trois éditions précédentes, il avait pris deux fois la sixième place et une fois la dixième. Manifestement, il n’allait pas falloir que l’absence du trio magique Mathieu van der Poel, Wout van Aert et le champion du monde Thomas Pidcock pour imaginer van der Haar conserver son titre sur les hauteurs de la Citadelle.

Comme souvent, l’un des principaux favoris se nomme Eli Iserbyt. Comme souvent, il va décevoir dans un grand rendez-vous. Déjà pas épargné par la malchance lors de l’Euro en 2021, le crossman de poche ne franchira même pas la ligne d’arrivée dans la capitale wallonne. Après avoir subi un problème mécanique dans le dévers, le champion d’Europe 2020 a ressenti une forte douleur à la jambe gauche qui est potentiellement le retour d’une douleur chronique. Il faudra voir à quel point cette dernière pourrait l’handicaper pour la suite de la saison.

Vanthourenhout avait pourtant déjà donné le ton en décembre dernier

Comme souvent, son coéquipier Michael Vanthourenhout ne faisait pas l’objet de toutes les attentions médiatiques. A tort, car n’était-il pas le dernier vainqueur en date sur le tracé namurois en 2021 ? A l’époque, le blondinet brugeois avait quand même devancé Pidcock de 36 secondes. Un exploit qui aurait pu en faire le troisième homme derrière van der Poel et van Aert pour la suite de la saison, mais les épreuves suivantes l’ont à nouveau cantonné dans une ombre à laquelle il s’est trop souvent habitué ces dernières années.

Michael Vanthourenhout avait triomphé sur les hauteurs de la Citadelle lors de la manche de Coupe du monde organisée en 2021. (Photo by DAVID STOCKMAN/BELGA MAG/AFP via Getty Images)

Il échouera derrière Iserbyt au classement de la Coupe du monde et au pied du podium au Mondial de Fayetteville dominé par un Pidcock déchaîné. Le champion d’Europe espoirs de 2013, qui avait devancé à l’époque Mathieu van der Poel et Gianni Vermeersch, était-il définitivement condamné aux places d’honneur ?

Il semblait pourtant promis à de nombreuses victoires chez les pros quand il s’offrait, le 31 janvier 2015, le titre Mondial à Tabor devant Laurens Sweeck. Sauf que la même année, chez les élites, ses cadets Mathieu van der Poel et Wout van Aert trustaient déjà les deux premières places. Le Brugeois n’était tout simplement pas assez phénoménal pour inscrire son nom en grandes lettres dans l’histoire des courses de labourés.

Une progression régulière

Michael Vanthourenhout s’inscrit en effet plus dans la catégorie des « matures tardifs ». Très régulier, il semble toujours lui manquer ce petit quelque chose pour briller avec les grands spécialistes de la disicipline hivernale préférée des Flamands. Contrairement aux trois grands, le Brugeois privilégie aussi le cross à la route. La saison dernière, il n’a presté que 8 jours de course au sein des pelotons. Une 24e place au circuit de Wallonie à Fleurus a été son meilleur résultat. A croire que le sud du pays l’inspire un peu plus que son nord natal où il n’a jamais conquis de succès majeur à l’exception du Superprestige de Merkplas en 2020.

Outre le Tour de Belgique qu’il dispute pratiquement tous les ans, il s’est déjà aligné sur le Tour de Wallonie où il a signé son meilleur résultat dans une course par étape (27e en 2020). Il n’a jamais remporté de bouquet sur bitume et ses tops 10 se comptent sur les doigts de la main: 10e sur le Prologue du Tour de Slovaquie 2016, 5e de la 3e étape du même Tour en 2017, 9e d' »A Travers les Ardennes Flamandes » en 2018, 4e de l’étape chronométrée du Tour d’Alsace cette année et 8e de la 3e étape de la Flèche du Sud au Luxembourg. Tout est dit ! Pour Michael Vanthourenhout, l’amour semble clairement dans les labourés.

Michael Vanthourenhout a devancé le champion d’Europe sortant Lars van der Haar et son compatriote Laurens Sweeck. (Photo by Patrick Goosen/Orange Pictures/BSR Agency/Getty Images)

Cette année, en 10 cross, il n’a jamais figuré en dehors du top 5 et, avant son sacre européen de dimanche, il s’était imposé lors de deux épreuves mineures de début de saison. L’an dernier, Vanthourenhout n’avait décroché que 4 bouquets dont celui si prestigieux sur une Citadelle qui allait de nouveau lui offrir son plus beau moment de gloire ce dimanche.

Avec 16 succès à son actif, dont seulement deux épreuves de Coupe du monde (l’autre à Tabor), le palmarès du neveu du sélectionneur national ne sera jamais le plus étoffé de l’histoire du cyclocross. On peut cependant aussi souligner l’impressionnante collection de places dans le top 5 qu’il a obtenues au cours de sa carrière.

Sur les cinq dernières saisons, il a été présent 104 fois parmi les cinq premiers sur les 152 épreuves auxquelles il a pris part, soit 68,4% du temps. Il a aussi figuré à 45 reprises sur le podium d’un cross sur ce laps de temps, 20 fois sur la deuxième marche du podium et 25 fois sur la troisième. Soit près de 30% des courses lors desquelles il a pris le départ.

En devançant Lars van der Haar de 40 secondes ce dimanche, Michael Vanthourenhout s’est offert à 29 ans son premier titre majeur chez les grands. Certes, sans devoir faire se frotter au trio magique, diront les esprits chagrins. Mais ce coureur régulier et discret, passé par deux fois à côté de l’or tant à l’Euro (derrière Iserbyt en 2020) qu’au Mondial (dauphin de van Aert en 2018) méritait quand même bien un jour un peu de gloire, surtout en l’emportant sur un tracé aussi réputé et attendu que Namur.