Comme beaucoup de supporters de Manchester United, je me suis senti orphelin ce mercredi 8 mai. La retraite de Sir Alex Ferguson m’enlevait une part d’adolescence mais m’arrachait également cette partie que l’on croit et que l’on voudrait immuable dans une vie d’incessants changements. Moi, qui n’ai jamais connu (et aimé) Manchester United qu’avec un seul manager, me voilà obligé de m’adapter !

Ferguson, c’est l’homme qui m’a fait aimer le foot anglais, par ce beau jour de 1991 lorsque j’assistai devant mon poste de télévision au sacre de Manchester United en finale de la Coupe des Coupes. Le transfert d’Eric Cantona, pour lequel j’avais un faible, en novembre 1992, allait finir par me transformer en supporter indécrottable des Red Devils. L’Angleterre avait beau avoir une reine. A mes yeux, elle a toujours eu un roi !

En Ferguson, j’ai d’abord apprécié une philosophie de jeu, progressiste pour son temps – il réinventa le foot anglais en couplant vitesse et passing à une époque où le kick and rush régnait en maître sur le royaume de sa majesté. Depuis le début de ses succès (1990), Ferguson ne s’est jamais départi de cette philosophie tout en s’adaptant chaque fois aux évolutions du foot moderne mais également aux joueurs qu’il avait sous ses ordres. Le Manchester des années Cantona-Beckham-Giggs-Cole diffère énormément de celui des années Ronaldo-Rooney-Vidic et pourtant ces deux formations partagent la même identité de jeu. Quand je regardais United en championnat d’Angleterre, je pouvais être stressé par l’enjeu mais j’en sortais toujours rassuré par ce style tellement reconnaissable.

 » Les joueurs passaient mais la philosophie demeurait « . Derrière cette antienne tant entendue, repose pourtant le fondement de ce club unique en son genre. Seul peut-être Barcelone peut se targuer de conserver une culture propre. Car c’est sans doute-là que réside le plus grand mérite de Ferguson. Il ne s’est pas bâti sur une génération exceptionnelle. Il a su les empiler. Longtemps, j’ai cru que le déclin de l’équipe des nineties (celle des Paul Scholes-Giggs-Beckham-Gary et Phil NevilleNicky Butt, affublée du surnom de Fergie’s babes) entraînerait le recul de United. Une histoire de cycles, paraît-il. Il n’en fut rien. Ferguson a réussi à réinventer son équipe, notamment grâce à son flair et à l’arrivée de deux jeunes pétris de talent (Wayne Rooney et Cristiano Ronaldo).

Ce flair, parlons-en. Quand, dans les années 2000, Manchester United est devenue la formation la plus riche du monde, il aurait été tellement aisé pour Ferguson de transférer les meilleurs joueurs du monde, comme l’ont fait l’AC Milan, le Real, le Bayern ou Chelsea. Certes, Ferguson était capable de sortir le chéquier mais, pour une star confirmée comme Robin Van Persie, combien de joueurs alors anonymes n’a-t-il pas transformés en stars ?

Qui connaissait vraiment Ronaldo, Nani, Patrice Evra, Ole-Gunnar Solskjaer, Phil Jones, Tom Cleverley, Antonio Valencia, Javier Hernandez avant qu’ils ne signent à ManU ? Ces joueurs ne manquaient pas de talent mais c’est à United qu’ils ont éclos. Ferguson a toujours cru en ses joueurs, amenant des éléments peu talentueux au départ (comme Wes Brown ou John O’Shea), à une carrière plus qu’honorable.

Aujourd’hui, je suis orphelin mais je fais confiance à la dernière décision de Sir Alex (comme je l’ai toujours fait) : celle de nommer comme successeur quelqu’un, comme lui, de fidèle, qui a du flair et aime couver des jeunes : David Moyes.

STÉPHANE VANDE VELDE

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