Antihéros de Belgique-Autriche et de Gladbach, il s’autoproclame ironiquement  » le Roi Logan  » et fait le point sur sa drôle de saison, sa sortie du trou et un extra-sportif parfois chahuté.

Coq anglais, punk, iroquois : nouveau look pour Logan Bailly (25 ans). Nouvelle vie aussi : après avoir traversé la période la plus noire de sa carrière (dégradation comme troisième gardien à Mönchengladbach et éjection du noyau des Diables Rouges), il est à nouveau hot et numéro 1 dans le but du Borussia. Il n’est toujours pas à l’abri de l’un ou l’autre couac. Témoin: l’auto-goal qu’il marque tout seul comme un grand le week-end dernier face à Kaiserslautern, et une défaite 0-1 dans un match important pour le maintien. Mais depuis son retour entre les perches, il a surtout sorti un paquet de ballons chauds. Pour lui, tout est donc à nouveau comme au bon vieux temps en Bundesliga. Par contre, l’équipe belge voyagera en Autriche sans lui. Pas grave !

Tu étais stressé en attendant la sélection de Georges Leekens ?

Logan Bailly : Absolument pas. Je n’attendais rien. Si j’avais été dedans, j’aurais été dedans… Je n’y suis pas, ce n’est pas un drame. Je n’allais pas me mettre encore une pression supplémentaire. Je rejoue depuis plusieurs semaines avec Gladbach, à moi de continuer à prester pour retrouver les Diables.

Tu ne trouverais pas normal d’être titulaire à partir du moment où tu fais des bonnes choses en Bundesliga ?

Il y a beaucoup de bons gardiens belges pour le moment. Silvio Proto fait une bonne saison, Jean-François Gillet réussit des trucs exceptionnels, Simon Mignolet est aussi à un haut niveau. Le top en Belgique, l’Italie, l’Angleterre, et l’Allemagne pour moi : c’est du costaud. Qui mérite d’être numéro 1 ? Pas à moi de juger. Je continue à bosser, et demain on verra.

Le match aller contre l’Autriche, c’était ton cauchemar ?

Non. OK, j’ai pris quatre buts. Mais pas un seul n’était à 300 % pour ma pomme.

Il y a quand même eu pas mal de critiques après ce match.

Mais ça fait des mois qu’elles durent. Je ne me prends plus la tête. Je sais seulement que l’équipe a mal jugé ce match, qu’elle l’a mal négocié, qu’il aurait été plus malin de faire tourner le ballon derrière quand c’était 4-3 et qu’il ne restait que quelques secondes. Au lieu de ça, c’était 4-4 à la fin.

On en reparlera s’il manque un ou deux points aux Belges à la fin des qualifications.

Peut-être, mais qu’on essaye de gagner les prochains matches avant de revenir avec des trucs pareils. A ce rythme-là, on pouvait aussi prendre un point contre l’Allemagne mais on a perdu. Avec des  » si « , on irait à la Coupe du Monde.

C’était prévu que tu n’ailles pas en Russie pour le match amical ?

Prévu ?… Il était seulement prévu que je ne sois pas titulaire. Vu mes problèmes à ce moment-là avec Mönchengladbach, j’ai été carrément écarté du noyau. Je trouvais ça logique. Je suis assez adulte pour comprendre. Ce n’est pas parce que tu commences une campagne de qualification comme titulaire que tu es sûr de rester pendant 15 ans.

L’Autriche, c’était le début de tes problèmes.

Oui mais ça n’avait rien à voir avec les Diables. C’est ici que j’ai commencé à avoir des soucis ; en équipe nationale, je n’ai jamais rien eu à me reprocher.

Il faut maintenant prendre six points contre l’Autriche et l’Azerbaïdjan, ou alors c’est définitivement foutu !

Même pas. Il faudra voir ce que les autres équipes vont faire.

Le public a l’impression d’un gros gâchis en comparant le classement du groupe et les qualités des joueurs.

