Deux ans après son départ, le Brésilien n’est pas revenu en Belgique pour aider OHL à se maintenir : il veut gagner les play-offs II.  » Je n’ai pas fait un pas en arrière mais un pas en avant.  »

L’été, le train qui nous mène de la gare de Louvain à celle d’Oud-Heverlee est bondé de familles surexcitées en route pour Walibi. Mais vendredi dernier, avec un maigre degré au thermomètre et de fortes chutes de neige, nous avons le wagon pour nous tout seul.

La route qui s’élève vers le centre d’entraînement, à un kilomètre, rappelle les monts des Flandres. C’est au sommet de ce paysage superbe que les joueurs d’Oud Heverlee Louvain préparent la première rencontre de l’année.

Les conditions climatiques ont obligé Emilio Ferrera à interrompre la séance et les joueurs sont restés longtemps sous la douche à se réchauffer, surtout les orteils. Pour Eduardo Kanu (32), le contraste est énorme. Il y a quelques semaines, il fêtait le titre de D2 brésilienne avec Vitoria, le club de Bahia, sous 40 degrés. Aujourd’hui, il est revenu en Belgique pour tenter d’assurer le maintien d’OHL dans le frigo belge qu’il connaît bien.

Le défi ne semble pourtant pas lui faire peur. On le trouve affûté, plus maigre qu’avant.  » Et encore, depuis mon arrivée en Belgique, j’ai déjà repris deux kilos et demi « , dit-il.  » Au Brésil, la vie est tellement agitée qu’on bouge tout le temps. Tous les Brésiliens qui ont joué en Europe et que je connais me l’ont dit : chez vous, on grossit. C’est peut-être aussi une question de climat mais, surtout, il y a beaucoup plus de matches.  »

Quelle mouche vous a donc piqué de revenir en Belgique, dans un club jouant le maintien, alors que vous veniez de remonter en D1 brésilienne avec Vitoria Esporte Clube ?

EDUARDO KANU : Il me restait cinq mois de contrat à Bahia. Tout allait bien mais je sais aussi que tout peut aller très vite et je ne voulais pas courir le risque de me retrouver à nouveau sans club tandis qu’ici, j’avais plusieurs possibilités et j’ai pu signer un contrat de deux ans et demi à Louvain. D’autre part, même si le championnat du Brésil a repris des couleurs, je continue à estimer que c’est en Europe qu’un joueur doit s’affirmer Même ma femme me poussait dans cette direction. Elle avait mis énormément de temps à s’adapter mais, au moment où nous sommes partis, elle commençait à se plaire. La vie est plus tranquille par ici, c’est mieux pour une famille. Et nous estimons aussi que nos filles, Eduarda (7 ans) et Keanie (4 ans), peuvent bénéficier d’une bonne éducation. Elles me rejoindront dès que j’aurai trouvé une maison. La dernière fois, nous sommes restés pendant un mois à trois dans une chambre d’hôtel, c’était invivable.

Pourquoi avoir choisi de vous installer à Liège ?

KANU : Parce que nous parlons déjà français et que c’est une ville plus calme que Bruxelles. Nous y connaissons aussi quelques personnes.

 » JE REVIENS AVEC L’AMBITION DE ME MONTRER  »

Si vous aviez plusieurs possibilités, pourquoi avoir choisi Louvain, qui lutte pour le maintien ?

KANU : Je ne suis pas venu à Louvain pour jouer le maintien ! Ça, c’est la situation actuelle mais je suis convaincu que nous pouvons nous en sortir. J’ai eu une discussion très intéressante avec la direction et l’entraîneur. On sent une volonté de construire quelque chose, de professionnaliser la structure. J’ai eu la nette impression de parler à des gens sérieux et de parole. Pour moi, ça n’a pas de prix.. Dès le stage, j’ai vu qu’il y avait de bons joueurs et de bons entraîneurs. Et puis, beaucoup d’équipes se valent cette saison. L’ambition, c’est de gagner les play-offs II (à plusieurs reprises au cours de l’entretien, il nous demandera d’ailleurs des précisions sur le règlement et les dates des différentes finales, ndlr).

