La vérité sur le rachat d'Anderlecht

02/01/18 à 16:30 - Mise à jour à 18:45

Source: Sportmagazine

Le rachat par Marc Coucke va provoquer un tremblement de terre à Anderlecht. Qui prendra le pouvoir à Neerpede ? Qui pourra faire ses valises ? Qui seront les grands gagnants ? Et les grands perdants ? Une chose est certaine : Anderlecht ne sera plus comme avant.

La vérité sur le rachat d'Anderlecht

Marc Coucke et Roger Vanden Stock. © BELGA

C'est à Rhode-Saint-Genèse, luxueuse commune à facilités de Bruxelles, qu'a commencé l'histoire du rachat le plus sensationnel d'un club belge de ces dernières années. C'est là que Jacques Lichtenstein, qui fait autorité dans le monde des agents depuis 25 ans, s'est mis en tête de trouver un repreneur pour Anderlecht, ce qui lui permettrait de revenir à Neerpede par la grande porte. Il fut un temps où Lichtenstein faisait la loi à Anderlecht - au début des années 2000, il défendait les intérêts de Vincent Kompany, Glen De Boeck, Olivier Doll, Elonga Ekakia, Davy Oyen, Tomasz Radzinski et Daniel Zitka. Mais au fil des années, il a perdu du poids. Hormis Olivier Deschacht et Andy Najar, il n'a plus aucun joueur au Sporting.

Lichtenstein n'est cependant pas le seul agent influent à avoir tenté de mettre le grappin sur Anderlecht. Luciano D'Onofrio, Christophe Henrotay et même Mogi Bayat ont essayé de réunir des investisseurs pour reprendre l'institution. Lichtenstein possédait un avantage non négligeable : son ex-beau-père, Philippe Collin, fait partie du Conseil d'administration du club. Lichtenstein a été marié avec sa fille. C'est finalement le fils du couple aujourd'hui séparé qui, après avoir parlé avec son grand-père, a mis la machine en route.

Sur base d'informations recueillies par son fils, Lichtenstein a décidé de rassembler Marc Coucke et Michael Verschueren autour d'une table. Ces deux-là se connaissaient déjà puisque, bien avant qu'on ne parle de la vente d'Anderlecht, Coucke et Verschueren junior s'étaient rencontrés dans les tribunes de l'Etihad Stadium de Manchester City. Ils avaient été invités par Lichtenstein, qui a ses entrées à City grâce aux bonnes relations qu'il entretient avec Vincent Kompany.

Après le match, les deux invités avaient même posé pour la photo avec Vince the Prince. C'était le début d'une belle amitié entre l'homme d'affaires gantois et le fils de Mister Michel. À l'été 2015, Verschueren avait même été aperçu dans la salle des fêtes du KV Ostende. Malgré la défaite d'Anderlecht (3-1), il s'ambiançait dans les catacombes de ce qui s'appelait encore l'Alberpark- stadion.

La revanche de Lichtenstein

Jacques Lichtenstein

Jacques Lichtenstein © BELGAIMAGE

Si Lichtenstein a proposé Coucke, ce n'est pas un hasard. Cela fait longtemps qu'ils s'entendent bien. Après avoir perdu du terrain à Anderlecht, Gand et Genk, il a exploré d'autres territoires. Comme Ostende, qu'il a découvert en 2013, peu après que Coucke eut repris 60 % des actions. Le premier coup médiatique du tandem Coucke-Lichtenstein fut le transfert de Franck Berrier. Par la suite, d'autre clients du portefeuille de l'agent bruxellois allaient prendre le chemin de la côte : Gohi Bi Cyriac (2015), Yves Vanderhaeghe (2015) et Silvio Proto (2017). Coucke n'avait pas oublié que Lichtenstein était parvenu à convaincre un crack comme Berrier de signer dans un petit club comme Ostende. Depuis, toutes les portes de la Versluys Arena étaient ouvertes à Lichtenstein, seul agent invité à la même table que Coucke et les dirigeants de l'équipe adverse avant les matches.

Opter pour Coucke, c'était opter pour quelqu'un dont l'image était propre. "Paul Gheysens ou Mogi Bayat auraient entaché la réputation d'Anderlecht", dit-on dans l'entourage du club. Michael Verschueren, lui, illustre parfaitement l'élégance d'Anderlecht. Il y a deux ans, il était considéré comme le coming man et futur bras droit d'Alexandre Van Damme. Verschueren a joué finement et a dit plusieurs fois que la succession de Herman Van Holsbeeck ne l'intéressait pas. "Ce que fait Herman Van Holsbeeck est phénoménal", disait-il y a quelques années dans Sport/Foot Magazine. "Il suffit de jeter un oeil sur les statistiques : dans toute l'histoire du club, personne n'a jamais fait mieux. Je n'ai pas l'intention de lui succéder."

Malgré cet hommage, le courant ne passait pas entre les deux hommes. Van Holsbeeck repensait sans aucun doute à ses débuts à Anderlecht, lorsque son père, Michel Verschueren, lui mettait régulièrement des bâtons dans les roues. Verschueren junior se faisait de plus en plus rare à Neerpede et se concentrait surtout sur son job à l'European Club Association (ECA), un groupe de réflexion et de lobbying qui représente les grands clubs européens. Mais Verschueren junior va vraisemblablement bientôt revenir au premier plan à Anderlecht, même si on ne sait pas encore exactement quelle fonction Coucke va lui attribuer. Celle de directeur général, dans la lignée de ce que Jo Van Biesbroeck fait maintenant ? Ou celle de directeur sportif, sachant qu'il n'a jamais négocié un transfert et n'a pas de réseau d'agents ? Il prétend lui-même ne pas être un homme de football. "Il faut être présent chaque jour, connaître les agents et les joueurs. Je n'investis pas suffisamment de temps pour pouvoir dire que j'en sais assez. Je ne pourrais par exemple pas vous dire qui sont les meilleurs Portugais U19..."