Sur le papier, c’est extraordinaire, jeune, talentueux et professionnel. Mais le foot se joue en équipe. Parfois, la sauce prend, comme en Russie et contre la Finlande. D’autres fois, ça ne veut pas marcher.

Depuis 2002, on reporte continuellement les échéances.

Il viendra un moment où ça marchera. Mais je ne peux dire ni quand, ni comment.

Et si on avait simplement surestimé tous les joueurs qui sont passés chez les Diables depuis une petite dizaine d’années ?

Je fais partie de la génération actuelle, je sais qu’elle a plein de talent et plein d’envie. Les générations précédentes, je n’ai pas le droit de les juger.

 » Je dois être le premier à avoir reçu du club une semaine de vacances en pleine saison « 

Pour Mönchengladbach, ça va mieux qu’il y a deux mois : le maintien est redevenu possible.

Maintenant, on y croit parce qu’il y a eu plusieurs bons résultats.

Michael Frontzeck a sauté, Lucien Favre l’a remplacé : pour toi, ça a tout changé. Et tu n’as pas dû être triste.

Je ne dis pas que je n’étais pas triste… Je ne suis pas un gars rancunier. Frontzeck est un être humain, il a fait ses choix et je les ai acceptés, même quand je n’étais plus dedans. Ce n’est pas en lui faisant la guerre que ma situation se serait arrangée. Je n’ai jamais rien dit sur son dos. Même quand il ne me faisait plus jouer, on continuait à discuter. Il ne faut pas croire que je lui souhaite tous les malheurs du monde.

Du jour au lendemain, tu étais carrément devenu numéro 3 !

Il estimait qu’il y avait meilleur que moi pour être titulaire, et aussi un autre meilleur pour être sur le banc.

Quelques mois plus tôt, tu étais le super héros ici et on te citait au Bayern : qu’est-ce que ça fait de passer du grenier à la cave ?

Je l’ai mal vécu au début. Mais le foot est fait de bons et de mauvais moments : il faut savoir gérer les deux aspects. J’ai connu les étoiles puis, oui, la cave.

Comment tu as vécu les étoiles ?

C’est un truc qu’on vit toujours super bien ! Mais je ne me suis jamais emballé.

Un beau jour d’octobre, le club te met en congé… C’est une habitude ici ?

(Il rigole). Pas du tout. Je dois être le premier joueur de l’histoire du Borussia à avoir eu un truc pareil. Une semaine de vacances en pleine saison, c’est bizarre, quand même. J’ai dit au coach et à la direction que ce n’était pas une bonne idée. Surtout parce que tout le monde allait me considérer comme le grand fautif dans les mauvais résultats. Mais Frontzeck avait décidé, c’était comme ça et pas autrement.

Tu t’es senti victime ?

Bien sûr. C’est normal.

Comment vit un Bailly qui n’a plus le droit de s’entraîner ?

J’ai essayé de m’occuper. Et quand je suis revenu à l’entraînement, je n’ai pas regardé en arrière. J’aurais pu envoyer tout et tout le monde à la merde, mettre le bordel dans le vestiaire, ne plus rien foutre sur le terrain. L’autre choix, c’était de retravailler sérieusement : c’est ce que j’ai fait. Je savais que je reviendrais dans l’équipe. Mais j’étais loin de me douter que ça allait durer autant de mois.

 » Je faisais à Genk des trucs que je ne ferais plus ici. Des sorties de fou par exemple « 

Tu ne t’es jamais rebellé en public.

La presse n’attendait que ça, évidemment. On écrivait que j’étais le gardien le plus troué d’Europe et on aurait voulu que je réagisse. J’ai bien géré ça, je n’ai pas donné aux médias ce qu’ils attendaient.

Tu as sauté de l’équipe après une humiliation à domicile contre Brême : ton jour le plus noir en Allemagne ?

