Susic : "C'est le bon moment pour prendre les Diables"

06/10/16 à 10:30 - Mise à jour à 04/10/16 à 14:16

Source: Sportmagazine

S'il a grandi à Liège, le médian de Genk est né à Sarajevo et défend les couleurs de l'équipe nationale bosnienne avec laquelle il compte bien contrecarrer les plans des Diables Rouges. Rencontre.

Susic : "C'est le bon moment pour prendre les Diables"

Tino-Sven Sucic est impatient d'affronter les Diables Rouges. © BELGAIMAGE

Tino-Sven Susic, fils de Sead (Liège et RWDM) et neveu de Safet (icône du PSG et de l'équipe yougoslave), est dans la sélection bosnienne qui va défier les Diables Rouges ce vendredi à Bruxelles. Il a joué à Genk, chez les jeunes, avec Thibaut Courtois. Il a fait des entraînements avec Yannick Carrasco, Christian Benteke et Kevin De Bruyne. Il a aussi été coéquipier de Courtois en sélections d'âge. Puis, il a choisi la Bosnie, à un moment où la Croatie lui tirait aussi à la manche. Explication.

TINO-SVEN SUSIC : Je ne suis pas aveugle, je voyais quand même qu'il y avait du très lourd dans le noyau belge. Je me suis dit que mes chances de devenir Diable Rouge un jour étaient très, très petites. Le coach a un réservoir tellement exceptionnel qu'il pourrait former deux bonnes équipes. J'ai aussi analysé le groupe croate. C'est moins brillant que la Belgique, mais dans l'entrejeu, c'est très costaud aussi. Vu mes origines bosniennes, mon choix a finalement été assez facile.

Porter le nom Susic en ex-Yougoslavie, c'est lourd, non ?

SUSIC : Au début, oui, c'était plutôt horrible ! On me mettait une pression infernale. La période où j'ai été appelé pour la première fois en équipe de Bosnie, avec mon oncle comme coach, ça a été très délicat. Les avis étaient unanimes : j'étais poussé, un pistonné, je n'avais rien à faire en sélection. J'étais titulaire indiscutable à Hajduk Split, mais pour les Bosniens, c'était comme si ça ne comptait pas. Ma famille me disait de ne pas écouter les commentaires, de ne pas lire les journaux, mais c'était impossible. Mon père et mon oncle me disaient : -Bosse, ne baisse pas les bras, joue ton football, tu vas vite leur montrer qu'ils ont tort. Dès que tu auras fait un ou deux bons matches avec l'équipe nationale, ils oublieront ce qu'ils auront pensé de toi. Et ça a marché comme ça. Aujourd'hui, j'ai un lien très fort avec les supporters. Il faut voir le nombre de messages de félicitations qu'ils m'ont envoyés quand j'ai signé à Genk.

Il y a deux ans, tu as carrément été à la Coupe du Monde...

SUSIC : Incroyable, cette expérience ! La première qualification de la Bosnie pour un Mondial. On joue notre premier match au Maracana contre l'Argentine de Lionel Messi. Je reste sur le banc mais j'en ai plein les yeux. Quand j'étais gosse, je regardais le Brésil de Ronaldo et Ronaldinho à la télé et je me disais : -Si un jour... Après l'Argentine, j'ai reçu du temps de jeu contre le Nigeria puis j'ai participé à la toute première victoire bosnienne en Mondial, contre l'Iran. J'ai contribué à écrire l'histoire de mon pays. On a fait la fierté d'un peuple. Un peuple difficile, tu sais ! Nos supporters, c'est quelque chose. Ils ont un caractère très difficile. Au pays, tout le monde attend énormément de son équipe de foot. Beaucoup trop. On est une petite nation, avec moins de quatre millions d'habitants, même pas la moitié de la Belgique. Mais ils en veulent toujours plus. Toujours trop. Si on perd, même si c'est contre une grosse équipe, ils sont déçus. Ils sont presque là à nous insulter ! C'est la mentalité des Balkans : les gens ne sont jamais contents. Par contre, quand ils sont heureux, ils sont vraiment heureux, complètement déchaînés. Va voir sur Youtube les images de notre qualification pour la Coupe du Monde, c'est quelque chose. J'ai aussi en tête les scènes de liesse quand la Bosnie est devenue, pour la première fois, le meilleur pays des Balkans au ranking FIFA. Tout le monde en parlait, c'était une fierté énorme. Il n'y a plus la guerre mais il y a toujours une terrible rivalité. Qu'est-ce que les Bosniens ont charrié les Serbes et les Croates ! La Bosnie dans le Top 15 mondial, c'était de la folie.

Vous n'êtes pas allés à l'EURO. Syndrome post-Mondial ?

SUSIC : On était aussi dans le groupe avec la Belgique et le Pays de Galles, on a vu à l'EURO qu'il y avait quand même des grosses qualités dans les deux équipes... On a fini à la troisième place, on a joué les barrages contre l'Irlande, mais là, on a raté notre coup. L'Irlande, ça ne joue pas forcément un très beau foot mais c'est solide, physique, mental. Ils en voulaient beaucoup plus que nous et ils nous ont bouffés.

Et vous avez de nouveau les Diables sur votre route. En Bosnie, ça a été vu comme un très mauvais tirage ?

SUSIC : Ben oui ! Mais bon, les autres équipes sont assez abordables. Et même contre les Belges, on a bon espoir de faire quelque chose. On se dit qu'il y a toujours moyen de leur mettre la pression, surtout maintenant, parce qu'ils sont un peu dans le doute après leur EURO raté. Ils m'ont énormément déçu en France. Avec le tableau qu'ils avaient, ils devaient aller en finale, point à la ligne. Ils devaient rouler sur les Gallois en quarts.

Par Pierre Danvoye

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