Vous connaissiez déjà des joueurs de Louvain ?

KANU : Je connaissais Pierre-Yves Ngawa, qui était dans les jeunes au Standard lorsque j’y jouais. Lui aussi vit à Liège, tout comme Jordan Remacle. Ce n’est quand même pas très loin : ils m’ont dit qu’ils arrivaient au stade en 35 minutes. A Bahia, j’habitais bien plus près du centre d’entraînement mais je mettais beaucoup plus longtemps.

Quand vous êtes arrivés en Belgique, vous veniez de Beira Mar, un club qu’on peut comparer à Saint-Trond. Avec le Standard, vous avez connu l’Europe. Louvain, n’est-ce pas un pas en arrière ?

KANU : Je comprends que vous raisonniez de la sorte mais pour moi, c’est un pas en avant : j’avais quitté la Belgique après toutes ces histoires, je n’avais plus joué, j’ai retrouvé la forme au Brésil et maintenant, je reviens avec l’ambition d’encore me montrer. Ma carrière n’est pas finie, je veux encore jouer au moins trois ou quatre ans. Le club est peut-être plus petit, moins connu, mais la couleur du maillot ne va rien changer à la qualité de mon football.

Vous avez l’impression d’avoir perdu deux années importantes ?

KANU : La vie est faite d’obstacles. Je préfère retenir les bons moments passés au Standard puis au Brésil, dans mon pays où, finalement, on ne me connaissait pas. J’ai joué à Vitoria, le club de mon coeur, celui que je supportais quand j’étais gamin. J’ai marqué quatre buts dans les dix derniers matches, les plus importants dans la lutte pour le titre, et je suis devenu une idole. Je ne regrette rien.

Même pas d’avoir rompu votre contrat au Standard, ce que le juge a considéré comme une faute puisque vous avez perdu votre procès ? Avez-vous commis une erreur ?

KANU : Non. J’étais triste à cause de la situation et, contrat ou pas, il y avait des choses que je ne pouvais accepter.

Vous avez noté la date du match contre le Standard ?

KANU : (avec un grand sourire) C’est le 30 janvier, très bientôt.

 » JE VOULAIS RETROUVER MA LIBERTÉ  »

Le jour de votre présentations, vous avez dit que ce jour-là, ce serait la guerre.

KANU : Bah chaque match, c’est la guerre. Je veux toujours gagner, je vais au combat. Mais qu’on ne s’y trompe pas : je n’en veux pas au Standard : j’en veux seulement à un homme.

Roland Duchâtelet !

KANU : C’est ça ! C’est personnel. Sans lui, je serais toujours au Standard. Mais il n’a pas respecté mon travail, il n’a pas tenu sa parole. Et ça, je lui en voudrai toute ma vie.

Au point de ne pas le saluer si vous le rencontriez ?

KANU : Je suis bien éduqué, donc je le saluerai. Mais ça ne changera pas mon avis sur lui ni sur ce qui s’est passé.

Les supporters, qui vous adoraient pourtant, se sont aussi retournés contre vous. Ils vous accusaient de ne penser qu’à vous.

KANU : Les supporters croient ce que les journalistes racontent : la direction disait quelque chose contre moi, les journalistes l’écrivaient et moi, je ne pouvais pas me défendre. J’avais des contacts avec des clubs intéressants mais lui disait à chaque fois qu’Anderlecht était derrière tout cela. J’étais prisonnier. C’est pourquoi je continue à dire que la rupture de contrat n’était pas une erreur mais un choix : je voulais retrouver ma liberté.

Mais vous avez eu des contacts avec Anderlecht, non ? Vous avez même été invité au match contre Benfica.

