Opinion

Jacques Sys

« Au milieu de toute l’euphorie qui a suivi la victoire d’Evenepoel sur la Vuelta, la nuance doit rester de mise »

Jacques Sys Jacques Sys, rédacteur en chef de Sport/Foot Magazine.

Jacques Sys, rédacteur en chef de Sport/Foot Mmagazine, revient sur le sacre de Remco Evenepoel à la Vuelta. « La question de savoir s’il aurait gagné sans l’abandon de Roglic ne trouvera jamais de réponse ».

Remco Evenepoel doit-il ou non participer au Tour de France l’année prochaine ? C’est déjà la question qui est sur toutes les lèvres de nombreux suiveurs du cyclisme après la victoire du jeune Brabançon sur les routes du Tour d’Espagne. La Belgique va connaître une Remcomania dans les prochaines semaines, mais c’est typique de la manière dont le vélo est vécu dans notre pays.

Au milieu de toute cette euphorie qui a suivi (logiquement) la victoire de notre compatriote, la nuance doit rester de mise. On ne répondra jamais à la question de savoir si Evenepoel aurait gagné si Primoz Roglic n’avait pas été contraint à l’abandon au départ de la 17e étape. Le Belge n’a pas été confronté à une grande opposition. Enric Mas, son dernier rival, a certes terminé à deux reprises comme premier dauphin sur la Vuelta, mais il a dû se contenter des cinquième et sixième place sur le Tour dans le passé. Cette année, il ne pointait qu’à une modeste onzième lorsque, après dix-huit étapes, il a dû renoncer à poursuivre sa route en raison d’un test positif à la covid.

Néanmoins, il faut aussi souligner les progrès accomplis par Remco Evenepoel en tant que coureur tout au long de cette Vuelta. Il est parvenu à gérer l’altitude lors de l’étape de dimanche dernier vers la Sierra Nevada. Il a roulé pendant des kilomètres en tête d’un groupe de poursuivants, avec Roglic dans sa roue. Ce n’est pas anodin, surtout qu’il n’a pas demandé le relais une seule fois et qu’il ne s’en est pas plaint par la suite. Remco Evenepoel semble plus équilibré avec les années. Il a arrêté de faire les déclarations tapageuses ou de se comporter comme un adolescent. Le Brabançon est plus mature, plus respectueux de ses coéquipiers et communique beaucoup mieux dans les médias. Tout comme Wout van Aert, Remco Evenepoel n’est pas un homme de clichés.

Avant l’épilogue heureux de ce Tour d’Espagne, Patrick Lefevere, le grand manitou de la Quick.Step, a déjà déclaré qu’il préférait voir Evenepoel courir le Giro plutôt que le Tour en 2023. Tout dépendra aussi du parcours du prochain Tour de France. Combien de kilomètres de contre-la-montre seront programmés par les organisateurs ? Quelle sera la difficulté des étapes de montagne ? Les cols français ne sont pas comparables à ceux d’Espagne et la concurrence sera plus féroce. Evenepoel doit prendre les bonnes décisions au meilleur moment. Il va sans doute progresser physiquement, ce qui augmentera également son explosivité. Cette année, son explosivité a déjà augmenté, comme on a pu le constater sur Liège-Bastogne-Liège quand il a démarré au sommet de la Redoute. Dans les grands tours, il faut également être capable de composer avec les changements de tempo incessants des purs grimpeurs, lors d’ascensions très longues et avec une pente importante. C’est une évolution qu’il fera sans doute avec le temps. N’oublions pas que Remco Evenepoel n’a jamais que 22 ans.

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