De Sclessin à la Premier League, en passant par Anderlecht et la Bundesliga, William Vainqueur est cité tous azimuts en prévision de la saison prochaine. Qu’en est-il réellement ?

Le Parisien est le bâton de maréchal, la plus belle réussite de Jean-François de Sart dans son rôle de directeur technique du Standard. Entre ses débuts réussis la saison passée, à Hanovre, sur la scène européenne, et son magnifique comportement en P01, sa marche en avant rappelle celle de Steven Defour. Baroudeur, le  » milieu def  » français ne se contente plus de chasser pour les autres. Il lave plus que jamais un nombre considérable de ballons, au profit d’une équipe qui aime jouer bas et en contres. Vainqueur reste un essuie-glaces mais son élégance, sa technique et son engagement dans les duels dégagent un potentiel de patron.

Ses statistiques du premier Classico des PO1 donnent une idée de son impact grandissant dans la grinta du Standard : 19 duels gagnés sur 22, 49 bonnes passes sur 50, une plus grosse activité que Lucas Biglia, etc. A Lokeren, où les Rouches, battus 4-1, ont été trahis par leur défense, Vainqueur a peiné et accusé le coup à l’image de toute son équipe. Notre tour de la situation cerne les possibilités, les atouts et les progrès à accomplir d’un joueur qui a relancé sa carrière en Belgique.

Vainqueur est-il la star de ces play-offs ?

C’est Francky Dury qui le dit dans les colonnes de la Dernière Heure :  » Vainqueur est intenable tant il rayonne. Je le considère comme le meilleur joueur de ces play-offs ! « . Le débat est donc lancé. Il y a deux mois, lorsque Sport/Foot Magazine analysa le duo Vainqueur-Yoni Buyens, Guy Vandersmissen, l’ancien capitaine du Standard déclarait à propos du médian français :  » Au début Vainqueur avait tendance à jouer trop latéralement, comme Biglia, mais je trouve que Mircea Rednic essaie de corriger cela.  »

En une phrase, il avait résumé sa métamorphose cette saison. Et celle-ci est encore davantage visible dans ces play-offs. Jamais les qualités de récupérateur, d’harceleur et de technicien de Vainqueur ne furent mises en cause. Par contre, on lui reprochait d’oublier sa tâche offensive. Désormais, Vainqueur est devenu le métronome du jeu liégeois. Tous les ballons passent par lui et il en redistribue énormément vers l’avant.  » Avant, son péché mignon consistait à donner des ballons faciles, latéralement « , rappelle Philippe Albert.  » Désormais, il a pris confiance en ses moyens et il prend plus de risques. Sa relance vers l’avant s’est fortement améliorée « .

Autre progression notable : son endurance. La saison passée, après avoir fourni six bons premiers mois, l’ancien joueur de Nantes s’était écroulé après la trêve. Il avait même été placé sur le banc durant certaines rencontres de play-offs. Ce n’est plus le cas en 2013. Vainqueur a parfaitement géré son passage à vide de début de janvier, avant de repartir de plus belle et de finir la saison en boulet de canon. Dans ces play-offs, il enchaîne les grosses prestations, sans baisser de rythme.

Pourtant, au bout du compte, c’est sans doute dans la tête qu’il a le plus progressé.  » Il a pris de l’assurance et demande de plus en plus de ballons. Cependant, il n’a pas fallu les play-offs pour savoir qu’avec Ezekiel, il était le joueur de la saison au Standard.  »

Peut-être pas mais on se demandait si dans des confrontations face aux ténors, tous les trois jours, Vainqueur, dont le jeu demande beaucoup d’énergie, serait capable de répondre présent. La réponse est oui. Et de quelle façon ! A Bruges, il a surclassé et muselé un entrejeu trois étoiles composé de Vadis, Victor Vazquez et Maxime Lestienne. Rebelote contre Anderlecht et à Zulte, alors que son équipe sombrait, il a sorti un des buts de l’année. Sur les trois premiers matches du Standard, il fut donc décisif. Contre Genk, il s’est mué en temporisateur et patron. Aucun autre médian des PO1 n’a réussi à se montrer autant que lui !

A-t-il assez de talent pour la Bundesliga ou la Premier League ?

