Après six mois difficiles, au point de parfois ne pas pouvoir se coucher pour dormir, Felipe Gedoz revient dans le coup.  » Gand est la meilleure équipe mais dans les play-offs, tout peut arriver. »

FelipeGedoza retrouvé le sourire. Certes, il s’est blessé à la cheville en stage mais les abdominaux, qui l’ont tenu éloigné des terrains pendant six mois, ne le font plus souffrir.

FELIPE GEDOZ : Oscar (Duarte, ndlr) m’avait pourtant prévenu. Un mois avant que ça ne devienne intenable, il m’avait conseillé d’arrêter mais je ne voulais pas. Seul un joueur peut comprendre ça : s’arrêter, c’est ce qu’il y a de pire.

Vous avez négligé les signaux que votre corps vous envoyait ?

GEDOZ : Oui. Je voulais jouer, malgré la douleur et la fatigue. Il est difficile d’aller trouver l’entraîneur pour dire qu’on ne peut pas jouer. C’est comme un enfant privé de jouet. Faire du fitness au lieu d’aller sur le terrain, ça me rendait maussade. Puis c’était une blessure bizarre. A deux jours de l’opération, je ne sentais plus rien. J’arrivais même à courir. En fait, j’étais dans la négation. Pourtant, parfois, je ne pouvais pas dormir couché, tellement j’avais mal. Je suis même allé voir une sommité à Bologne. Il m’a dit qu’un traitement d’un mois devrait suffire mais l’entraîneur estimait qu’il valait mieux opérer pour être tranquille par la suite. Après mûre réflexion, j’ai opté pour l’opération.

Vous aviez peur ?

GEDOZ : Je n’en dormais plus. Je me suis même accroché à l’anesthésiste (il rit).

Cette opération a gâché vos vacances.

GEDOZ : La première chose que j’ai demandée au médecin, c’était si je pouvais voyager. Il m’a répondu : non. Ma famille est donc venue et, finalement, j’ai quand même pu partir 15 jours.

Quel regard portez-vous sur votre première saison ?

GEDOZ : Tout était différent mais le système tactique était quasi similaire à celui que j’avais connu en Uruguay. L’entraîneur me faisait confiance, me guidait. Les cinq premiers mois furent formidables, je ne m’attendais pas à cela. Je jouais au niveau qui m’avait permis d’être sacré révélation de la Copa Libertadores.

Vous êtes capable de faire bien d’autres choses que dribbler sur le flanc.

GEDOZ : En Uruguay, je jouais dans l’axe mais ce que je préfère, c’est le flanc gauche : ça me donne beaucoup de possibilités.

 » LA MOUTARDE ME MONTE VITE AU NEZ  »

Votre style est différent de celui de José Izquierdo, qui joue davantage en profondeur.

GEDOZ : C’est clair ! Il est aussi plus rapide que moi. Il a la vitesse et la profondeur, j’ai la technique. Je prépare les actions, j’adresse les passes décisives.

C’est pourquoi vous pouvez aussi jouer dans l’axe.

Gedoz :Claro !

Par contre, vous prenez trop de cartons jaunes : cette saison, c’est pratiquement un tous les deux matches.

GEDOZ : Je m’énerve vite sur un terrain. Quand quelque chose ne fonctionne pas, la moutarde me monte au nez. Je suis comme ça et, ici, ça vaut une carte. Ce qui n’était pas le cas en Uruguay.

Vous rouspétez énormément, aussi.

GEDOZ : Oui, je parle beaucoup sur le terrain.

N’est-ce pas dû au fait que vous n’avez pas encore retrouvé le rythme ?

GEDOZ : Non, c’était déjà comme ça l’an dernier. C’est mon caractère.

Et vous comptez changer ?

GEDOZ : Non, pourquoi ? Pour éviter les cartes ? Je suis comme je suis.

Que pensez-vous du Club Bruges cette saison ?

GEDOZ : Nous sommes très forts à domicile mais plus irréguliers en déplacement. Nous avons perdu des points de notre faute. Nous nous sommes créé beaucoup d’occasions mais nous ne les avons pas transformées.

On a beaucoup parlé des blessés. Des excuses ?

GEDOZ : Je ne pense pas qu’une équipe dépende de trois ou quatre joueurs. Peut-être qu’on ne joue pas de la même façon si José ou moi ne sommes pas là mais tous ceux à qui l’entraîneur fait appel ont suffisamment de qualités.

Vous pensez que la phase classique n’est qu’un apéritif prolongé avant les play-offs ?

GEDOZ : Oui, et c’est le principal problème de l’équipe qui est en tête. Je n’ai aucun problème à reconnaître que, cette saison, Gand est meilleur que nous. L’an dernier, à cette époque, tout le monde parlait de Bruges. Mais ça ne garantit rien. Personne ne peut dire de quoi ces dix journées vont accoucher.

 » VICTOR VA NOUS MANQUER  »

Vous allez devoir vous débrouiller sans Victor Vazquez.

GEDOZ : Honnêtement, il va beaucoup nous manquer. Il demandait le ballon dans l’entrejeu et dirigeait la manoeuvre. Hans Vanaken se débrouille bien mais Victor jouait plus vite.

Et en dehors du terrain, il va vous manquer ?

GEDOZ : Nous nous entendions bien, sans devoir nous parler. Il me faisait rire mais le football est fait de départs. Tom De Sutter aussi était un gars exceptionnel mais il ne pouvait pas refuser l’argent qu’on lui proposait. Victor non plus. Et si, demain, un club azéri m’offre un gros contrat, j’y vais sans hésiter.

Vous n’y pensez pas ?

GEDOZ : Pour l’argent, je suis prêt à tout accepter. Je dois penser à ma famille.

Si vous ne resignez pas avant l’été, il faudra partir…

GEDOZ : On verra, ça ne me préoccupe pas. Ils savent ce qu’ils font et mes agents aussi. Moi, je ne pense qu’à jouer. Et si je pars, c’est parce que ça fera l’affaire de tout le monde, pas seulement la mienne.

Comment vous sentez-vous en dehors du terrain ?

GEDOZ : Bien, je n’ai pas à me plaindre. C’est plus sûr que l’Amérique du Sud. Le pire, c’est la langue. Je suis ici depuis un an mais le néerlandais… Je n’y arriverai jamais. Ce n’est pas comme l’italien ou l’espagnol. Et quand on est blessé et qu’on passe la journée enfermé chez soi, il faut être fort.

Vous avez quitté la maison très jeune, ça vous a aidé ?

GEDOZ : Je n’ai jamais éprouvé de problème à vivre seul. Quand je suis parti, ma mère a pleuré mais c’était mon avenir qui était en jeu. Le seul problème, c’est cette langue.

Comment le résoudre ? En invitant beaucoup de gens ?

GEDOZ : Oui. Je ne suis pas fou, je ne vais pas vivre ici tout seul. Si ce ne sont pas des amis qui viennent, c’est la famille. Si j’étais seul, je devrais tout faire. Quand j’invite des gens, ils font mon lit et le ménage (il rit). Et s’il n’y a vraiment personne, il y a mon chien, Max.

Vous faisiez partie de la sélection olympique brésilienne. Vous rêvez de Rio ?

GEDOZ : Oui ! Malheureusement, ils ont limogé l’entraîneur qui m’avait sélectionné. Mais on verra plus tard. D’abord bien jouer ici. Mais en tout cas, ça me motive.

PAR PETER T’KINT – PHOTO KOEN BAUTERS

 » Pour l’argent, je suis prêt à tout accepter. Même l’Azerbaïdjan.  » – FELIPE GEDOZ

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