"Weiler ne changera jamais Anderlecht"

16/05/17 à 14:00 - Mise à jour à 14:22

Source: Sportmagazine

Si Anderlecht s'apprête à fêter un 34e titre de champion de Belgique, notre consultant, Marc Degryse, continue à porter un regard critique sur l'évolution du club bruxellois et d'un football rarement à la hauteur. Explications.

"Weiler ne changera jamais Anderlecht"

Marc Degryse se montre critique envers le style anderlechtois actuel. © BELGAIMAGE - CHRISTOPHE KETELS

René Weiler n'a jamais répondu à tes attentes. Et pourtant, après une belle campagne européenne, il s'apprête à réussir son pari en championnat, alors qu'on le pensait condamné à la mi-saison.

MARC DEGRYSE : Je me rappelle encore une interview de Herman Van Holsbeeck dans laquelle il disait que Weiler n'était pas suffisamment préparé à ce qui l'attendait en signant à Anderlecht. Et que les critiques, justifiées ou non, ça fait finalement partie de la grandeur de l'institution. Je me souviens aussi de cette sortie du coach, après la défaite à Waasland Beveren, où il avait déclaré que la tradition ne faisait pas marquer des buts...

Quand je l'ai interviewé en novembre, il avait été très dur vis-à-vis de son groupe. D'après lui, les joueurs mis à sa disposition n'étaient pas capables de réaliser le jeu souhaité. Le tournant a été la défaite à Zulte Waregem (3-2) du 20 novembre 2016 et cette déclaration de Sofiane Hanni qui reprochait le jeu trop défensif de l'équipe.

Par après, Weiler a écouté les Herman Van Holsbeeck et autres David Steegen, qui lui ont dit de moins communiquer, d'être moins cash dans ses déclarations et d'accepter que la tradition du club n'allait pas changer avec sa venue.

J'ai par contre l'impression qu'il est resté la même personne par rapport aux critiques : il ne les accepte toujours pas. Il a donné moins de conférences de presse, il est devenu bien plus consensuel, a multiplié les clichés. Je me demande s'il est vraiment bien dans sa peau. Car le regard de l'extérieur vis-à-vis d'Anderlecht ne va jamais changer. Et d'ailleurs, ça ne doit pas changer. Et ce n'est certainement pas lui qui va changer ça. Il doit accepter l'institution. Sinon, il ne trouvera jamais son bonheur au Sporting.

Quand tu évoluais comme joueur à Anderlecht, on avait le sentiment que tu aimais la pression, l'exigence qui entouraient ce club.

DEGRYSE : Oui. Je suis convaincu que ça fait partie du boulot dans un grand club. Et c'est parce que tu es le plus grand dans ton pays que les attentes sont les plus hautes et les critiques plus dures. C'est pour ça que je suis allé à Anderlecht. J'ai joué six ans à Bruges, six ans à Anderlecht et j'ai gagné un titre avec le Club et quatre avec le Sporting. À Bruges, si l'on perdait mais qu'on avait tout donné, ça n'était pas une catastrophe. À Anderlecht, ça l'était. Les supporters vous poussent à être ambitieux dans le jeu. Et c'est toujours le cas aujourd'hui. Et ça ne changera pas. Ou alors ce n'est plus Anderlecht. Mais pour Weiler, tout ça c'est nouveau. Et il n'y était pas préparé. Il était passé par la Suisse, la deuxième division allemande, il y avait beau avoir beaucoup de monde dans le stade, ça n'est pas la même pression. Mais malgré tout, il a su nettoyer le vestiaire, préparer l'équipe physiquement et même mentalement en fin de parcours.

Tu as le sentiment que Weiler n'a pas l'état d'esprit pour coacher un club comme Anderlecht ?

DEGRYSE : Ça, on verra sur la distance. Il a une vraie personnalité et une opinion très claire sur le foot qu'il veut pratiquer ou la mentalité qu'il veut insuffler au vestiaire. Mais je ne sais pas si sur le long terme, le jeu pratiqué sera à la hauteur. Cette semaine, je me faisais la réflexion suivante : l'Ajax a gagné quatre titres avec Frank De Boer en six saisons et malgré ça, il a continuellement essuyé les critiques. Et maintenant avec Peter Bosz, l'Ajax joue le football que les supporters veulent voir, c'est-à-dire un foot offensif avec des jeunes du cru. L'Ajax n'a pas été champion et va peut-être perdre la finale de l'Europa League mais jamais les supporters n'ont été autant derrière leur équipe. Et ces deux clubs, Anderlecht et l'Ajax, sont très similaires au niveau de la tradition.

Par Thomas Bricmont

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