Bruno Govers

Souvent réduit à une vaine poursuite par le passé, le président du RSCA veut voir son club refaire la course en tête.

En cette matinée du lundi 16 juin, une certaine frénésie est palpable au Parc Astrid. Herman Van Holsbeeck accomplit sa première journée de travail dans son nouveau cadre professionnel et ce fait divers ne laisse nullement indifférents les médias, présents en masse.

 » Le manager new-look est notre avant-dernier transfert rentrant de la semaine « , observe Roger Vanden Stock depuis le bureau présidentiel.  » Avec la venue d’un troisième gardien, appelé à s’ajouter aux passages de Pär Zetterberg et de Christian Wilhelms- son dans nos rangs, nous serons parés tant aux plans sportif qu’extra-sportif au cours des mois à venir « .

Qu’avez-vous retenu de la saison écoulée ?

Roger Vanden Stock : L’équipe a incontestablement effectué un parcours à deux vitesses. Sur le mode mineur d’abord, jusqu’au creux de l’hiver, période marquée par de multiples essais aussi bien au niveau du système que des hommes. Sur les chapeaux de roue ensuite, car à l’exception d’un revers à l’occasion de son ultime sortie en championnat, à Beveren, elle avait réussi l’exploit peu banal d’engranger le maximum d’unités en l’espace de dix matches. Au décompte final, ce brio-là n’aura malheureusement pas suffi en regard du Club Brugeois, véritable champion de la régularité d’un bout à l’autre de la compétition.

A l’analyse, le RSCA n’a-t-il pas trop souvent payé un lourd tribut, ces dernières années, à des entames de compétition pour le moins boiteuses ?

Depuis mon accession à la présidence, il y a sept ans, le Sporting s’est effectivement époumoné à intervalles réguliers dans de vaines courses-poursuites. Un noyau remodelé, voire un changement d’entraîneur, ont fréquemment eu des incidences fâcheuses sur les résultats enregistrés en début d’exercice. Parfois, les joueurs se seront révélés capables de rectifier le tir. Ce fut le cas, par exemple, en 2000-2001 quand, sous la férule d’Aimé Anthuenis, ils résorbèrent un retard de six points sur les Bleu et Noir pour terminer en définitive champions haut la main. Toutes les séquences ne furent cependant pas aussi glorieuses. En 1997-98, je me souviens que nous avions dû cravacher jusqu’au bout pour obtenir, lors de la toute dernière journée, notre passe-droit européen avec Arie Haan et ce, après une entrée en matière calamiteuse sous la coupe de René Vandereycken. Tout bien considéré, ces bouleversements, d’une saison à l’autre, nous auront joué à plus d’une reprise un tour pendable. Cette fois, en revanche, j’ose espérer qu’il n’en sera rien. Car, pour la première fois depuis longtemps, nous avons terminé nos emplettes au mois d’avril déjà, du moins pour les renforts prioritaires : Pär Zetterberg et son compatriote Christian Wilhelmsson. Entendu que l’entraîneur, Hugo Broos, aura l’opportunité lui aussi de poursuivre sa mission chez nous, je suis d’avis qu’Anderlecht aura, ce coup-ci, un team directement compétitif au départ de la saison.

Par le passé, Anderlecht s’était souvent prononcé pour le nombre au détriment du pur talent. A présent, la qualité n’a- t-elle pas été davantage ciblée que la quantité ?

Aussi loin que je me souvienne, le club a toujours procédé à des acquisitions avec la conviction qu’elles conféreraient un plus à l’ensemble. Mais, je le concède volontiers, toutes ne furent pas toujours frappées du sceau du succès. Si, par rapport aux années précédentes, le Sporting a fait montre d’une activité moins fiévreuse sur le marché des transferts, c’est parce qu’il était déjà suffisamment paré dans bon nombre de secteurs, comme les événements des derniers mois l’ont prouvé. De fait, nous avions une lacune sur le flanc droit, à laquelle nous croyons fermement avoir trouvé la parade avec l’acquisition de Christian Wilhelmsson. Quant à Pär Zetterberg, est-il besoin de vanter encore ses mérites ? Personnellement, je reste persuadé qu’avec son concours, le RSCA aurait trouvé beaucoup plus tôt sa bonne carburation, la saison dernière. S’il avait été là d’entrée de jeu, je suis sûr que nous aurions mené la vie dure à Bruges jusqu’au bout. Même si j’avoue avoir été très agréablement surpris par la percée de nos jeunes, au deuxième tour, ainsi que par le dash retrouvé de Walter Baseggio.

