Jacques Sys
Jacques Sys
Jacques Sys, rédacteur en chef de Sport/Foot Magazine.
Opinion

25/01/16 à 16:52 - Mise à jour à 16:51

Y a-t-il un club qui a autant fait le ménage que le Standard ?

Depuis un an, les Liégeois ont changé de président, connu quatre coaches, acheté 25 joueurs et vendu 48 autres.

Y a-t-il un club qui a autant fait le ménage que le Standard ?

S'il y a eu beaucoup d'allées et venues à Sclessin, les supporters, eux, sont toujours là. © BELGA

Vous en souvenez-vous ? Il y a un an, les Ultras du Standard avaient déployé un macabre tifo à l'occasion de la visite d'Anderlecht. La banderole montrait un bourreau tenant en mains la tête tranchée de Steven Defour. Le comble du mauvais goût. En cette période de terreur, des esprits malades se servaient du football comme podium de la colère et de la haine.

La direction du Standard ne pouvait que contempler ce triste spectacle, effarée, comme tout le monde. Elle n'était pas en mesure de mettre fin à ce genre d'excès. Le Standard semblait pris en otage par une petite partie de ses supporters. Les réactions indignées ont fusé de partout. La cellule football du ministère de l'Intérieur a voulu passer à l'action.

Le Standard avait touché le fond il y a un an. Feux de Bengale, pétards, tout l'arsenal avait déjà été sorti. Le club ressemblait à un navire sans capitaine. Roland Duchâtelet n'intervenait pas. Un an et demi plus tôt, il avait déjà été fortement traumatisé par l'irruption de supporters en rage venus le menacer dans son bureau. Et Ivan Vukomanovic avait succédé à Guy Luzon au poste d'entraîneur.

Y a-t-il un club qui ait fait le nettoyage aussi résolument que le Standard ? Après José Riga et Slavo Muslin, c'est Yannick Ferrera qui a débarqué alors que le club avait un nouveau président, Bruno Venanzi. Mais surtout, depuis ce jour traumatisant, le Standard a enrôlé 25 joueurs et s'est séparé de 48 autres, en comptant le mercato de l'hiver 2015. Ces dernières semaines, il semble avoir enfin posé de nouvelles fondations. Les Rouches ont un pied et demi en finale de la Coupe et sont à portée des PO1.

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Pas plus que nul autre en Belgique, le Standard n'a pu endiguer la marée gantoise.

Dimanche, ce regain a été brutalement stoppé par Gand, sur le score de 0-3. Yannick Ferrera avait annoncé vouloir jouer de manière dominante mais ce genre de déclarations est souvent vite dépassé. Le Standard a adapté sa composition, Ferrera a mis Ivan Santini sur le banc mais n'a pu endiguer la marée gantoise. Pas plus que nul autre en Belgique, d'ailleurs. Alors que tout le monde sait désormais comment les Buffalos procèdent.

Il y a tant de mouvements, de condition physique, d'assurance dans cette phalange que Hein Vanhaezebrouck donne, en fait, une leçon de modestie à ses collègues. Il prodigue des entraînements axés sur les matches, délivre des consignes claires. Les joueurs savent comment se déplacer, ils agissent au lieu de réagir, ils jouent les uns pour les autres, malgré les compliments dont ils sont assaillis.

Parfois, le football peut être simple. Le champion continue à étoffer son noyau, cette fois avec Rob Schoofs, un intelligent joueur issu de Saint-Trond, doté d'une bonne mentalité et d'un excellent tir mais surtout un jeune footballeur qui possède encore une large marge de progression.

Le football que développe Gand depuis longtemps est du rarement vu dans notre championnat, depuis une décennie, si ce n'est peut-être le jeu du Standard lors de la première saison de Laszlo Bölöni. Pourtant, Gand reste à la portée du Club Bruges et d'Anderlecht. Les Bleu et Noir s'accrochent aux basques du champion en titre. Leur football n'est pas fluide mais ils prennent des points. C'est un art. Anderlecht limite également les dégâts même si dimanche, contre le Sporting Charleroi, on a bien vu que l'équipe était amorphe. Pire: on ne sait pas très bien qui peut encore insuffler une dynamique à ces Mauves-là.

Le fait que certains joueurs estiment que le public n'a pas le droit de se retourner contre l'équipe est à désespérer. Les footballeurs de haut niveau doivent être capables de gérer la critique, de même que les supporters ont le droit d'exprimer leur mécontentement quand le jeu reste aussi médiocre. Que cette impatience touche les joueurs n'est manifestement pas un indice de force mentale. C'est une piètre excuse.

Il est plus important de procéder à une analyse: pourquoi les joueurs ont-ils peur d'appeler le ballon, pourquoi l'équipe est-elle inconstante, pourquoi dégage-t-elle une telle impuissance ? Et : Besnik Hasi place-t-il les bons joueurs à la bonne place ? L'entraîneur est critiqué, même s'il semble encore jouir d'un certain crédit. Dimanche, Besnik Hasi a dit savoir où il en était et ce qu'il devait faire. Travailler d'arrache-pied et tenter de s'en sortir tous ensemble. Reste à voir si ça suffit.

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