Van Holsbeeck dans l'impasse

Herman Van Holsbeeck

Herman Van Holsbeeck © BELGA

Il est donc probable que Luc Devroe suive son patron à Bruxelles. C'est lui, et pas Coucke qui a, en grande partie, dicté la politique des transferts d'Ostende. En transférant pour beaucoup d'argent des joueurs qui n'avaient pas coûté grand-chose, comme Jordan Lukaku, Landry Dimata et Adam Marusic, Devroe a fait gagner des millions aux Côtiers. Avec un réseau qui s'étend jusqu'en Amérique du Sud, Devroe doit être capable d'augmenter les gains d'Anderlecht. À condition de remettre de l'ordre dans la cellule de scouting car c'est un secret de polichinelle : à Anderlecht, les scouts n'osaient pratiquement rien dire à Van Holsbeeck et à Mogi Bayat. Parfois, ils enjolivaient leurs rapports, de peur de rater un nouveau Thomas Meunier.

Aujourd'hui, Roger Vanden Stock s'est fait à l'idée de quitter Anderlecht. Il est parti aux sports d'hiver, est revenu en Belgique mercredi pour le match face à Gand et est reparti au ski en Suisse jeudi. Van Holsbeeck, qui passe ses journées enfermé dans son bureau, encaisse plus difficilement le coup. Les proches du club affirment qu'à aucun moment, il n'a été consulté quant au nom des repreneurs potentiels. Il paraît qu'il ne savait même pas que Coucke était candidat.

Il se dit qu'à partir du mois de mars, il sera inutile dans la structure de Coucke. Peut-être même sera-t-il mis hors-jeu avant cela. Il semble que c'est à un comité de trois personnes maximum qu'il appartiendra de s'occuper des transferts pendant le mercato d'hiver. Des gens en qui Coucke a confiance. Est-ce pour cela que Van Holsbeeck tirait la tête le jour de la présentation de Coucke à la presse au Stade Constant Vanden Stock ? Pourtant, il aurait dû voir arriver l'orage. Il y a trois ans, déjà, son pouvoir avait été fortement réduit lorsque Alexandre Van Damme avait créé un poste de directeur opérationnel pour Jo Van Biesbroeck. C'était une façon subtile de mieux contrôler Van Holsbeeck, ce que Roger Vanden Stock n'avait pas fait suffisamment, lui qui faisait aveuglément confiance à son bras droit.

Si Anderlecht cesse de collaborer avec Van Holsbeeck, ce sera aussi un sale coup pour Mogi Bayat, qui a pris beaucoup d'importance dans la politique des transferts du club ces dernières années. En 2016, Coucke avait confié à quelques journalistes de La Tribune qu'il ne supportait pas les frères Bayat. Surtout Mogi. L'affaire du transfert tumultueux de Silvio Proto à Olympiacos n'a rien arrangé. Bayat aurait conseillé à Proto de semer la pagaille au sein du club pour forcer son départ. C'est ainsi que le gardien ne se serait pas présenté aux entraînements. Finalement, Ostende a cédé.

Plus de bureau pour Mogi

Il y a quelques semaines, le Franco-Iranien s'est tiré une balle dans le pied en accusant Luc Devroe d'être responsable des difficultés d'Ostende. Ces accusations sont parvenues aux oreilles de Devroe et Coucke, ne faisant que confirmer ce que les deux hommes pensaient du personnage. Mogi Bayat n'a plus aucune chance de gagner le moindre cent à Anderlecht, où il avait pour ainsi dire son bureau. Cela signifie que le marché sera à nouveau ouvert à d'autres agents (voir encadré). On saura rapidement si la mise à l'écart de Mogi Bayat et le retour aux affaires de ses concurrents belges permettra de remettre la politique des transferts du club sur la bonne voie.

Qui prendra la relève de Mogi Bayat à Anderlecht ?

Mogi Bayat et Roger Vanden Stock

Mogi Bayat et Roger Vanden Stock © BELGAIMAGE

Cela fait longtemps que Jacques Lichtenstein n'est plus le bienvenu à Neerpede parce que Mogi Bayat ne le supporte pas, et vice-versa. Lorsqu'il fallait discuter des contrats, il envoyait souvent son collaborateur, Peter Verplancke. Aujourd'hui, la voie est libre pour Lichtenstein, dont la succession est assurée puisque son fils étudie actuellement à la Maastricht University School of Business and Economics. On assure que, dans quelques années, il reprendra les affaires de son père.

Patrick De Koster pourra également bientôt recommencer à faire des affaires avec Anderlecht. Actuellement, il a plusieurs joueurs à Ostende : William Dutoit, Zinho Gano, Hasan Özkan et Sébastien Siani. L'agent de Kevin De Bruyne a accès au marché anglais et travaille avec une académie en Guinée.

Didier Frenay a également la confiance de Devroe. C'est lui qui a amené Joseph Akpala et Antonio Milic à la côte belge. Il a également permis à Ostende de toucher le jackpot en transférant Landry Dimata à Wolfsburg. Frenay connaît bien le marché brésilien, que quelqu'un écume pour lui.

Enfin, le quatrième homme du réseau particulier de Devroe à Ostende est Evert Maeschalck, l'agent de Davy Roef.

Par Thomas Bricmont et Alain Eliasy

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