Un faible pour Pär Zetterberg

Le come-back de Pär Zetterberg a été finalisé voici quelques mois, à une époque où l’équipe filait encore du mauvais coton, tant en championnat que sur la scène européenne. Auriez-vous été enclin à entreprendre une démarche similaire en fin de saison, après le deuxième tour héroïque du Sporting ?

Mon attitude aurait été en tous points conforme, dans la mesure où je reste convaincu de son apport précieux pour nos couleurs. En réalité, c’est un hasard que le dossier ait été justement bouclé à une période où, en effet, le RSCA n’en menait pas large sur les deux fronts précités. S’il n’en avait tenu qu’à moi, le Suédois aurait fort bien pu revenir après six mois ou après un an ou deux déjà. Mais à ces moments-là, l’Olympiakos n’était tout simplement pas disposé à se séparer de lui pour un prix décent. A présent, le contexte était tout à fait différent puisque notre ancien joueur arrivait en fin de bail chez les Grecs. Du coup, il n’y avait plus qu’à trouver un terrain d’entente entre nous. Ce qui fut rapidement matérialisé.

Les retours d’anciens au Parc Astrid se sont rarement révélés gagnants. Il suffit de songer aux cas de Georges Grün, Enzo Scifo ou Gilles De Bilde notamment. Qu’est-ce qui vous incite à croire que celui de Pär Zetterberg sera inscrit sous le signe du succès ?

Vous évoquez trois cas de joueurs dont la deuxième carrière chez nous n’a pas tout à fait répondu à l’attente, c’est vrai. Mais il y a eu des exemples de réussite également. Je songe à Filip De Wilde et à Bertrand Crasson, entre autres. Pour ce qui concerne Pär Zetterberg, l’avenir dira si cette option a été des plus judicieuses ou non. Moi, j’ai pleinement confiance en lui en tout cas. Allez savoir pourquoi, mais j’ai toujours eu un faible pour lui. Tout suiveur du football, à quelque échelon que ce soit, a invariablement un joueur favori. Pour mon père, c’était Robby Rensenbrink. De mon côté, je n’ai jamais juré que par Pär Zetterberg. C’est plus fort que moi. Ce garçon a, à mes yeux, une dimension footballistique et humaine hors normes. Je comprends qu’à près de 33 ans et compte tenu des problèmes physiques qu’il a connus, il suscite des interrogations. Mais je mets ma main au feu qu’il confondra tous ceux qui nourrissent des doutes à son sujet. Car il est animé d’une foi qui soulève les montagnes. Et il se sent concerné comme nul autre par le RSCA.

Un autre footballeur de 33 ans, dont le renouvellement de contrat a fait également jaser abondamment, est Yves Vanderhaeghe. Beaucoup s’interrogent manifestement sur la pertinence de cette décision, entendu que l’équipe s’était montrée particulièrement à son avantage sans lui au cours du dernier tiers de la saison.

Ceux-là font alors peu de cas des mérites de cet élément en maintes autres occasions. Yves Vanderhaeghe n’entrera jamais dans les annales du club comme son footballeur le plus prestigieux. Mais il a, à coup sûr, sa place au rang des plus précieux qui l’ont jamais servi. Au même titre que Pär Zetterberg, il est habité constamment par l’envie de se surpasser. Celle-là même qui a poussé le Suédois à devenir l’une des valeurs sûres, ces deux dernières années, au sein de son club athénien. Celle-là même toujours qui, dans un autre domaine, a amené Yves Vander- haeghe à se sublimer à la Coupe du Monde 2002. Je me rends compte mieux que personne que l’âge ne plaide plus nécessairement en faveur de ce duo. Mais à défaut d’avoir rang d’incontournables en toutes circonstances, je sais qu’ils auront constamment l’esprit Sporting et qu’ils s’érigeront toujours en premiers supporters de l’équipe.

Grâce à une stabilité en matière de conception de jeu ainsi qu’à l’enthousiasme et au savoir-faire de ses jeunes, Anderlecht a développé un football de la meilleure veine ces derniers mois. Ne craignez-vous pas que, suite au retour d’un numéro 10 à l’ancienne, comme Pär Zetterberg, et celui d’un demi défensif qui, contrairement à Junior, ne ratisse pas en profondeur mais en largeur, comme Yves Vanderhaeghe, le RSCA n’effectue un pas vers l’arrière ?

