» J’aurais pu réussir une carrière plus brillante mais je ne regrette rien. Je me suis attaché au FC Liégeois. Pour moi, chaque victoire a été une grande joie. Pour réussir à la fois mes études de droit et une carrière professionnelle, j’ai dû brosser plus souvent les cours que les entraînements  » : ces paroles de Louis Phillips (1950-2012, 214 matches de D1 entre 1974 et 82, 2 buts) et d’autres rappels intéressants à propos de ce joueur ont été repris dans deux livres consacrés au FC Liégeois : L’Europe avec Waseige (ThierryEvens) et La jeunesse centenaire. (Thierry Evens, Bruno Dubois et Philippe Leruth). Même si les Sang et Marine de son époque ont souvent tiré le diable par la queue, le barbu de Rocourt mérite largement sa place dans les livres d’histoire de son club. Il n’était jamais facile de jouer au stade vélodrome. Au cours des années 70, Liège changea de style : après avoir longtemps misé sur la technique, ce club corsa son jeu. Cela chauffait souvent dans ce stade et dans le long tunnel qui menait au terrain : de gros mots y ont souvent résonné.

Aujourd’hui, on compte les clubmen sur les doigts de la main en, D1. Phillips appartenait à cette race qui était déjà en voie de disparition à son époque. Il me fait penser à un des plus grands stoppers de l’histoire d’Anderlecht, Jean Plaskie. Mon ami Jean était une sangsue qui immobilisait le meilleur attaquant adverse. C’était le principal job de tels joueurs, sérieux, concentrés de la première à la dernière minute. On disait à leur propos  » qu’ils auraient suivi leur adversaire direct jusqu’à la toilette « . Plaskie avait besoin d’un arrière plus technique, comme Laurent Verbiest ou Julien Kialunda, à côté de lui. Phillips a bien fonctionné avec, entre autres, un artiste comme Nicolas Dewalque.

Il savait se faire respecter dans les duels. Son look effrayait mais il a souvent insisté :  » Durant toute ma carrière, je n’ai blessé qu’un seul joueur. Mais i1 s’appelait Rob Rensenbrink. Certains journaux ont alors sali ma réputation. Pourtant, c’était tout à fait involontaire. J’avais b1oqué le ballon et il n’y avait même pas de faute. L’arbitre a sifflé parce qu’il est tombé.  » Sa carrière se termina brutalement contre Courtrai au printemps 1982. Mais le taulier de Rocourt disposait d’autres atouts. Comme Jean-François de Sart et Boris Henry, après lui, il mena de solides études universitaires et travailla comme juriste chez Ethias. Les choses ont changé. Les stoppers participent désormais à la manoeuvre. Par contre, on en revient à ce qui se passait du temps de Phillips : bien former les jeunes et leur faire confiance.  »

PROPOS RECUEILLIS PAR PIERRE BILIC

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