" En France, on n'a pas la même culture du football"

21/02/17 à 16:00 - Mise à jour à 16:52

Source: Sportmagazine

Quel regard portent les deux Français sur notre championnat ? Ludovic Butelle et Benoît Poulain parlent de leur découverte de la Belgique, de l'aura croissante de la Jupiler Pro League et de l'humour dans le vestiaire. Extrait.

" En France, on n'a pas la même culture du football"

Ludovic Butelle et Benoît Poulain © BELGAIMAGE

Pourquoi avoir opté pour la Belgique sur le tard ?

BUTELLE : Je voulais remplir mon palmarès. J'avais déjà vécu pas mal de choses avec Lille et Valence, j'étais ambitieux. Ce n'était pas facile car un jour, Angers parlait de reconduire mon contrat puis le lendemain de me transférer. Angers lutte pour le maintien année après année. Sa période à la deuxième place il y a un an était exceptionnelle. Le Club était plus attrayant.

Et toi, Benoît ?

POULAIN : J'étais en fin de contrat à Nîmes. Une équipe du top dix de Ligue 1 m'aurait convenu mais fin mars, aucune ne s'était manifestée. Lutter contre la relégation ne m'intéressait pas. Je me suis donc ouvert à l'étranger. Certaines options étaient très exotiques, style Roumanie, Bulgarie. J'ai préféré la Belgique. Je ne connaissais ni Courtrai ni le football belge. Le nord de la France s'y intéresse mais pas le sud. J'ai été rapidement séduit par le peuple comme par le football, plus offensif que je ne le pensais. Je me rappelle qu'au début, Ludo s'est arraché les cheveux. Nous sommes des défenseurs et en France, on nous a inculqué des principes de base qui ne sont pas appliqués ici, style deux arrières latéraux qui peuvent monter de concert. On ne voit pas ça en France !

Que pensez-vous de notre championnat ?

POULAIN : Le classement européen des clubs est un bon indicateur. Je constate que le PSG a sauvé la France, ces dernières années. Sans lui, je ne sais pas si nous devancerions la Belgique. Le Club Bruges a joué les quarts de finale d'Europa League il y a deux ans, presque tous les autres se sont qualifiés pour la phase par élimination directe cette année. Genk et Gand sont respectivement septième et huitième. Quand on voit leurs qualités... Le championnat ne se dispute plus entre trois ou quatre clubs. Toutes les équipes progressent. Les meilleurs joueurs rejoignent régulièrement de grands championnats. Certes, ils ne sont pas chers mais quand même. Je ne parle pas de l'Allemagne ni de l'Angleterre mais la Belgique n'a pas à être jalouse de la France, de l'Espagne ni de l'Italie. Et puis, il y a la passion que génère le football. Même contre de petites équipes, nous jouons généralement devant 8 à 10.000 personnes.

BUTELLE : L'ambiance est top à Malines et à Charleroi. Gand et le Standard ont de beaux stades. Le nôtre est toujours comble. En France, le premier affronte le dernier devant 10.000 personnes alors que nous, le 26 décembre, nous faisons stade comble contre Mouscron. La France n'a pas la même culture du football : on vit pour les affiches, on suit les équipes qui tournent.

POULAIN : La France a une culture de la fête, du spectacle. Mais les clubs... Quand Nîmes perdait, il n'en était pas toujours affligé. Le championnat de France est le seul à perdre des spectateurs, je crois, même si ça va mieux cette année : Paris, Monaco, Lille, Nice, Marseille qui a reçu une bouffée d'oxygène...

Les deux Français durant l'interview.

Les deux Français durant l'interview. © BELGAIMAGE

L'ambiance est-elle différente par rapport à un vestiaire français ?

BUTELLE : Il y a la langue. Tout le monde parle français mais de là à comprendre une blague...

Nous sommes plus vite froissés ?

BUTELLE : Plutôt moins attentifs aux jeux de mots...

POULAIN : Parfois, une plaisanterie de Ludovic perd son sens une fois traduite. Ce qui ne l'empêche pas d'en faire.

BUTELLE : La barre est placée haut dans un grand club. C'est pour ça qu'on y vient. On veut être champion, relever un défi mais ça ne doit pas devenir une obsession. Nous travaillons sérieusement mais il faut que des joueurs mettent de l'ambiance, pour soulager un peu la pression. Notre métier est chouette mais stressant. Imaginez que nous soyons ici tous les jours sans nous parler, en silence, chacun dans sa bulle... Ce n'est pas mon truc. Je veux parler, avoir des contacts. Et plaisanter, même si tout le monde ne comprend pas.

Par Peter T'Kint

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