L’homme méconnu de la première journée: Salem Al-Dawsari, l’homme qui a fait tomber l’Argentine

Salem Al-Dawsari va offrir un jour férié à l'Arabie Saoudite. (Photo by Julian Finney/Getty Images)

C’est déjà l’un des buts du Mondial, peut-être pas le plus beau, surtout avec celui signé par Richarlison contre le Brésil, mais le plus important et le plus historique. L’Argentine de Lionel Messi s’est pris les pieds dans le tapis pour son entrée dans le tournoi. Et à la place des succès faciles 4 ou 5-0 qu’on lui prédisait, l’Albiceleste est rentrée avec une solide désillusion dans ses bagages. La faute notamment à un Salem Al Dawasari, adulé dans une Arabie Saoudite que nous connaissons si mal en Europe.

Pour refroidir un pays, il ne faut pas toujours une bonne climatisation comme celles qui sont installées dans les 8 stades qataris. Un ballon logé dans une lucarne suffit parfois. Ce mardi, en Argentine, il est 6h27 et le réveil est difficile pour les partisans de l’Albiceleste qui n’en croient pas leurs yeux en voyant le score de 1-2 en faveur de l’Arabie Saoudite indiqué sur le tableau marquoir du Lusail Iconic Stadium. Pendant l’heure précédente, les lève-tôt argentins pestaient surtout sur le manque de réalisme des leurs, qui s’étaient vus refuser trois buts par la VAR pour des positions de hors-jeu. Malgré la prise de pouvoir par l’entremise d’un pénalty converti par Lionel Messi, les Saoudiens, guidés par le coach à succès du continent africain, Hervé Renard, jouaient le piège du hors-jeu à la perfection, bien aidés par des attaquants argentins qui manquaient de flair et d’une deuxième ligne qui n’en profitait pas pour s’infiltrer et surprendre ainsi l’arrière garde des Faucons verts.

On l’avait d’ailleurs senti dès le coup d’envoi. Contrairement à l’Iran la veille, qui était monté sur le pré en martyr consentant des Anglais, les protégés de Renard n’allaient pas hésiter à bousculer et malmener les stars offensive de l’Albiceleste. Il n’était plus question de se laisser marcher sur les pieds comme quatre ans auparavant contre la Russie qui avait infligé un score de forfait aux Saoudiens.

Le manque de réalisme argentin a été sanctionné dès le retour aux vestiaires. Après 180 secondes, Saleh Al-Shehri douchait une première fois les ardeurs albiceleste avant que Salem Al-Dawsari ne le congèle définitivement avec un missile téléguidé dans la lucarne opposée d’Emiliano Martinez. Les Faucons verts conservaient leur maigre avantage et s’offraient l’un de leur plus beaux exploits en Coupe du monde depuis le slalom géant de Saeed Al-Owairan au sein de la défense diabolique en 1994. Un des buts marquants de l’histoire de la Coupe du monde.

Salem Al-Dawsari a renversé l’Argentine. (Photo by Julian Finney/Getty Images)

Si le bourreau des Belges avait 27 ans à l’époque de son crime et évoluait, comme tout au long de sa carrière, dans un club, Al Shabab, que sa victime du jour, Michel Preud’homme, allait entraîner bien plus tard avec succès, celui des Argentins est déjà entré dans le club des trentenaires et n’évoque sans doute rien pour les suiveurs du football, logiquement omnibulés par les compétitions disputées sur le Vieux Continent, voire l’Amérique du Sud.

Membre important du meilleur club d’Asie du XXe siècle

Pourtant, avant le coup d’envoi de la Coupe du monde, les observateurs saoudiens annonçaient Al-Dawsari comme l’une des possibles révélations de ce tournoi au Qatar. Il faut bien avouer que beaucoup, dont nous aussi, ont probablement ricané intérieurement en lisant cette affirmation. Le joueur d’Al-Hilal y a répondu de la plus éclatante des manières.

