Jacques Sys
Jacques Sys
Jacques Sys, rédacteur en chef de Sport/Foot Magazine.
Opinion

30/06/15 à 15:49 - Mise à jour à 15:49

Le pouvoir fait perdre le sens des réalités

Trop souvent, il n'est plus question de football ou de compétences mais d'ego, de pouvoir et de lobbying.

Le pouvoir fait perdre le sens des réalités

François De Keersmaecker avait de nombreuses raisons de ne pas se représenter. © BELGA

François De Keersmaecker ne voyait pas de raison de faire la fête, samedi, après avoir été réélu à la présidence de l'Union belge. Mais il était heureux, même si sa réélection sur le fil a démontré qu'il ne bénéficiait plus du soutien de tous les représentants du football amateur, un signal dont il devra tirer les conclusions. De plus, Marc Coucke a démissionné du Comité Exécutif et le résultat des élections a déclenché une telle agitation et une telle colère qu'on peut affirmer que la sérénité dont la fédération a besoin après les turbulences des derniers mois est loin d'être revenue. De Keersmaecker n'avait pas l'air de s'en soucier. Après avoir réfuté toute responsabilité dans la mauvaise gestion de Steven Martens, il a passé les derniers mois à ne songer qu'à la prolongation de son mandat. Des projets d'avenir, il n'en a pas.

Ça doit être chouette, la présidence de l'Union belge. A l'époque de Jan Peeters, des réformes profondes avaient eu lieu mais Peeters avait tout de suite dit que, même en cas d'échec, il ne démissionnerait pas. Le plus tragique, dans ces élections présidentielles, c'est qu'il n'est pas question de football ou de compétences mais d'égo, de pouvoir, de lobbying. De Keersmaecker avait de nombreuses raisons de ne pas se représenter, il aurait pu emballer tout cela et même témoigner d'un certain courage. Au lieu de cela, il s'est cramponné à sa place du mieux qu'il le pouvait et a laissé entendre samedi qu'il faudrait arrondir certains angles. On peut se demander comment s'est possible dans ce climat de méfiance. L'information selon laquelle on dépense aujourd'hui encore énormément d'argent pour des missions de scouting est stupéfiante. Mais pour le président, cela semble anecdotique.

Partager

Ça doit être chouette, la présidence de l'Union belge !

Le pouvoir semble faire perdre aux gens le sens des réalités. La marche funèbre de Sepp Blatter en est le plus bel exemple. Très discuté depuis des années, le Suisse a parcouru le monde pour délivrer son message à la manière d'un apôtre. Il a été reçu partout avec énormément d'égards et a séjourné dans les hôtels les plus chers. Lorsque la FIFA a été prise dans les mailles de la corruption, il a joué les victimes. Ce n'est que lorsque les accusations et les soupçons à son égard se sont fait plus pointus que, dos au mur, il a démissionné. Mais il est toujours là jusqu'en décembre et, s'il ne tenait qu'à lui, il resterait encore plus longtemps.

En football aussi, il est difficile de s'en aller lorsqu'on est au sommet. C'est toujours une question de salut. Eddy Wauters a été président de l'Antwerp pendant 42 ans. Avec le cynisme qui lui est propre, il disait régulièrement qu'il était prêt à laisser sa place à quelqu'un d'autre mais lorsqu'on voulait le mettre au placard, il se battait comme un lion pour rester. Roger Vanden Stock, le plus modéré des présidents, a déjà annoncé plusieurs fois vouloir faire un pas de côté à Anderlecht mais, entretemps, il a pris la présidence de la Pro League. Et l'armée des hommes d'affaires qui veulent devenir président d'un club de football ne cesse de grandir. Ça leur permet de faire parler d'eux.

Est-ce pour cela que Roland Duchâtelet a occupé le fauteuil présidentiel au Standard pendant quatre ans? Il a été menacé physiquement et s'est fait insulter par des supporters mécontents, il a été traumatisé mais n'a jamais pensé à jeter l'éponge avant la semaine dernière. Il était pourtant condamné à échouer. Il avait choisi le mauvais club car le Standard vit sur un volcan. Duchâtelet a commis une erreur que de nombreux hommes d'affaires qui se lancent dans le football commettent: il n'a pas pris conseil auprès de connaisseurs et s'est surestimé. Aujourd'hui, il veut quitter pour quelque temps le monde du football belge. Une décision intelligente. Encore faut-il voir s'il en sera capable.

Par Jacques Sys

Nos partenaires