A l’évidence, Pär Zetterberg évoluait dans un registre très spécifique chez nous, jadis. Les trois années qu’il a passées en Grèce ont toutefois contribué à faire de lui un tout autre joueur, à la panoplie plus large. Le Pär Zetterberg que nous avons connu autrefois a vécu. C’est le passé. Il revient à présent avec un bagage enrichi et avec un nouveau numéro : le 21. Dans un premier temps, nous avions cru que le 7 serait davantage approprié pour lui. Mais il l’a refusé car c’est avec un maillot frappé de ce chiffre qu’il avait connu ses blessures chez nous, autrefois. Et comme tous les footballeurs sont superstitieux (il rit)… Quant à Yves Vanderhaeghe, c’est vrai qu’il aura affaire à très forte concurrence dans son secteur suite à l’entrée fracassante de Junior. Mais on ne peut décemment attendre d’un gamin de 21 ans qu’il porte l’équipe à bout de bras du début jusqu’à la fin de la saison. Le Belgo-Congolais l’a d’ailleurs vérifié à ses dépens en s’occasionnant une vilaine blessure au genou suite aux généreux efforts qu’il avait déployés pendant plusieurs semaines en cours de saison passée. Dès lors, je prends les paris que nous aurons souvent besoin de l’apport d’Yves Vander- haeghe dans les mois à venir. Surtout lorsque le débat sera physique.

Riches en profondeur

La défunte campagne a été marquée par la percée d’un quarteron de jeunes : Olivier Deschacht, Goran Lovré, Martin Kolar et même Aruna Dindane dans une certaine mesure. Vit-on un moment-charnière de l’histoire du club, comparable au début des années 60 quand les jeunes Paul Van Himst, Georges Heylens et autre Jean Cornélis firent eux aussi subitement irruption en équipe Première sous la férule de Pierre Sinibaldi ?

Il est difficile de comparer les époques, tant le contexte a changé. En ces temps reculés, les jeunes pousses étaient toutes belges, sans exception. Aujourd’hui, hormis Olivier De- schacht et Mark Deman plus quelques autres que le public anderlechtois sera amené à découvrir cette saison, comme Vincent Kompany et Maarten Martens, la plupart concernent des promesses étrangères que nous avons recrutées en bas âge. Mais une chose est certaine : il ne faudra plus jamais attendre sept ans, désormais, pour voir le blé en herbe s’affirmer, comme ce fut le cas entre l’avènement de Walter Baseggio à mes débuts comme président, et celui d’Olivier Deschacht cette année. Pour la première fois depuis mon arrivée au pouvoir, j’ai le sentiment que nous sommes vraiment riches en profondeur. A nous d’exploiter cette veine grâce à un centre de formation qui sera rendu plus performant encore dans les prochains mois. J’ai confiance, même si une nouvelle menace nous guette. Par le passé, en effet, c’était le bon comportement de notre équipe représentative qui suscitait les convoitises. A présent, ce sont nos jeunes qui sont tant et plus sollicités. Deux d’entre eux ont d’ailleurs décidé d’émigrer sous d’autres cieux : Floribert Ngalula Mbyi, le frère de Junior, parti à Manchester United, et Christophe Lepoint, qui a décidé de tenter sa chance à Munich 1860. L’Angleterre et l’Allemagne constituent une menace pour nos jeunes. Il nous faut trouver la parade pour l’éviter, sans quoi nous risquons de travailler pour les autres. Or, mon propos est et reste bel et bien d’imiter l’Ajax en amenant les meilleurs jeunes à honorer leur premier contrat professionnel au Sporting et nulle part ailleurs. A l’image des Amstellodamois, j’ai à c£ur que le RSCA devienne une référence à ce point de vue.

Qu’attendez-vous de la saison à venir ?

Si, comme je l’espère, nous poursuivons sur notre lancée de la fin 2003, j’ai bel et bien l’impression qu’elle se soldera par le 27e titre de l’histoire du club. S’il pouvait de surcroît être agrémenté d’une participation à la Ligue des Champions, je serais un président comblé. Au fond de moi-même, je me suis fixé l’objectif de participer à cet événement tous les trois ans en moyenne. Cette saison ou l’année prochaine, il faudra donc être du nombre. Mais je ne bouderai sûrement pas mon plaisir si ce bonheur devait m’être réservé deux fois coup sur coup, à présent (il rit).

 » Vanderhaeghe n’est pas le joueur le plus prestigieux mais un des plus précieux  »