La sprinteuse belge devrait limiter les dégâts à quelques semaines de la fin de sa carrière. Et Tia ? Et les autres, dopés ou non ?

Wilfried Meert a débarqué plein d’espoirs à Pékin. L’organisateur du Mémorial Ivo Van Damme s’attend à de brillantes performances en athlétisme, malgré le smog :  » Tous les grands athlètes sont présents, hormis ceux qui ont été victimes des trials américains impitoyables. Comme le grand sprinter Tyson Gay, victime d’une élongation en 200 m après s’être qualifié pour le 100… « 

Meert a hâte de voir comment se débrouilleront les athlètes belges, pour lesquels il n’a jamais ménagé ses efforts. Il prend le pouls des futurs participants au Mémorial et espère engager l’une ou l’autre star en plus, par exemple le spécialiste de 110 m haies chinois Liu Xiang. L’agent de Liu lui a affirmé que si son poulain se rendait encore à l’étranger après les JO, il serait aussi au Mémorial. Mais si les rumeurs selon lesquelles Liu est légèrement blessé et en moindre forme s’avèrent justes, il y a moins de chances de le voir à Bruxelles… Kim Gevaert, elle, y sera certainement pour la course de ses adieux.

Plusieurs athlètes belges ont été repêchés au dernier moment. Est-ce une bonne chose ?

Wilfried Meert : Le COIB a établi ses critères depuis plusieurs années mais les temps sont devenus plus lents suite à la lutte contre le dopage. Cela veut dire que le niveau du numéro seize mondial est plus bas, dans beaucoup de disciplines, qu’à l’époque où le COIB avait établi ses limites. Le COIB ne commettra pas deux fois la même erreur. Kim Gevaert était restée chez elle lors des JO de Sydney alors que même un aveugle pouvait voir qu’elle était un grand talent en devenir. Je ne sais pas si on aurait délibéré si Monder Rizki n’avait pas signé ce chrono fantastique sur 5.000 m à la Nuit de l’Athlétisme. On ne peut laisser à la maison l’auteur de la meilleure performance européenne de l’année.

La présence de Rizki constitue-t-elle la plus grande surprise ?

Oui. Tout le monde sait qu’il a du talent mais il a parfois joué avec sa carrière. C’est un secret de polichinelle : il ne s’est pas toujours entraîné avec sérieux, il s’est souvent blessé à cause de nombreuses sorties. Mais son entraîneur, Raf Wijns, prédisait son éclosion.

Rizki n’aurait pu mieux choisir son moment : le dernier meeting.

Heusden offre des conditions idéales. Les pins dégagent beaucoup d’oxygène et protègent du vent. Je l’ai souvent dit à feu Paul Eerdekens : avec les conditions atmosphériques de la Nuit de l’Athlétisme, on aurait déjà battu 25 records du Monde au Van Damme.

Onze ans d’usure pour Kim !

Qu’espérez-vous de Kim Gevaert ?

Je suis optimiste. Elle a été super à Monaco : 11″33 avec un vent contraire de 0,7 m. C’est le stimulant dont elle avait besoin, à condition que ses tendons ne réagissent pas mal…

Vous attendiez-vous à ce retour ?

Oui. J’écoute ce que me dit Rudi Diels. A l’entraînement, même quand elle souffrait, elle a tenté d’oublier sa douleur. Elle ne pouvait accepter que le dur labeur de l’hiver passé soit vain. Elle n’avait besoin que d’une chose : être rassurée. Ce qui fut fait à Monaco.

Ses tendons d’Achille sont devenus un problème chronique.

Le résultat d’onze ans d’usure. Kim court été et hiver car elle est bonne en salle. Beaucoup d’athlètes se reposent en hiver. Elle a été championne d’Europe indoor à trois reprises. C’est déjà un miracle qu’elle n’ait jamais dû prendre d’année sabbatique à cause d’une blessure grave. La plupart des sprinters perdent ici et là une saison. Elle pas, parce qu’elle s’est toujours parfaitement soignée et qu’elle a toujours été très bien encadrée. Trop d’athlètes attendent que la douleur soit insupportable avant de consulter un médecin. Pas Kim qui signale le moindre problème sans tarder.

