"Hasi et moi, ça ne passait pas"

22/03/17 à 11:00 - Mise à jour à 21/03/17 à 15:58

Source: Sportmagazine

Après une longue blessure, Bram Nuytinck (26 ans) n'a quasiment plus joué sous les ordres de Besnik Hasi. Cette saison, le défenseur a saisi sa chance auprès de René Weiler et s'éveille de nouveau aux plus nobles ambitions.

"Hasi et moi, ça ne passait pas"

Bram Nuytinck : bien dans son corps, bien dans sa tête. © KOEN BAUTERS

Nuytinck vit en bordure d'une artère qui traverse Molenbeek et mène au centre de Bruxelles. Le défenseur habite depuis quatre ans et demi cette commune qui a tant fait parler d'elle à la suite des attentats de Bruxelles. Il ne souffre ni de l'insécurité ni de la criminalité. Sa route le conduit surtout à Anderlecht. " Bruxelles a de beaux quartiers mais j'y vais rarement. Je voulais habiter ici parce que c'est proche du club. Je me concentre sur le football, sur ma progression, jour après jour. La douceur des Belges crée un environnement où tout est facile. Ce n'est pas une culture froide mais une culture de sentiments. J'aime ça. J'apprécie les gens qui m'entourent, j'aime aller à la découverte des autres. J'ai fait la connaissance de tas de gens et mon amie, ma famille et mes copains viennent régulièrement. On va au restaurant. Ici, dans cette rue, il y a un chouette Italien, ou à Dilbeek. "

Comme ce midi. Il sort la Mercedes du club du garage et roule vers l'ouest. Dix minutes plus tard, il commande une eau plate. La serveuse sourit timidement en le reconnaissant. " On m'adresse souvent la parole. Même dans les moments difficiles, les gens ont gentiment bavardé avec moi. Ils me disaient que je devais tenir bon, que je finirais par recevoir ma chance, que tout le monde a des mauvaises passes. On m'a beaucoup soutenu. "

De la table du fond, Nuytinck revient sur sa vie de footballeur. Il y a d'abord eu cette blessure puis cette longue attente d'une nouvelle place de titulaire. À peine l'obtenait-il, en début de saison, qu'il a été critiqué. " C'était justifié, sous certains aspects. J'ai commis des erreurs, comme tout le monde, mais on les a exagérées. Je me suis mis la pression : Cette saison est la tienne. Tu dois être performant cette année, éviter les blessures, jouer le plus souvent possible. Au début, tout allait bien puis j'ai souffert du pied mais comme je n'étais pas blessé, j'ai continué à jouer.

Je ne voulais pas courir le risque de perdre ma place. C'est pour ça que j'ai livré quelques moins bons matches et que j'ai été critiqué. J'aurais pu me lamenter sur mon sort et raconter aux journaux ce qui s'était passé mais j'ai préféré continuer à travailler. En me taisant. Maintenant, les gens trouvent à nouveau que je fais une superbe saison. Finalement, je suis content car ces critiques m'ont endurci. "

S'il s'est mis la pression, c'est parce que pendant deux ans, il n'a presque pas joué. Une tenace blessure à l'orteil l'a freiné après ses deux premières saisons au Sporting. " Jusque-là, je me sentais bien, fort. Ensuite, pendant une saison, je n'ai presque pas joué. On m'a oublié. En Belgique comme aux Pays-Bas. On n'entendait plus parler de Bram Nuytinck alors que quand je jouais, on parlait même de l'équipe nationale, même si beaucoup de gens se demandaient si la Belgique, c'était vraiment comme les Pays-Bas. Et ça l'est, évidemment ; Anderlecht n'est pas inférieur à l'Ajax ou au PSV. Regardez Stefano Denswilou RuudVormer : ils sont bons. Mais ils n'entrent pas en ligne de compte. Au fond, je me fiche que mon pays n'apprécie pas le championnat de Belgique. Je m'occupe de moi-même et d'Anderlecht, sans penser à l'équipe nationale ou à d'autres clubs. Vraiment pas. Ça ne se programme pas. Rappelez-vous comment j'étais il y a deux ans. Je m'étais déjà mis la pression : Je dois prester pour qu'un autre club se présente et que je puisse éventuellement accomplir un nouveau pas en avant. Ma blessure a balayé tous mes projets. "

Nuytinck sourit. Maintenant, il peut se rappeler calmement ces moments difficiles. Ses émotions ne déterminent plus son humeur et il est à nouveau titulaire, sous les ordres de René Weiler. " Je me sens super bien, très fort. Je suis régulier. J'en suis fier, après ces deux années pénibles. Mais si l'entraîneur était resté, je ne sais pas si j'aurais encore joué ici. Besnik Hasi et moi, ça ne passait pas.

Il a ses méthodes, sa vision mais elles ne correspondent pas aux miennes. D'ailleurs, on n'a gagné aucun prix pendant deux ans. On ne formait pas une équipe. Maintenant, l'ambiance du vestiaire est nettement meilleure. L'année dernière, on gardait nos distances, les joueurs n'étaient pas aussi solidaires. On s'entend beaucoup mieux, maintenant.

J'ai aussi travaillé dur, jour après jour. Je continue à m'entraîner seul, à faire des heures supplémentaires. J'ai tout mis en oeuvre pour recevoir ma chance mais je ne jouais quand même pas. Ce n'était pas juste.

Or, je veux toujours montrer ce que je vaux. Je suis très motivé. Je ne supporte pas la défaite. J'ai ressenti ma blessure puis mon écartement comme des défaites. Je mène un combat permanent pour progresser. Donc, si j'étais parti sans avoir pu me montrer ces dernières années, ça aurait été terrible pour moi. "

Par Mayke Wijnen

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