Ouais… C’est le foot, avec ses bons et ses mauvais côtés. Les supporters de Mönchengladbach me sifflaient dès que le ballon arrivait près de moi. Ou alors, ils applaudissaient ironiquement quand je le prenais en mains. Je pouvais les comprendre : ici, il y a 50.000 personnes pour chaque match, même quand l’équipe est dernière. C’est exceptionnel et ces gens-là attendent quelque chose en retour. C’est frustrant pour eux de nous voir tout derrière. J’avais seulement envie de leur dire qu’il y avait 11 joueurs dans l’équipe, que je n’étais pas le seul responsable. Après ce match, j’ai directement quitté le stade, sans adresser la parole à personne, sans repasser par l’espace VIP. Je voulais seulement être tranquille, chez moi.

Ton père dit que tu as pleuré.

Je n’ai pas chialé comme un gamin, hein !

Un dur comme toi peut pleurer ?

Ça m’est déjà arrivé et ça m’arrivera encore. Pour des trucs qui se produisent dans ma vie privée, comme la naissance de ma fille. Ou pour le foot.

Ton image de castard est en danger !

Je suis un homme. Sensible. J’ai un c£ur. Je ne suis pas fait de pierre !

Tu as vraiment voulu aller au Standard en janvier ?

Non, je n’ai rien demandé à personne. Je suis simplement allé voir les dirigeants de Mönchengladbach, je voulais savoir ce qu’ils avaient l’intention de faire avec moi. Ils ont été clairs : hors de question que je m’en aille. Mais je ne savais vraiment pas ce que j’allais devenir. Fin octobre, le coach m’avait dit que j’étais écarté pour une semaine. Puis, c’est devenu 15 jours. Ensuite un mois. Deux mois. Et à la trêve, il m’a annoncé que je ne jouerais plus cette saison. Et moi, je ne savais toujours pas exactement pourquoi il m’avait expédié en tribune. J’avais pris beaucoup de buts mais il y avait d’autres responsables et ça ne s’était pas amélioré quand un autre gardien était entré dans l’équipe.

Le préparateur des gardiens de Genk dit que tu as régressé dans tes points forts : les dégagements et les balles hautes.

Non, mes dégagements sont toujours aussi précis. Sur les ballons hauts, je sors beaucoup moins souvent. Mais j’ai devant moi des défenseurs de 1m90 et souvent des attaquants de la même taille. En Belgique, je voyais des gars qui faisaient 10 ou 20 centimètres de moins, et donc je fonçais. Je prenais plein de risques, je me retrouvais souvent à la limite du rectangle. Et en plus, ça me réussissait ! J’osais des trucs que je ne ferai plus jamais. Parce que le championnat d’Allemagne est différent mais aussi parce que j’ai pris pas mal d’expérience. Quand le plus petit stade de ton championnat fait 30.000 personnes, ça t’aide à prendre du vécu !

Tu étais trop fou ? Trop fougueux ?

Complètement. J’allais chercher des ballons qu’un gardien ne doit jamais essayer d’attraper. Je me suis troué. Je me trouerai encore, mais plus tu avances dans ta carrière, plus tu joues sur ta vista. Regarde Edwin van der Sar, c’est un bon exemple. Il anticipe beaucoup plus qu’il ne sort.

 » Je n’ai tué personne. Je n’ai violé personne. Je n’irai pas en prison « 

Un tribunal de Liège t’attendait début février pour une affaire de coups et blessures. Tu n’es pas venu…

(Il rigole). J’avais entraînement. C’est reporté.

Tu n’estimais pas que tu devais te libérer ?

Mon club estimait que je devais m’entraîner.

Tu as peur ?

(Il rigole). Peur ? Pas du tout. Loin de là…

Tu ris, mais un tribunal, c’est du sérieux !