La nouvelle a fait de l’effet : Newcastle aurait fait une offre au Standard en janvier. Vainqueur pourrait-il prester en Angleterre ? Sa nationalité plaide en tout cas en sa faveur. La Premier League aime les Français et plus précisément Newcastle qui en compte onze dans son noyau. De plus, depuis le passage de Patrick Vieira, les Anglais estiment qu’il existe  » a typical French number six « , soit un médian défensif made in France.

En janvier, Southampton avait également pensé à Vainqueur. L’ancien manager (passé depuis lors à Reading), Nigel Adkins avait visionné plusieurs fois ce joueur pour lequel il était disposé à allonger 3 millions d’euros.  » C’est vrai qu’il est monté en puissance cette saison « , explique un agent d’une firme anglaise qui suit notre championnat,  » mais je n’ai pas trop cru dans l’intérêt de Newcastle qui, avec Yohan Cabaye et Cheikh Tioté dispose de deux joueurs largement supérieurs à Vainqueur. Au niveau impact et volume, je sais que certains clubs anglais se posent encore des questions sur lui. Car, même s’il s’agit d’un bon joueur, il n’a pas de point fort particulier. Prenons un exemple : Steve Nzonzi a disputé 35 matches cette saison avec Stoke. En qualité pure, il n’est certainement pas meilleur que Vainqueur mais il a un point fort : son jeu aérien. Et il n’est donc pas étonnant qu’il aboutisse et réussisse à Stoke, où le manager, Tony Pulis ne prend que des joueurs de plus d’1m90.

Si on ne regarde que le Standard, les deux jeunes attaquants (Ezekiel et Michy Batshuayi) répondent davantage aux critères anglais. La piste Southampton (et le prix annoncé) me paraît par contre beaucoup plus crédible… à l’époque. Car depuis lors, Adkins a laissé sa place à un entraîneur espagnol, Mauricio Pochettino,plus intéressé par des profils techniques. Est-ce que Vainqueur rentre encore dans les plans de recrutement ?  »

Autre point faible pour Vainqueur : son âge. A 24 ans, il n’entre plus dans la catégorie des espoirs. Un joueur comme Junior Malanda a d’ailleurs davantage la cote outre-Manche. Les clubs visent le potentiel et misent sur des joueurs plus jeunes. S’ils transfèrent un joueur plus âgé, ils attendent de lui qu’il soit une plus-value immédiate pour le club.

L’Allemagne le garde également à l’oeil, depuis sa prestation en Coupe d’Europe avec le Standard à Hanovre (0-0). Ce jour-là, Vainqueur avait été lancé dans le bain et avait particulièrement bien dirigé l’entrejeu.  » Il y a une série de clubs intermédiaires allemands qui pourraient être intéressés par ce profil « , explique l’agent Yuri Selak.

Quant à son prix, il devrait osciller entre 2 et 4 millions d’euros et dépendra donc du réseau de son agent et de la demande (un manager qui tombe sous le charme).

Si le Standard peut s’attendre à un léger bénéfice, il ne risque pas de se faire beaucoup d’argent en vendant Vainqueur (il l’a quand même acheté 1,7 millions d’euros). Les clubs étrangers ne sont en effet pas disposés à débourser autant que pour Axel Witsel (8 millions), Steven Defour (6 millions) ou Eliaquim Mangala (6,5 millions). On est davantage dans la fourchette Felipe-Dante (2,5 millions chacun).

Est-il le remplaçant idéal de Lucas Biglia à Anderlecht ?

Anderlecht mesure que l’ère Biglia se terminera, pour de bon cette fois, en fin de saison. Le joueur a besoin d’un nouveau 6 comme de pain blanc. Une source bruxelloise confirme que  » Vainqueur intéresse Anderlecht au plus haut point « . L’entourage du joueur nous a confirmé être au courant de l’estime des Mauves. Cela signifie bien qu’Anderlecht a pris la température et fera une offre à Sclessin en fin de saison. C’est une certitude mais prudent, le Sporting bruxellois suit d’autres pistes, en Espagne notamment, et notre interlocuteur mauve précise :  » Vainqueur attire notre attention depuis un bon bout de temps. Nos scouts étudient son style et font des projections sur ce qu’il pourrait nous apporter. Ils ont remarqué qu’il est particulièrement à l’aise dans une formation défensive qui évolue assez bas. Par contre, nous avons des interrogations à propos de son fonctionnement dans une équipe qui impose le jeu dans le camp adverse où il y a moins d’espace.  »

Anderlecht a le sentiment que Vainqueur possède le profil indiqué pour remplacer Biglia mais s’interroge encore, attend la certitude d’encaisser un gros chèque européen avant de se lancer dans la bataille pour le médian défensif du Standard. José Riga a lancé l’ancien milieu de Nantes en D1. Dès son arrivée en bord de Meuse, Riga a compris que Vainqueur avait faim, envie de progrès et de revanche.

