"Un joueur n'est jamais totalement libre"

30/11/17 à 12:00 - Mise à jour à 28/11/17 à 16:46

Source: Sportmagazine

Les yeux de Moustapha Bayal Sall en disent long sur son parcours. De l'île de Gorée, au Sénégal, à Anvers, en passant par Saint-Étienne et un court exil au Qatar, il nage entre galères, joies, peines et duels musclés. Confessions d'un colosse au coeur de beurre.

"Un joueur n'est jamais totalement libre"

Moustapha Bayal Sall : une force de la nature à l'Antwerp. © BELGAIMAGE

Moustapha Bayal Sall à propos...

...de son enfance sur l'île de Gorée : "Quand tu es petit, à Gorée, tu fais tout. On n'aimait pas demander de l'argent à nos parents pour acheter quelque chose à manger. Si, à midi ou à treize heures, le repas est posé et que tu n'es pas là, ta famille va manger. Tu n'as plus qu'à attendre le repas du soir. Alors pour avoir de l'argent, on allait faire le jeu de la pièce avec les touristes. C'est simple, ils sont sur un bateau, on est dans l'eau et on leur dit : "pièce dans l'eau". Ils la jettent et on va la récupérer. Sinon, on faisait les guides. On leur coûtait moins cher que les guides habituels et on connaissait mieux l'histoire de l'île. Il y avait beaucoup de guides qui venaient de Dakar et qui inventaient. Nous, on leur disait ce que nous avait appris notre "grand-père", Joseph N'Diaye, le conservateur de la Maison des Esclaves. On aimait bien parce qu'on était fier de nous, de notre terre, de notre histoire. On ne la fuyait pas. On ne pourra jamais nous enlever nos racines."

...de comment il est arrivé à l'Antwerp : "Je ne sais pas, c'est Al-Arabi qui m'a prêté ici, avec option d'achat. Le Sheikh, qui est propriétaire du club, a un ou deux mecs qui s'occupent de ça et ils m'ont ramené ici. J'étais revenu au Qatar pour faire la préparation là-bas et on m'a dit que le Sheikh allait arrêter, donc qu'on allait me prêter. De toute façon, quand ils veulent te prêter, ils te prêtent où ils veulent. Toi, tu ne décides pas. Si je me sens libre ? Tu n'es pas libre quand tu joues au football. Tu dépends du club, tu fonctionnes sur ses obligations. Si mon club veut me mettre quelque part, je suis obligé de partir. Ils m'ont dit : "Tu vas à l'Antwerp" et je suis venu. Après, on m'a bien accueilli, vraiment. Le président, les joueurs, le coach, tout le monde. C'était bien. Une supportrice m'a aussi parlé de l'histoire du club. On a une bonne équipe, dans un grand club. J'ai compris où j'ai mis les pieds."

...de son fameux "I fuck you, toi aussi" à Zlatan quand il jouait à Saint-Etienne: "Lui aussi, il a un sacré tempérament. Il veut te déstabiliser, il te dit des mots pour que tu craques. Mais ça ne marche pas avec moi. Quand tu m'insultes sur le terrain, je ne te suis pas. Il faut être intelligent. Je lui ai dit ça dans un match qu'on a gagné (2-1, le 3 novembre 2012, ndlr). On ne faisait que se mettre des coups de coude. Je l'ai attrapé, il est tombé et je lui ai mis un coude. On se met nez à nez, il m'insulte, en anglais et en suédois. C'est là que je lui ai répondu (il sourit). En fait, je le prenais comme un autre joueur, pas comme la star qu'il est. Sinon, il allait me manger. Je n'avais pas de complexes. Il a apprécié ma façon de faire, il a dit que j'étais le meilleur défenseur en France. Il était motivé quand il jouait contre moi parce qu'il savait que ça n'allait pas être facile. Avant les matches, Blaise Matuidi venait me voir parce que Zlatan lui demandait si j'allais jouer. Il était content quand c'était le cas. Pendant les matches, on discutait, puis on s'échangeait nos maillots. C'est resté."

Par Nicolas Taiana

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