Sept entraîneurs ont été limogés en un peu plus d’un mois. S’il le fallait encore, cela illustre le manque de bagage footballistique des dirigeants. Ces hommes d’affaires qui se sont emparés du pouvoir dans les clubs et prennent les décisions eux-mêmes n’y ont rien changé, au contraire. Ils démontrent à l’envi qu’ils ne connaissent pas bien le monde du football. Or, du haut du statut qu’ils ont acquis dans le monde des affaires, il leur est difficile d’accepter cette faiblesse.

Bart Verhaeghe s’est trompé au sujet de Georges Leekens et l’a reconnu mais il continue à déterminer la ligne sportive du Club. Celui-ci reste dans une impasse et cherche désespérément des renforts pour combler les nombreuses lacunes de l’équipe. Pourtant, en moins d’un an et demi, 21 joueurs ont déjà rallié le stade Jan Breydel.

Au Standard, Roland Duchâtelet était absolument convaincu des qualités de Ron Jans mais la sauce n’a jamais pris. Le Néerlandais, réputé pour former des équipes, n’avait pas le profil requis dans un environnement aussi chaud et exigeant que Sclessin, bien que les supporters lui aient réservé un bon accueil.

La semaine dernière, Patrick Vanoppen n’a eu d’autre alternative que de renvoyer Adrie Koster, qui avait perdu toute emprise sur son noyau. C’était prévisible, tout comme on savait que l’embauche de Leekens constituait un risque important. Au Club Bruges non plus, le trop aimable Adrie ne tenait pas son vestiaire. Il s’est longtemps maintenu en poste en prônant un football offensif, qu’on continue à vanter, aujourd’hui encore. Quand la maîtrise du groupe lui a échappé et qu’il s’est accroché à son concept, envers et contre tout, il est devenu impossible à sauver. Le Beerschot énonce les mêmes plaintes que le Club Bruges il y a un peu plus d’un an : le noyau est dépourvu de discipline et le style de jeu est trop offensif. C’est à se demander comment les clubs procèdent quand ils se renseignent au sujet d’un entraîneur.

À chaque limogeage, les dirigeants restent hors de portée. Dans le meilleur des cas, ils se remettent quelque peu en question puis poursuivent sur leur lancée. Waasland-Beveren a transféré beaucoup de joueurs mais peu de qualité et a remercié Dirk Geeraerd, qui n’a pas été capable de placer l’équipe sur les bons rails. Après un bref sursaut à Malines, la réalité a repris ses droits sous la férule de Glen De Boeck également. Le Lierse a renvoyé Chris Janssens sans déceler d’amélioration. La position de Trond Sollied était devenue intenable à Gand mais Bob Peeters n’est pas encore parvenu à redresser le cap, ne récoltant que deux points sur quinze, avec une équipe qui regorge de jeunes talents mais manque de caractère et se laisse aller, ici et là, à des caprices déplacés de vedettes. En outre, l’équipe manque de physique, comme Peeters l’a souligné, de manière plutôt malheureuse, juste après son engagement.

Indépendamment de son exploit en Coupe contre le Club, le Cercle attend également un revirement définitif. Le sceau de Foeke Booy est visible, il parle de football avec une simplicité désarmante et ses interviews sont intéressantes mais ce n’est pas une garantie de succès.

Les statistiques l’ont déjà souvent démontré : un changement d’entraîneur n’apporte pas grand-chose. L’effet s’estompe rapidement, pour autant qu’il y en ait un. De tous les remplaçants, pour l’heure, seul Mircea Rednic a réussi à opérer un revirement. Sous sa direction, le Standard vient d’engranger 13 points sur 18. En ce sens, on surestime souvent les entraîneurs. Ils ne modifient pas le mode de pensée des clubs.

Depuis l’été 1997, en l’espace de quinze ans donc, 131 entraîneurs ont été limogés en D1. Chaque fois, on prend un nouveau départ, on change d’options, on enrôle des joueurs et on adopte généralement une philosophie radicalement opposée à la précédente.

Fait étrange, au beau milieu de ce tsunami, le Sporting Charleroi garde (provisoirement) la tête froide alors que les Zèbres sont les maîtres en la matière : en dix ans, ils ont changé d’entraîneur à 22 reprises. Ces derniers mois, la tête de Yannick Ferrera a été sur la guillotine à plusieurs reprises mais l’entraîneur carolo a pris des points importants dans les moments cruciaux. C’est comme ça que les entraîneurs survivent et que les clubs finissent par comprendre qu’ils doivent penser et travailler à long terme.

PAR JACQUES SYS

De tous les remplaçants, seul Rednic a réussi à opérer un revirement.

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