 » Oui, Vainqueur brillerait et conviendrait à Anderlecht « , souligne Riga.  » Je prétends même que tout serait plus facile pour lui au stade Constant Vanden Stock. J’apprécie Biglia qui a souvent la chance d’évoluer dans un fauteuil, sans pressing sur sa personne. Vainqueur pourrait s’adapter facilement à ce changement de donne. Ses passes sont précises : elles le seraient encore davantage dans une équipe aux accents techniques plus accentués. Je ne dis pas que Biglia sera facile à remplacer, loin de là, mais William a la taille de l’emploi. La saison passée, j’avais demandé à Vainqueur de mettre petit à petit le nez à la fenêtre. Il l’a fait et le phénomène s’est accentué, comme on le voit depuis le début des PO1.  »

 » Et, à la clef, il ajoute désormais une frappe très lourde. Je savais qu’il était capable de placer de tels missiles. Cette puissance de frappe pourrait être utile à Anderlecht. William connaît bien le football belge, maintenant, et, à sa place, je resterais encore un peu ici. A Anderlecht, peut-être, mais, selon moi, de préférence au Standard si les Liégeois sont certains d’être européens la saison prochaine. Cela lui permettrait de confirmer son nouveau statut au coeur d’une équipe qu’il connaît comme sa poche. Et, dans ce cas-là, il aura forcément de très belles opportunités lors du prochain mercato d’hiver.  »

Ancien du grand Sporting des années 60, Georges Heylens partage totalement l’analyse de Riga et ajoute :  » Vainqueur est un enfant de l’école française. Au-delà de sa hargne et de sa lecture du jeu, je retiens la qualité de ses passes. Il est souvent au ballon et ses relances, courtes ou longues, avec des adversaires ou pas autour de lui, sont précises. Il y a très peu de déchet dans son football : ça ne trompe pas, c’est un signe de classe. Le Français permet aux autres de mieux jouer : si Yoni Buyens marque régulièrement, c’est aussi parce que Vainqueur organise la récupération du ballon.  »

Le Standard piste-t-il un remplaçant pour Vainqueur ?

Les Liégeois ne semblent pas pressés de prolonger le contrat de Vainqueur qui court jusqu’en 2016. Cette attente d’un nouvel accord, donc d’une amélioration de son salaire, a duré cinq mois et le camp Vainqueur, longtemps patient, en a définitivement fait son deuil. En décodant, on comprend que Vainqueur et ses proches ont regretté le manque de célérité de la direction du Standard qui semblait préférer boucler le dossier Jelle Van Damme.

Qu’est-il aujourd’hui ? Le Français ne restera en Belgique qu’à une condition : une qualification directe pour la Ligue des Champions, uniquement accessible via le titre.

Le Parisien a trois offres anglaises, deux d’Allemagne et deux de France. Ces clubs proposent un montant supérieur au prix payé par le Standard à Nantes. Anderlecht ? L’entourage de Vainqueur a pris connaissance de cet intérêt mais écarte cette possibilité, mesurant que l’opposition entre les deux clubs ne serait une bonne chose pour personne. Le Standard rencontrera encore Vainqueur mais cherche aussi des solutions de remplacement, probablement en France et parmi ses jeunes. Ibrahima Cissé, par exemple, est un médian défensif de formation qui peut faire le ménage avec Buyens. Mais il n’a que 19 ans et manque de vécu. La succession de Vainqueur ne tardera pas à devenir une priorité.

PAR PIERRE BILIC ET STÉPHANE VANDE VELDE – PHOTOS: IMAGEGLOBE

Anderlecht a pris la température et fera une offre en fin de saison.

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