16/02/16 à 14:48 - Mise à jour à 09/03/16 à 15:17

Dominique D'Onofrio : Eloge du bonheur

Frédéric Waseige rend hommage à un ami qui s'en est allé beaucoup trop tôt.

Dominique D'Onofrio : Eloge du bonheur

Dominique D'Onofrio © BELGA

T'étais toujours à l'heure. Ponctuel comme personne. La classe. Mais là mon vieux, putain de bordel de merde, t'es vraiment trop en avance. Et là, ce matin, on prend tous du retard sur le bonheur d'un nouveau jour qui se lève. On n'a pas trop envie de se demander comment ça va être maintenant. Comment on va compenser.

Des comme toi, on n'en fait plus. On pense à ta famille dont tu parlais tout le temps et que tu aimais tant. Ce matin, je crois bien que cette famille s'est agrandie comme tu ne l'imagines même pas. Tu n'imagines pas le monde qui te regrette déjà. Et moi, j'ai déjà envie de sourire. Pour te faire honneur. Pour exprimer ce que tu étais.

Quand Dominique arrivait dans une pièce, c'est le bonheur qui y entrait. Le vrai. Celui qui ne calcule pas. Celui qui vient du ventre. Quand il apparaissait, il attirait les regards et très très très vite la sympathie. Il avait un don. Celui de faire exister autour de lui. Qu'il vous connaisse ou pas, c'était toujours un grand bonjour, une bonne poignée de main et sa fameuse phrase : "Comment vas-tu mon ami ?".

Moi qui l'ai entendue des centaines de fois. A la fin, ça m'énervait. Je lui disais "Elle ne veut plus rien dire ta phrase. On ne peut pas avoir 10.000 amis". Il me répondait : "Qu'est-ce que tu veux que je dise ? Bonjour grosse bièsse...". Il avait raison. Dans le doute, pas de doute. On est là pour faire du bien. Là, c'est sur cette terre. Dans cette vie.

La terre, il l'a visitée dans tous les sens. Sa vie, il l'a magnifiée de tous ses sens. Il avait tout compris. Un vrai jouisseur. Communicateur de génie. Détonateur de rire inégalé. Grâce à lui j'ai des rides. De bonheur. A trop rire. Fallait pas grand-chose. Fallait même pas allumer la mèche, elle partait toute seule.

On a beaucoup travaillé ensemble. Comme il habitait pas loin de chez moi, je le prenais dans ma voiture pour la route. Je commençais à rire rien qu'en le voyant m'attendre. Il s'asseyait à côté de moi : "ça va mi p'tit fi ?" je répondais "Et toi vi cama ?"

Et c'était parti pour un voyage fait d'"absurdies" joyeuses et réflexions judicieuses. Le foot, il le connaissait par coeur. Tous les aspects. Les plus nobles et les autres. Avec lui, on pouvait pas le lui faire comme on dit. C'est peut-être pour cela que la priorité était toujours le rire.

Il m'est arrivé d'être obligé de m'arrêter sur l'autoroute. Impossible de conduire. Les crampes au ventre ajoutées aux larmes de rire. Ce que j'aimais avec lui c'est qu'après nos directs, on refaisait plus le monde que les matchs. La vie avant tout.

J'ai compris qu'il avait un don. Quand on se déplaçait en Flandre, il était le seul à qui tout le monde, d'Anvers à Ostende en passant par Bruges, venait lui dire bonjour en français. On avait droit à un serrage de main, lui à une accolade.

Je me souviens d'une rencontre avec Jan Ceulemans. Domi ne parlait pas trois mots de flamand, le grand Jan pas quatre de français. Et pourtant, on les voyait parler et rire ensemble pendant une heure et demi. Délicieux surréalisme à la belge.

Le soir de son décès le premier coup de fil que j'ai reçu fut celui d'un collègue de... Telenet qui me demandait si c'était vrai. Il était catastrophé. Don Dono, comme je l'appelais parfois, faisait l'unanimité.

Pourtant, longtemps, ils nous ont pris pour des "branques". A parler et rire trop fort alors qu'on était là pour travailler. Très vite, ils se sont rapprochés pour avoir une part du plaisir. Ses jeux de mots, foireux pour les uns, savoureux pour les autres, sont déjà dans la légende.

Il nous arrivait, parfois, en plein match, de parler de Frédéric François et son célèbre "Laisse-moi vivre ma vie". Qu'il entonnait en direct. Génial. C'est tout lui. Il a vécu sa vie comme une mélodie. Sa mélodie du bonheur. Car je suis convaincu qu'il a été heureux.

Et généreux comme il est, il nous a laissé une ordonnance. Une dernière volonté en forme de prescription. "Vivez mes amis. Profitez de la vie. Riez à volonté."

PS : Dosage illimité

Merci Dottore Domenico

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