" J'ai raccroché au nez de Sven-Goran Eriksson "

02/08/17 à 14:00 - Mise à jour à 01/08/17 à 16:42

Source: Sportmagazine

Son demi-siècle sonnera le 10 août. Philippe Albert nous offre un regard décalé sur son parcours et son oeil perçant sur le foot actuel. " Je peux maintenant balancer quelques anecdotes que je n'ai jamais révélées. "

" J'ai raccroché au nez de Sven-Goran Eriksson "

Philippe Albert. © BELGAIMAGE

On soumet une bonne soixantaine de noms, d'événements et de thèmes à Philippe Albert. À charge pour lui d'en retenir pile 50 et de les commenter à sa façon - traduction : franco. Quinqua dans quelques jours, il fait ça comme un prince. Ça vous étonne ? Go !

BÛCHERON DES ARDENNES

" Un surnom qu'on m'a donné en début de carrière. On m'a aussi appelé le Boucher des Ardennes. C'était logique, je jouais sur mes qualités physiques. Ce qu'on écrivait m'a motivé à travailler encore plus mes points faibles. J'ai dû cravacher plus que les autres parce que je n'étais pas doué au départ. "

STANDARD

" Quand je suis à Charleroi, je croise Roger Henrotay, le patron du Standard, dans un bistrot de Paliseul, dans les Ardennes. On boit un verre, on discute, on se serre la main. Je pensais qu'il allait peut-être me faire une proposition mais il n'y a pas eu de suite. Sans regret parce que le Standard était dans le creux, il payait les suites de l'affaire Waterschei. Malines s'est présenté, c'était beaucoup plus intéressant d'un point de vue sportif. "

ALAN SHEARER

" Quel honneur d'avoir joué avec un attaquant pareil. En match, c'était un monstre, le gars ne renonçait jamais. En semaine, il était complètement différent, il ne fallait pas lui en demander trop. Tout ce qu'il voulait, c'était être prêt pour le week-end. "

DRINKING SESSIONS

" Une fois par mois, on se retrouvait tous au resto puis on faisait une grosse sortie en boîte. Pas des marathons de boisson mais on se lâchait méchamment quand même. C'était imposé par... Keegan. Il disait que ça favorisait l'esprit de groupe. "

BUT CONTRE MAN UTD

Il vient de marquer un but somptueux et toujours légendaire avec Newcastle.

Il vient de marquer un but somptueux et toujours légendaire avec Newcastle. © BELGAIMAGE

" Mon lob, on en parlera encore dans 50 ans à Newcastle, c'est génial. Parce que c'était le grand ManU de David Beckham, parce qu'il y avait Schmeichel dans le but, parce qu'il y avait une terrible rivalité et parce qu'on a gagné 5-0. Deux mois plus tôt, ils nous avaient asphyxiés dans le Charity Shield, 4-0. On rentrait d'une tournée au Japon, on n'était nulle part. Et ils avaient rigolé de nous sur le terrain. Le jour du 5-0, Keegan a mis l'équipe au tableau et nous a dit : -Les gars, souvenez-vous de Wembley. Rien d'autre. "

FAUSTINO ASPRILLA

" Un phénomène. Un artiste sur le terrain mais un fou furieux.Contre City, il se bagarre pendant une heure et demie avec l'arrière central et il lui met un coup de tête. On reçoit le Barça de Luis Figo et Rivaldo en Ligue des Champions, c'est 3-0 après 50 minutes, trois buts d'Asprilla. À côté de ça, il y avait ses frasques en dehors du terrain. Il lui arrivait de ne pas savoir se lever pour l'entraînement parce qu'il avait fait une grosse fête la veille. "

PREMIÈRE SÉLECTION

" Je ne savais pas que Guy Thys suivait mes matches avec Charleroi. J'arrive à l'entraînement, Raymond Mommens me félicite, il me dit qu'il vient d'entendre à la radio que j'étais repris pour le match en Irlande. Je lui dis : -Tu me prends pour un con, va te faire foutre. Puis un deuxième joueur me félicite, puis un troisième. Je suis Diable pour la première fois un 29 avril. La date d'anniversaire de mon père et de ma mère. "

COUPE DU MONDE 1994

" Une prise de conscience. Comme défenseur, marquer contre les Pays-Bas et l'Allemagne, c'était beau. J'ai eu un flash là-bas, je me suis dit que le championnat de Belgique était devenu trop petit pour moi. Sans prétention mais c'était une réalité. J'avais pris six trophées en deux ans avec Anderlecht, j'avais tout gagné en Belgique. Je devais aller voir ailleurs. "

KURT ROTHLISBERGER

" Je voulais dégommer l'arbitre de Belgique - Allemagne. "

" Je voulais dégommer l'arbitre de Belgique - Allemagne. " © BELGAIMAGE

" L'arbitre du match contre l'Allemagne aux Etats-Unis. Le gars a eu de la chance qu'on me retienne, ils ont dû s'y mettre à quatre pour me calmer. J'étais parti pour le dégommer. Se faire arnaquer comme ça en Coupe du Monde, ce n'est pas possible. Je voulais le frapper. Ma carrière se serait peut-être arrêtée là, je n'aurais pas connu l'Angleterre. Pas grave, j'aurais fait autre chose. Quand on rentre au vestiaire, personne ne bronche alors qu'on vient de se faire entuber bien profond. Ça me rend dingue de voir que tout le monde reste calme. Je shoote dans des trucs, je renverse des tables. "

JUVENTUS

" Quand je suis à Malines, je suis contacté par Walter De Greef, il me dit que la Juventus est intéressée. Ils proposent 25 millions de francs à la signature. Ça fait plus de 600.000 euros, c'est énorme pour l'époque. Mais il n'est pas question du sportif dans notre discussion et ça ne me plaît pas. Je réponds à De Greef que ça ne m'intéresse pas. Il a dû me prendre pour un fou. J'ai des principes. Un jour, Sven-Goran Eriksson m'appelle, il me veut à Benfica. Dans la conversation, je lui dis, à un moment : -Désolé Monsieur, mais... Il me lâche alors : -On ne coupe pas la parole à Monsieur Eriksson. Je lui ai raccroché au nez. "

Par Pierre Danvoye

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