Sur les traces de Lukasz Teodorczyk

14/03/17 à 15:00 - Mise à jour à 15:59

Source: Sportmagazine

L'adage dit que nul n'est prophète en son pays. Et dans l'entité rurale de Zuromin, les destins paraissent labourés d'avance. Alors Lukasz Teodorczyk conjure le sort, le disco polo comme chant du coq, pour devenir maître en son poulailler. Reportage sur les traces d'un petit miracle, en plein coeur d'une basse-cour de Pologne profonde.

Sur les traces de Lukasz Teodorczyk

Le vestiaire du Wkra Zuromin, club où Lukasz Teodorczyk a effectué ses débuts. © BELGAIMAGE - TOMASZ WASZCZUK

Du poulet, du poulet et encore... du poulet. Si tous les chemins mènent à Rome, tous ceux qui dirigent vers Zuromin encaissent les nids de poule et transpirent la volaille chaude. À 150 kilomètres au nord de la capitale, Varsovie, le paysage est plat, champêtre, mais surtout parsemé d'élevages de l'espèce. Pas vraiment pour le bonheur des quelques 8.000 habitants de la bourgade. " C'est un peu un sujet tabou ", avoue Kacper Czerwinski, du canard maison Kurier Zurominski, qui accueille dans des bureaux austères, entre deux cartons de déménagements.

" Non seulement le poulet ne participe pas beaucoup à l'économie de la ville, parce que tout commence à être automatisé et ça ne crée pas vraiment d'emplois, mais les gens en ont marre parce que ça ne sent pas bon... " L'effluve imprègne effectivement la normalement paisible Zuromin. Sur la place principale, des enceintes crachent du disco polo, genre musical majeur en Pologne, dans une indifférence totale. L'endroit, désert, comprend une grande église grisâtre et une mairie quelconque. La patronne des lieux, Aneta Goliat, assure avoir mis " 5 hectares à disposition des investisseurs, pour éviter l'exode de tous les jeunes vers Varsovie. " Sans grand succès.

Le peu d'activité dans le périmètre se résume à quelques artisans. À la sortie de la ville, les mêmes constats se taillent dans une carrière. " C'est difficile de trouver de la main-d'oeuvre ", souffle le proprio, Andrzej Retkowski, ancien président du Wkra Zuromin. Le club tient son nom d'un cours d'eau, seule attraction touristique des environs. Ou presque. Depuis quelques années, une vague d'espoir prend sa source dans le sillage de son fils prodigue : Lukasz Teodorczyk.

Le Dieu Shazza

Zuromin, une petite ville de 9000 habitants.

Zuromin, une petite ville de 9000 habitants. © BELGAIMAGE - TOMASZ WASZCZUK

En grec ancien, " theos " signifie " Dieu " et " kratos " symbolise le pouvoir. Et, " en Pologne, on a des patriotes, des croyants et des footballeurs ", pose Retkowski. Alors, à Zuromin, Lukasz Teodorczyk réunit l'ensemble par la voie du troisième domaine et installe une véritable théocratie naturelle. Seigneur en sa Mozavie, l'Anderlechtois de 25 ans vomit les médias et cultive le mystère sur sa vie privée.

Le malaise remonte à 2012 et à la parution d'un article relatant son enfance compliquée. Un père alcoolique, violent et démissionnaire, une mère qui tente de joindre les deux bouts pour ses trois fils, dont l'aîné, Thomas, aurait eu un penchant pour le vol et la drogue.

" Cet article a fait du mal à sa famille. Il n'a pas du tout apprécié ", regrette Kacper Czerwinski, qui préfère sortir les archives de son hebdomadaire. Rares sont les numéros sans trace du joyau local. Posté pile en face du modeste appartement familial des Teodorczyk, l'étage du Kurier Zurominski cohabite avec le parti de droite au pouvoir (le PiS, " droit et justice ", ndlr).

Sur la porte d'entrée, un Teo en sélection promeut des tournois de mini-foot. " Il oeuvre beaucoup pour sa ville ", poursuit Kacper. " Pour le téléthon polonais, il a vendu une vareuse d'Anderlecht et une paire de chaussures. Grâce à lui, on a battu le record de dons. "

Au bout de l'avenue, l'école primaire s'apprête à passer à table. C'est entre ses murs que le jeune Lukasz organise des " booms " une fois par mois. Il est DJ, chanteur et breakeur. " C'était la star de la cour de récré. Je ne l'ai jamais vu chanter, mais par contre, je l'ai vu danser. Et je suis catégorique, il a ça dans le sang ", se marre Dorota Soboleewska, sa prof de maths pendant trois ans, devenue également directrice.

Les rues de Zuromin, là où a grandi Lukasz Teodorczyk.

Les rues de Zuromin, là où a grandi Lukasz Teodorczyk. © BELGA

Lukasz hérite de son premier surnom, " Shazza ", en référence à un tube de Big Cyc, groupe de disco polo en vogue au début du millénaire. La figure divine se travaille déjà. Dorota confesse instinctivement n'avoir " que des superlatifs quand [elle] pense à lui ".

Après avoir montré fièrement son armoire à trophées, dont quelques-uns seraient le fait de Teo, elle invite dans son bureau pour se souvenir d'un " élève moyen, qui aurait pu être excellent s'il n'avait pas été pris par le foot ". Le ballon collé au pied, il se retrouve systématiquement surclassé dans les classes d'âge du Wkra.

La légende raconte que les entraîneurs adverses venaient lui demander sa carte d'identité, persuadés qu'il était plus... vieux que l'âge requis. En réalité, il refuse de partir en sports-études à Lodz, troisième ville de Pologne. Dorota dit de ne pas savoir pourquoi il reste, mais assure qu'il a toujours gardé un seul objectif en tête : devenir footballeur professionnel.

Par Nicolas Taiana à Zuromin

Retrouvez l'intégralité du reportage consacré aux racines de Lukasz Teodorczyk dans votre Sport/Foot Magazine

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