Les joueurs saoudiens s’exportent effectivement très peu et malgré la volonté de la Saudi Pro League d’attirer de plus en plus de noms ronflants, l’Europe continue de ne prêter que peu d’attention à cette compétition qui a pourtant attiré des entraîneurs belges dans le passé, comme Yannick Ferrera, que nous avions rencontré à l’époque lors de son mandat à Al-Fateh.

Al Hilal, où évolue Salem Al-Dawsari, depuis le début de sa carrière est le plus grand club d’Arabie Saoudite. Il a même été désigné par l’IFFHS comme la meilleure formation asiatique du XXe siècle, loin devant les Japonais de Yokohama Marinos. L’équipe basée à Riyad a d’ailleurs fait parler d’elle dans l’interview choc accordée par Cristiano Ronaldo à Piers Morgan. Le Portugais y révélait que les Saoudiens avaient tenté de l’attirer cet été en lui proposant un contrat de… 240 millions sur deux ans. Un flirt qu’il tentera peut-être de renouer ces prochaines semaines après son divorce fracassant avec Manchester United. Même si, certaines rumeurs l’annoncent aussi chez le deuxième club le plus titré du pays: Al Nassr.

En attendant de savoir si CR7 déposera ses bagages à Riyad, Al-Dawsari s’est affirmé comme l’une des pièces les plus importantes d’Al Hilal. Si le club a engagé certains noms ronflants pour alimenter le marquoir, comme Odion Ighalo, réserviste à Man U, mais meilleur artificier de la dernière cuvée de Saudi Pro League, il compte surtout sur son élément du cru pour garantir une identité basée sur un jeu soigné et offensif.

L’ailier apporte d’ailleurs une contribution importante aux derniers trophées remportés par sa formation, vainqueure de cinq des six derniers championnats nationaux (sur 18 au total dans son histoire) et de deux Ligues des Champions asiatique au cours des trois dernières années. Il a en effet son pied impliqué dans 14 buts en championnat, à égalité avec Moussa Marega, qui avait rejoint les Bleu et Blanc en 2021, en provenance du FC Porto. Seul Ighalo, avec 24 buts et 4 passes décisives, a été plus déterminant que ce duo pour la formation saoudienne.

Une seule apparition en Liga contre le Real Madrid

Salem Al-Dawsari, surnommée « La Tornade » en raison de son accélération déroutante, est considéré comme le meilleur joueur du Moyen Orient ces dernières années, mais il a pratiquement disputé toute sa carrière dans son pays natal, où il a planté 71 roses en 309 apparitions.

Cependant, en 2018, dans la foulée d’un accord de collaboration entre les ligues espagnoles et saoudiennes, qui devai favoriser les transferts entre les deux pays, sept Faucons verts ont posé leurs valises dans la péninsule ibérique, avec un résultat peu concluant. Neuf prêts pour six mois dont ceux de Fahad Al-Muwallad à Levante et Yahia Al-Shehri à Leganés, mais surtout de Salem Al-Dawsari à Villarreal. Un flop retentissant pour ce dernier qui n’enfilera la liquette du Sous-Marin jaune qu’à une seule reprise. C’était cependant le 19 mai 2018, contre l’adversaire le plus prestigieux possible: le Real Madrid.

Si sur le plan sportif, l’opération qui devait aider le football saoudien à renforcer la qualité de son équipe nationale en vue de la Coupe du monde en Russie, s’avère un échec cuisant, sur le plan commercial, en revanche, elle a porté ses fruits. Les annonces des nouvelles recrues sur les réseaux sociaux ont en effet dépassé les records de RT et d’engagement et pratiquement tous les autres paramètres mesurables. Levante et Villarreal, par exemple, ont respectivement connu une croissance sur Twitter de 22,74% et 14,74%. LaLiga, a clairement gagné en visibilité dans un pays de plus de 30 millions d’habitants, où la compétition la plus suivie était précisément l’espagnole.

