Foot à Molenbeek : entre formation et mission sociale

25/11/15 à 09:00 - Mise à jour à 09:34

Source: Sportmagazine

Stigmatisée sur les télévisions du monde entier, la jeunesse des quartiers sensibles de Molenbeek oublie ses difficultés avec un ballon rond au bout du pied. Plongée dans le quotidien footballistique d'une commune décidément pas comme les autres.

Foot à Molenbeek :  entre formation et mission sociale

Le terrain du Sippelberg, vu d'un des immeubles qui jouxtent le complexe. C'est là que joue, entre autres, le FC Jeunesse Molenbeek Académie. © BELGAIMAGE - CHRISTOPHE KETELS

Première étape : le complexe du Sippelberg. Deux terrains synthétiques et une pelouse entourée d'une piste d'athlétisme, comme un écrin de football niché à quelques rues de la basilique de Koekelberg.

Les lieux sont occupés par le FC Jeunesse Molenbeek Académie. Un club créé au début des années 2000, où 85% des 580 affiliés sont d'origine maghrébine. "Notre club est le reflet de la population du quartier", présente Mohamed Tabakkalt, le directeur technique, entre deux "Assalam aleykum" adressés aux parents qui viennent déposer leur enfant à l'entraînement.

"Pour la plupart de ces familles, nous sommes le club le plus proche. Enfin, il y a aussi le White Star, mais eux demandent aux enfants de passer des tests avant de les accepter. Chez nous, les tests se font seulement à partir de treize ans. Avant les U15, c'est uniquement de la formation."

À côté des traditionnels objectifs sportifs, la Jeunesse s'est également donné une mission sociale. "On leur parle de discipline, on les incite à la prudence : ne pas traîner dans les rues, ni dans les stations de métro, par exemple. On essaie aussi de mobiliser les parents", explique Omar Tizguine, le coordinateur des jeunes. "Certains formateurs demandent même aux enfants d'amener leur bulletin à l'entraînement, et les privent d'un match si les résultats sont insuffisants", ajoute Tabakkalt.

"Si on voit un joueur qui traîne dans la rue ou qui fait des bêtises, on le sanctionnera au sein du club", enchaîne Hicham, formateur des U15 sur le terrain et psychothérapeute à la ville. "On est dans un quartier difficile, où le taux de chômage est important, c'est essentiel de permettre aux jeunes de voir autre chose, de leur donner des sensations plus positives à travers le football. D'autant plus qu'ils sont à un âge où s'opposer à l'autorité fait partie de leur croissance. Ils ont besoin d'un encadrement."

Un cadre footballistique qui sert véritablement d'école de vie : "Ce n'est pas non plus une garderie. On est dans un cadre avec des coaches formés, qui tentent de faire progresser leurs joueurs à travers des objectifs à poursuivre. On veut leur transmettre le goût du travail et l'assiduité par l'intermédiaire du football." Avec 27 points et 71 buts au compteur en neuf matches, les jeunes d'Hicham aiment visiblement travailler.

"Au-delà du football, notre objectif est aussi de retirer les jeunes de la rue", reprend Mohamed Tabakkalt. "Le sport les occupe de six à huit heures par semaine, c'est un temps supplémentaire qu'ils passeront dans un environnement structuré." Une discipline de vie qui va jusqu'à la tenue vestimentaire. Parce qu'on s'attendait à voir fleurir les maillots floqués Messi et Ronaldo, mais seuls quelques rares shorts du Barça, du Real ou d'Anderlecht sont passés sous nos yeux, inondés des couleurs du club. Tout le monde, ou presque, porte l'équipement reçu après avoir payé les 350 euros de cotisation annuelle. "On n'a pas de sponsor, pas de buvette... Notre club vit grâce à ces cotisations. Et les enfants reçoivent un équipement qui vaut facilement 120 euros."

Par Guillaume Gautier

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