KANU : Par Ullisse Santos, mon agent portugais. Pas par le Sporting ! Maintenant, c’est sûr que quand un joueur joue bien en Belgique, les autres clubs ne l’ignorent pas. Mais ça n’a pas été plus loin qu’une prise de contact.

A un certain moment, le Standard vous a infligé une amende pour avoir déclaré dans ce magazine que, depuis le départ de D’Onofrio, il n’y avait plus de connaisseur du football au Standard.

KANU : Pourtant, je n’avais pas menti. D’ailleurs, ce n’est pas Duchâtelet qui est allé me chercher au Portugal. Mais je ne veux plus parler du Standard. D’ailleurs, je n’y connais plus personne, sauf Van Damme (ndlr : qui ne sera plus là non plus le 30 janvier). Tout ce que je peux dire, c’est que j’ai beaucoup de respect pour l’institution, le club qui m’a ouvert les portes de l’Europe. Et c’est ce souvenir-là que je veux garder.

Et parmi vos anciens équipiers, avec qui avez-vous encore des contacts ?

KANU : Mehdi Carcela, Michy Batshuayi, William Vainqueur et Réginal Goreux. C’est vrai : il est revenu au Standard maintenant (il rit). Le meilleur avec qui j’ai joué, c’est Witsel. J’espère d’ailleurs qu’il va revenir jouer dans un championnat plus connu que celui de Russie. Carcela est en train de s’imposer à Benfica et ça ne m’étonne pas du tout : il a toutes les qualités pour cela. Il fallait juste qu’il attrape le rythme et le sens tactique. Mais c’est un joueur qui sait être décisif et à Benfica, on aime ça. Batshuayi est en train de faire son trou et je suis vraiment content pour lui. J’ai toujours adoré ce gamin. Pourtant je lui ai donné des claques mais il en redemandait. A l’entraînement, il cherchait à se frotter à moi parce qu’il savait bien que je ne lui ferais aucun cadeau. Et il m’appelait papa.

 » S’IL S’ADAPTE, GALHARDO VA BEAUCOUP APPORTER À ANDERLECHT  »

Après le Standard, vous vous êtes entraîné seul puis vous êtes allé à Guimarães, où vous n’avez pas joué. Là, on s’est dit que c’était fini pour vous.

KANU : S’entraîner tout seul, c’est difficile. A Guimarães, je suis arrivé en novembre alors que je ne m’entraînais déjà plus depuis deux mois et je n’ai pu jouer qu’en janvier. C’était horrible, je ne me sentais pas bien du tout. Moi, je dois jouer : quand je joue, je suis bon. A l’entraînement, je ne suis jamais le meilleur. D’ailleurs, si j’avais dû passer des tests, que ce soit à Bahia ou à Louvain, on ne m’aurait sûrement jamais pris.

Au Brésil, vous avez joué à Vitoria, le premier club de Vitor Ramos. La vie est bizarre : il est arrivé au Standard avec l’étiquette d’espoir du foot brésilien et il a échoué. Vous étiez inconnu dans votre pays et vous avez réussi.

KANU : Vitor joue aujourd’hui à Palmeiras, un des grands clubs du Brésil. Il a mis du temps mais il est en train de devenir le joueur qu’on attendait de lui. Il n’était sans doute pas prêt pour l’Europe lorsqu’il est arrivé. C’est une fameuse transition. Mon cas est différent car j’ai fait étape par le Portugal, ça a facilité mon adaptation. Rafael Galhardo s’en rendra compte aussi : rien n’est simple. Mais c’est un bon joueur et, pour peu qu’il s’adapte, il va beaucoup apporter à Anderlecht.

PAR PATRICE SINTZEN – PHOTOS BELGAIMAGE – CHRISTOPHE KETELS

 » Chaque match, c’est la guerre. Je vais toujours au combat.  » – EDUARDO KANU

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