N’est-ce pas étrange ? Son corps est usé mais elle ne cesse de progresser.

Elle est plus forte d’année en année. C’est aussi psychologique. Si elle atteint la finale ou qu’elle termine dans les parages du podium aux Jeux avant de prendre sa retraite, ce sera fantastique. Elle est en paix avec elle-même. Elle a longtemps réfléchi avant de prendre sa décision : encore un mois, jusqu’au 5 septembre, le jour du Mémorial et c’est fini. Même si elle rate ses Jeux, nous la fêterons.

Vous la suivez depuis onze ans. Vous a-t-elle surpris ?

Oui, dans le sens où, avant, avec tous ces dopés, on se demandait si elle descendrait un jour sous les 11″10. Elle a juré qu’elle en était capable. J’ai craint pour elle, un moment. N’oubliez pas que, gamine, elle admirait beaucoup Marion Jones. Elle était d’ailleurs fière comme un paon quand elle pouvait prendre le départ à ses côtés au Mémorial. C’est en 2007 qu’elle m’a le plus surpris : deux ans après son premier sacre européen, elle l’a renouvelé. Elle a prouvé qu’elle supportait la pression. Ne sous-estimez pas l’intérêt des médias. Nous sommes un petit pays. Aucun journaliste ne suit les sprinteuses américaines dans les meetings mais quand Kim se déplace, il y en a toujours cinq ou six qui la suivent, sans oublier ceux qui tentent de la joindre avant et après.

Que regrettera-t-elle ?

D’avoir raté Sydney et de ne pas avoir eu la médaille d’or qu’elle aurait méritée dans de grands championnats, parce que celles qui l’ont battue trichaient.

Tia, la seule candidate à une médaille ?

Tia Hellebaut est-elle capable de supporter la pression à laquelle est soumise une candidate à une médaille ?

Tia entame ses compétitions sans complexes. Elle a une saine dose d’assurance, entretenue par son entraîneur et ami, Wim Van de Ven. Ses résultats ont forgé son assurance. Wim a beaucoup travaillé : elle s’est amusée en heptathlon pendant des années. Elle n’aborde sa carrière avec sérieux que depuis trois ans. Wim et Rudi ont la volonté d’apprendre. Tia et Kim sont soutenues par tout un team qui travaille parfaitement et qui possède beaucoup de know-how.

On n’a pas beaucoup vue Tia cette saison.

Alors que Blanca Vlasic se distinguait partout… Ne s’est-elle pas usée avec toutes ces performances ? Vlasic est un grand talent naturel, elle est née pour sauter. Sa détente est fantastique. En fait, Tia a tout ce qu’il faut pour gagner mais nous ne savons pas où sont ses limites. 2,07, 2,08 m ? Le saut en hauteur féminin compte tellement de vedettes qu’elle peut aussi bien gagner que terminer quatrième.

Serez-vous déçu si Tia revenait sans médaille ?

Oui, mais moins qu’elle.

Pourtant, selon vous, elle est notre seule candidate à une médaille en athlétisme ?

Je le pense. Certains, y compris des journalistes, ne parviennent pas à juger la performance inouïe de Kim sur 100 m. Ils partent du principe qu’elle peut viser le podium à Pékin parce qu’elle a couru le 100 m en 11″05 mais aux trials jamaïcains, la quatrième était en dessous de 10″90 ! La concurrence est terrible. En tout cas, si Tia ou Kim gagnent une médaille, l’euphorie sera plus grande que si c’est un autre sportif belge. On ne les découvre en général qu’aux Jeux. Ils ont certainement des personnalités intéressantes mais pour l’homme de la rue, ce sont des inconnus. Quand on pénètre à l’aéroport avec Kim, on se rend compte de sa popularité.

