Le football a longtemps vécu de l’industrie avant d’en devenir une avec ses usines (stades), ses inventeurs, ses ouvriers, ses cadres, ses patrons, ses financiers. A Sclessin, vendredi passé, il était impossible, en raison du malheur qui s’est abattu sur les sidérurgistes liégeois, de ne pas songer à cette époque, pas si lointaine, où le Standard et son ciel rougi par l’acier incandescent ne constituaient qu’un. Cette fusion se faisait dans le vacarme et la fumée,  » tant inquiétants et menaçants pour les adversaires « , comme l’affirme encore régulièrement Jan Mulder, Mauve de 1965 à 1972, un des plus grands attaquants de l’histoire d’Anderlecht.

Nés en 1898, les Rouches se sont installés dans ce décor en 1909 alors que l’immense bassin sidérurgique liégeois, fruit des idées visionnaires de John Cockerill (1790-1840), a largement permis à la Belgique de devenir la deuxième puissance industrielle du monde, derrière la Grande-Bretagne. Après la Deuxième Guerre mondiale, le professionnalisme n’a pas encore vu le jour et les joueurs du Standard, pour gagner leur pain quotidien, se partagent entre leur club et les fabriques qui allument la région. Ils s’activent dans les entreprises du fer, Ougrée-Marihaye, les Forges de la Providence, l’Espérance-Longdoz, etc., durant la journée avant de se rendre à l’entraînement. L’homme fort des Rouches, Roger Petit, a bien compris cela, songe au professionnalisme, qui sera instauré en 1974, et, en attendant, installe un capitaine d’industrie, Paul Henrard, à la présidence de son club. La richesse industrielle irrigue le Standard et, au-delà, permet au football wallon de déléguer de nombreuses équipes en D1. Leur influence va en diminuant à partir de la fin des années 70. Ils ne sont désormais plus que trois au plus haut niveau.

À Liège, trois patrons ont eu un gros impact sur l’histoire récente du Standard : André Duchêne l’a maintenu en vie et modernisé après l’affaire de corruption qui décapita l’effectif en 1984, Robert Louis-Dreyfus (et Lucien D’Onofrio) lui rendent le titre après une disette de 25 ans, Roland Duchâtelet découvre les complexités d’un club qui appartient aussi au patrimoine principautaire. Même s’il est décrié pour le moment, cet industriel, en pointe à l’échelle internationale dans son domaine (électronique), deviendra-t-il, un jour le John Cockerill du Standard ? En attendant, alors que tout se dérobe autour d’eux, les supporters craignent que leur club ne soit aussi victime de l’une ou l’autre bourrasque. Dans d’autres pays, comme en Allemagne ou en Espagne, ils ont intégré les cercles décisionnels de leur club. Ici, ils ne peuvent que crier leur joie ou leur déception. Et ces fidèles sans lesquels le football n’existerait pas ont eu des sujets d’inquiétude cette saison avant que leur navire soit confié à un nouveau capitaine de bord, Mircea Rednic, chargé de corriger les erreurs commises par son prédécesseur, Ron Jans.

L’entraîneur roumain est évidemment cité en bonne place dans le traditionnel Top 100 du football belge réalisé par la rédaction de la Tribune (RTBF-TV) et celle de Sport/Foot Magazine. Le baromètre de ceux qui font le football de chez nous dévoile ses vérités nappées d’humour, parfois acidulé, avant un moment toujours très attendu de la saison, le Clasico. De nombreuses personnalités des deux clubs sont citées dans notre hit-parade annuel, que ce soit dans les louanges ou les critiques. Les concernés en parleront certainement dimanche prochain, avant le coup d’envoi d’Anderlecht-Standard. Ils conviendront que Marc Wilmots mérite largement sa place en tête de notre Top 100. À sa façon, avec son vécu, son travail, son attitude et sa foi inébranlable en l’avenir, le Hesbignon a changé la donne, uni tout un pays derrière une équipe nationale belge qui exploite enfin ses talents et ses atouts. Anderlecht, fier de ses 11 victoires consécutives, et le Standard, relancé, doivent imiter cet exemple pour ne pas revivre le triste film du match aller.

PAR PIERRE BILIC

Roland Duchâtelet deviendra-t-il un jour le John Cockerill du Standard ?

Vous avez repéré une erreur ou disposez de plus d’infos? Signalez-le ici