On y est vite. Tu ne paies pas un truc et tu te retrouves direct au tribunal. Je ne crains rien. Je n’ai tué personne. Je n’ai violé personne. Il y a plus grave. Mais la prochaine fois, je me présenterai à Liège. Pas de souci. Ce qui me dérange, c’est qu’un truc pareil passe dans tous les journaux seulement parce que je suis un footballeur connu. C’est comme mes PV pour excès de vitesse. Oui, j’en ai eu plein, je ne saurais même pas te dire combien, je serai encore flashé et on m’a retiré deux fois mon permis : et alors ?

Tu sais ce que tu risques comme condamnation ?

Non. Mais je sais que je n’irai pas en prison.

Tout ça à cause d’une soirée qui a mal tourné quand les supporters du Standard fêtaient le titre. C’était une bonne idée d’aller te fourrer là-dedans ?

Pourquoi pas ? J’ai toujours dit que j’aimais bien le Standard.

Qu’est-ce qui s’est passé exactement ?

Des conneries. Des gens ont dit des trucs sur mon dos…

… et tu as répondu par un bon coup de boule ?

Je n’ai rien donné à personne. Je n’ai rien à me reprocher.

Des coups se sont quand même perdus, ou pas ?

Moi, je n’ai rien fait. Mon frère non plus. Ce n’était pas la bande à Bailly, comme on l’a dit.

Tu viens quand même d’une famille assez chaude…

Tout le monde nous craint. On est des rebelles. (Il éclate de rire). Si les gens croient tout ce qu’ils lisent, on ne va jamais en finir.

Le type qui t’accuse de l’avoir frappé aurait gardé une incapacité partielle.

Magnifique ! Mais j’irai, au tribunal. Pas de problème.

Gilles De Bilde des temps modernes ?

Si je te dis que tu es le De Bilde des temps modernes…

Non, parce que moi, je ne frappe ni ma femme, ni mes enfants ! C’est son problème. Je n’ai pas… (Il s’interrompt et réfléchit). Au fait, pourquoi Gilles De Bilde ?

Comme toi, c’était un beau gosse qui aimait sortir et s’amuser.

Alors, il y a beaucoup de Gilles De Bilde en Belgique. Dis-moi combien de footballeurs ne vont pas en discothèque et n’aiment pas s’habiller convenablement ?

De Bilde n’était pas le genre de joueur que tu admirais quand tu étais gosse ?

Pas du tout. Je n’ai jamais eu aucune idole. Quand j’étais petit, le foot, je m’en foutais complètement.

Tu viens d’avoir un fils et tu l’as appelé Prince Logan : explique !

Je suis le roi Logan, lui c’est le prince. (Il éclate de rire). Non, c’est venu comme ça. Il y a des prénoms originaux dans la famille. J’ai un frère qui s’appelle Douglas. Et ma fille, c’est Destiny.

Je crois que ton club t’a conseillé dans la gestion de ton argent ?

Pas du tout. La direction m’a seulement fait quelques petits reproches quand l’équipe allait mal, on m’a demandé de ne plus venir au stade avec des grosses voitures.

Il n’y a pas beaucoup de petites voitures sur le parking…

Non, mais j’avais une Lamborghini et une Ferrari. Comment tu veux ne pas attraper de PV avec ça ? C’est dur. (Il rigole). J’ai parfois pris des gros risques. Mais je n’ai jamais eu de crash. Je ne regrette rien de ce que j’ai fait. Aujourd’hui, je suis plus adulte et j’ai deux enfants : je n’ai pas envie de foutre ma vie en l’air à cause de la vitesse. Je n’ai plus que trois voitures. J’en ai eu jusqu’à cinq coupé sport, cabrio, jeep,… A chacun ses petites folies. Il y en a qui dépensent au casino, dans des montres ou des vacances. Moi, je n’ai que les autos et les chaussures.

PAR PIERRE DANVOYE – PHOTOS : REPORTERS / GOUVERNEUR

 » On m’a attaqué après le 4-4 contre l’Autriche. Mais ça fait des mois que ça dure, ces critiques. « 

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