A suivre : les frères Borlée

De quoi sera fait l’athlétisme belge après Kim et Tia ?

Nous vivrons quelques années difficiles. Entre le moment où on pointe du nez et celui où on éclot, il s’écoule quelques années. Les jumeaux Borlée sont les plus doués de la nouvelle levée mais les Américains et les Jamaïcains dominent le tour de piste. Les Borlée ont l’athlétisme dans leurs gènes, puisque leur père a participé aux Jeux sur le relais 4×400 et que leur mère a été championne de Belgique sur 100 m. Quand vous terminez quatrième du Mondial junior, comme Kevin, parmi tous ces Jamaïcains et ces Américains, c’est que vous avez des atouts. Ils peuvent atteindre le subtop mondial. Ils sont tellement ambitieux qu’ils parlent de l’élite absolue, du top mondial. Comme Van Damme. Je pense qu’ils se montreront vraiment à l’EURO 2010 de Barcelone.

La formation des athlètes belges est-elle bonne ?

L’ambiance est meilleure qu’il y a dix ans pour l’élite. Certains trouvent qu’on les gâte trop tôt. Quand on crée les conditions qui permettent de se consacrer à son sport et que les résultats ne suivent pas, il faut oser dire : -Désolé mais cherche du travail et prouve pendant un an ou deux que tu mérites un tel contrat. Si l’Etat paie, il a le droit d’exiger des résultats.

Vous avez aidé Gevaert en l’introduisant dans les grands meetings étrangers, jadis. Le faites-vous toujours avec les athlètes belges ?

Je soutiens tous ceux dont je sais qu’ils réussiront. Parfois, c’est nécessaire. Nous savons que les jumeaux Borlée sont de grands talents mais qui le sait, à l’étranger ? Donc, je fais en sorte qu’on puisse s’en assurer…

Les poids lourds de l’athlétisme

Au niveau international, le 100 m personnifie les Jeux.

Pour les non-connaisseurs du moins. Monsieur Tout-le-Monde ne connaît que les spécialistes du 100 m comme les poids lourds en boxe. Les coureurs du 100 m sont les poids lourds de l’athlétisme. L’homme ou la femme la plus rapide du monde, cela dit quelque chose. Les connaisseurs savent que le 800 m va être terrible, si le Soudanais Abubaker Kaki-Khamis éclate. Mais sur 100 m, on a trois hommes, Asafa Powell, Tyson Gay et Usain Bolt, qui se disputent la victoire.

Bolt, dites-vous, a perdu quelques années à cause de sa frivolité ?

Il ne sort pas du néant : à 16 ans, il était déjà champion du monde junior. Les coaches jamaïcains disent depuis longtemps qu’il est le super talent absolu mais il n’a pas vécu pour son sport pendant quelques années. Ce n’est peut-être pas plus mal : sinon, il se serait brûlé trop vite. L’attention médiatique que subit l’homme le plus rapide du monde est énorme. Je l’ai constaté avec Powell au Mémorial. Quand on l’interviewe, quatre caméras TV l’entourent et L’Equipe débarque un jour plus tôt à Bruxelles. Ce n’est pas le cas quand vous présentez le champion olympique du 400 m haies.

Attendez-vous quelque chose des athlètes chinois ?

Seulement de Liu Xiang, le spécialiste des 110m haies. Sa médaille d’or à Athènes m’avait déjà surpris. Il avait signé quelques bons chronos mais on ne les voit pas. Les Chinois se rendent rarement à l’étranger. S’il gagne, ce sera un fameux moment. Comme quand, à Sydney, Cathy Freeman, l’aborigène, avait gagné l’or devant 80.000 personnes. Si Liu réussit ça devant 1,3 milliard de téléspectateurs, je veux être dans le stade. Il deviendra immortel. La Chine aura un nouvel empereur.

par geert foutré

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