Salem Al Dawsari, lors de sa seule apparition sous le maillot de Villarreal, le 19 mai 2018 contre le Real Madrid.(Photo by Maria Jose Segovia/NurPhoto via Getty Images)

Al-Dawsari est ensuite rentré au pays, retrouvant son maillot fétiche d’Al Hilal où il a continué d’être décisif avant de prendre de plus en plus d’ampleur sous son autre liquette, celle des Faucons verts.

Lors du Mondial 2018, le natif de Djeddah avait également marqué un but historique, celui du succès, acquis à la 95e minute, contre l’Egypte. Al-Dawsari permettait ainsi à sa nation de célébrer pour la première fois une victoire au plus haut niveau mondial depuis la folle chevauchée d’Al Owairan contre la Belgique, 24 ans auparavant.

Tornade nationale

Il vient désormais de prolonger le bonheur de son pays contre l’Argentine, offrant carrément un jour férié à son peuple. L’ailier gauche a marqué 18 fois en 10 ans, depuis ses débuts en sélection. Son coup de canon contre l’Argentine lui a aussi permis de devenir le meilleur buteur de l’équipe actuelle puisqu’il devance désormais d’une rose Fahad Al-Muwallad, un autre joueur clé des Faucons verts. Il reste cependant encore bien loin du meilleur artificier de l’histoire de l’Arabie Saoudite puisque Majed Abdullah avait fait trembler les filets à 72 reprises au cours de ses 117 appels à défendre les drapeaux.

La liste d’Hervé Renard comprend 12 membres d’Al-Hilal sur les 26 représentants saoudien, soit quasiment la moitié de l’effectif. C’est le huitième club le plus représenté au Mondial. C’est sans doute un élément important qui explique les automatismes présents dans le onze de base, où quatre membres de l’arrière garde, dont le gardien Mohammed Al-Owais, évoluent en club au sein de la formation la plus titrée d’Arabie Saoudite.

S’il poursuit sur sa lancée qatarie, Salem Al-Dawsari pourra-t-il s’offrir une seconde chance sur le Vieux Continent ? C’est peu probable en raison de son âge avancé et d’une carrière exclusivement passée dans une ligue bien plus faible que de nombreux championnats européens.

Malgré sa polyvalence et sa vitesse, il n’a affiche pas un ratio de buts très impressionnant avec une moyenne de 0,23 buts par rencontre en Saudi Pro League. C’est sans doute trop peu, sans compter les difficultés d’adaptation culturelle qu’éprouvent souvent des joueurs issus de cette zone du monde. Si certaines vedettes parties faire une pige dans les états du Golfe, pour se gaver de pétrodollars, ont parfois été en mesure de revenir en Europe en conservant un bon niveau de jeu, les joueurs locaux ont plus de difficultés à franchir le pas.

Hilal’s midfielder Salem al-Dawsari celebrates his goal during the 2019 FIFA Club World Cup semi-final football match between Brazil’s Flamengo and Saudi’s al-Hilal at the Khalifa International Stadium in the Qatari capital Doha on December 17, 2019. (Photo by Giuseppe CACACE / AFP) (Photo by GIUSEPPE CACACE/AFP via Getty Images)

La Belgique avait d’ailleurs connu un cas en la personne d’Osama Hawsawi. Capitaine des Faucons verts, il avait quitté Al-Hilal en 2012 pour renforcer la défense d’Anderlecht. Un flop de dimension puisqu’après quelques mois seulement et deux petites apparitions dans le maillot mauve, il était rentré au pays du côté d’Al-Ahli.

Difficile d’espérer un meilleur destin pour un Salem Al-Dawsari qui reste en mesure de nous éblouir encore lors des deux prochains matches de sa sélection au Qatar. Et pourquoi pas d’offrir un deuxième jour férié à ses compatriotes en cas d’accession au 1/8e de finale. Un exploit déjà réalisé voici 28 ans, aux Etats-Unis.