" Il fallait un projet qui permette à Marc Coucke de rejoindre le top européen "

13/06/18 à 17:01 - Mise à jour à 17:13

Agents de Kompany, Meunier ou Boyata, via leur société, Eleven Management, Jacques Lichtenstein et Peter Verplancke se sont également spécialisés dans la recherche de repreneurs. Ce fut le cas à Anderlecht l'hiver dernier, où l'on a assisté à une véritable révolution de palais. Rencontre.

" Il fallait un projet qui permette à Marc Coucke de rejoindre le top européen "

© BELGAIMAGE - CHRISTOPHE KETELS

Quel fut votre rôle exact dans le rachat d'Anderlecht par Marc Coucke ?

JACQUES LICHTENSTEIN: En novembre, j'ai appris via mon fils, Scott (petit-fils de Philippe Colin, ndlr), que Roger Vanden Stock était mécontent des différents profils de repreneurs. C'est mon fils qui m'a suggéré de téléphoner à Marc. Je l'ai donc appelé, même si je n'y croyais pas trop car Ostende est le club de son coeur. Là il me répond : donne-moi 48h. D'habitude, il me répond dans la seconde quand ça ne l'intéresse pas. Donc j'appelle Peter et je lui explique. On connaît Marc, s'il ne dit pas non tout de suite, c'est qu'il est intéressé.

En quoi Coucke correspondait-il au profil désiré par la direction ?

LICHTENSTEIN: La plus grosse offre financière ne venait pas de Marc Coucke. Mais comme les Vanden Stock étaient les plus gros actionnaires depuis deux générations, ils ne voulaient pas le céder à n'importe qui. Marc est un bon profil grâce à son identité très belge. Donc d'une certaine manière, c'est la garantie d'inscrire le projet dans du long terme.

PETER VERPLANCKE : Marc Coucke est un homme d'affaire clean avec une bonne réputation. En outre, il connaît la fédération. On est d'ailleurs étonné qu'il n'ait pas été contacté par Anderlecht et Herman Van Holsbeeck qui avaient pour mission de retrouver un repreneur. S'ils ne contactaient pas des potentiels repreneurs, comme Marc, ceux-ci ne pouvaient pas être mis au courant des modalités de vente. Bien sûr, l'élément de confidentialité serait resté crucial car le succès d'une opération pareille en dépend. Tous les jours, les journaux donnaient les noms de potentiels repreneurs mais jamais celui de Marc.

Comment le nom de Coucke n'est-il jamais sorti dans la presse ?

LICHTENSTEIN: On a décidé d'être hyper discrets tout au long du processus. Et on a vraiment réussi à l'être. Au moment de l'ouverture des enveloppes avec les offres, le jour de l'AG décisive, seules trois personnes étaient au courant du nom de Marc Coucke dans une enveloppe. D'ailleurs, chapeau à tous ceux qui ont été impliqués, y compris à Anderlecht. La confidentialité a été parfaitement respectée. C'était évidemment hyper sensible parce que Coucke était alors président d'un club, le club de son coeur qui plus est. Mais il était conscient du fait qu'il plafonnait à Ostende. On s'en était rendu compte, à l'occasion de son investissement dans le LOSC et lors du match d'Europa League contre Marseille, que ce qui l'excitait, c'était de jouer contre le PSG. En fréquentant Marc, on sentait qu'il avait envie. Son équipe de cyclisme, c'est le top mondial. Il lui fallait un projet qui lui permette de rejoindre le top européen en foot. Et Anderlecht est le club le plus titré de Belgique.

VERPLANCKE : Marc, c'est un vrai entrepreneur. Il est très proche de ses projets, il travaille avec son coeur. Il voit les choses de façon beaucoup plus claires et beaucoup plus vite que les autres. Il a les moyens de ses ambitions et les tripes pour le faire. Aujourd'hui, Marc a un avantage, il est très malin et très riche. Il investit dans des passions. Il veut gagner de l'argent, mais pas forcément immédiatement. Il est prêt à investir. Il ne veut pas perdre de l'argent, mais pas forcément en gagner. Il veut certainement faire grandir le business, donc il réinvestira les éventuels profits. Je suis sûr qu'il n'a pas réfléchi à une stratégie d'exit, c'est d'abord un investissement de passion.

Quel fut le rôle de Roger Vanden Stock dans ce rachat ?

LICHTENSTEIN: À un moment donné, Roger a dit à tout le monde : je suis le président, et ce sera Marc. Roger, c'est un héritier, mais il a hérité d'un truc , c'est l'amour du club. Et bravo pour son amour du RSCA ! Sans lui, Marc Coucke n'aurait jamais pu reprendre le club. Il a soutenu son offre parce qu'il était seul face aux autres, certainement Van Holsbeeck et Collin, qui étaient contre la reprise d'Anderlecht par Marc Coucke.

L'autre grand perdant du rachat, c'est Herman Van Holsbeeck, licencié fin avril par Marc Coucke pour " faute grave ", et aujourd'hui en procès avec le club.

LICHTENSTEIN: Le renvoi d'Herman Van Holsbeeck par la toute toute toute petite porte, est significatif. Il est le symbole d'une direction vieillissante qui a transformé un club qui ne signifie plus rien Europe, alors qu'auparavant il était craint, et qui se fait rattraper par ses concurrents belges. Van Holsbeeck s'est entouré de personnages qui ont contribué à la chute du club, comme Laurent Denis et évidemment Mogi Bayat.

Par Thomas Bricmont

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