Un journaliste spécialiste du Qatar témoigne: «On a caché beaucoup de suicides parmi les ouvriers»

Des travailleurs étrangers à l'ouvrage à Doha. La plupart d'entre eux seront renvoyés chez eux durant la Coupe du monde, pour donner un aspect plus "soigné" au paysage. © KOEN BAUTERS - SAM KUNTI
Steve Van Herpe
Steve Van Herpe Steve Van Herpe est rédacteur de Sport/Voetbalmagazine.

L’attribution de la Coupe du monde au Qatar continue à faire des vagues XXL. On entend ici que le pays a bien progressé entre-temps. Info ou intox? Donnons la parole au journaliste Sam Kunti, qui a effectué plusieurs visites dans ce pays et a parlé avec des Qataris, mais aussi des ouvriers étrangers.

«Plus je discutais avec des travailleurs étrangers, plus je me rendais compte qu’ils avaient des problèmes mentaux. Il ne faut pas oublier qu’ils proviennent d’un milieu très pauvre dans leur pays d’origine. Ils ont déjà dû donner entre 2.000 et 3.000 euros à l’agent qui les a recrutés. Ça veut dire que quand ils sont arrivés au Qatar, ils étaient déjà endettés. Une fois sur place, ils sont confrontés à des vols de salaires, des paiements en retard, des problèmes physiques. Tout ça fait qu’ils se retrouvent souvent dans une situation sans issue.

En mars de cette année, j’ai rencontré des Gambiens dans un de ces camps de travail. Pour nouer le contact, je leur ai parlé de Tom Saintfiet, le coach belge de la Gambie. Ils m’ont expliqué qu’on leur avait promis un boulot, mais quand ils sont arrivés au Qatar, il n’y avait rien. Ils étaient endettés parce qu’ils avaient dû payer leur agent de recrutement. Un de ces gars était sur place depuis un mois et il n’avait plus rien, il devait mendier pour recevoir un peu d’eau et de nourriture, il ne savait pas comment rentrer en Gambie. Il était hébergé par des compatriotes, il dormait à même le sol, il y avait des rats et des souris. Après quelque temps, il n’a plus voulu m’adresser la parole: Si je continue à te parler, ils vont me trouver. Ils ont un système d’espionnage sophistiqué, je vais être tracé. Après un mois, il était déjà complètement parano.

Il y a eu de nombreux suicides parmi les ouvriers étrangers. D’un autre côté, beaucoup de ceux que j’ai accostés gardent quand même espoir. Les suicides, c’est un sujet qui n’est jamais abordé. C’est difficile d’avoir des chiffres fiables parce que la plupart du temps, le certificat de décès mentionne une mort naturelle. L’âge moyen des ouvriers étrangers est compris entre 25 et 35 ans. Autant de morts naturelles dans cette tranche d’âge, c’est plus qu’interpellant.»

Lire l’interview complète avec Sam Kunti dans le Guide du Mondial de Sport/Foot Magazine

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