D'Alberto : "J'ai une photo de Junior dans ma chambre"

21/02/18 à 14:00 - Mise à jour à 20/02/18 à 16:48

Anthony D'Alberto n'avait que vingt ans quand il a provoqué l'accident fatal à son copain Junior Malanda. Trois ans plus tard, il accepte pour la première fois de revenir sur le décès de son ami.

D'Alberto : "J'ai une photo de Junior dans ma chambre"

Anthony D'Alberto veut se relancer chez les Zèbres. © BELGAIMAGE

Porta Westfalica, 10 janvier 2015. Le lourd tout-terrain où ont pris place Junior Malanda, Anthony D'Alberto et Jordan Atheba sort de la route et heurte la berme semée d'arbres, le long de l'autoroute A2 qui conduit à Hanovre. En une fraction de seconde, la vie de trois familles est bouleversée. Malanda, qui est alors un des plus grands espoirs du football belge, ne survit pas au choc. La Belgique a besoin d'un bouc-émissaire. C'est D'Alberto, le conducteur, un anonyme défenseur de vingt ans d'Anderlecht.

Trois ans après les faits, le clan Malanda a plus ou moins séché ses larmes et D'Alberto a relancé sa carrière footballistique. Le joueur, loué à Charleroi, ne veut plus parler de l'accident. "Je préfère que tu ne me poses pas de questions à ce sujet. Seulement sur le sport." Au fil de l'interview, le Bruxellois ouvre quand même son coeur, jusqu'à un certain point.

"Je ne sais pas vraiment comment ma mère s'est sentie mais je peux imaginer qu'elle a traversé une période pénible. Heureusement, elle est forte. En public, elle n'a jamais montré le moindre signe de faiblesse. Mon frère Enzo est également devenu indépendant. Il joue depuis des années à Anderlecht et cette saison, il a intégré à plusieurs reprises le noyau A élargi.

Comment j'ai géré cette situation ? Certaines personnes ont voulu me pousser dans les bras d'un psychologue mais j'ai toujours refusé. Je ne veux pas qu'un étranger m'explique ce qui se passe dans ma tête. Je savais ce dont j'avais besoin pour surmonter ça et ce que je voulais faire de ma vie. La famille est le meilleur psychologue qui soit. De même que les amis. Dans les moments difficiles, j'ai toujours pu me tourner vers mes copains : Jordan Lukaku, Yannis Mbombo, Tortol Lumanza, Jordan Atheba, qui se trouvait également dans l'auto, et deux copains étrangers au football. Je les connais tous depuis l'âge de dix ans."

Le fameux Team 94...

ANTHONY D'ALBERTO : Team 9-4. Parce que nous étions tous nés en 1994. Ce n'est pas original mais ça sonne bien. Sais-tu que c'était une idée de Junior ? Nous étions amis et nous étions tous à Anderlecht au même moment. Nous nous sommes perdus de vue avant de nous retrouver. Nous faisions tout ensemble et nous considérions comme une famille.

Le décès de Junior a-t-il eu un impact sur ce groupe d'amis ?

D'ALBERTO : Il nous a soudés. Nous avons resserré les rangs. Nous serons toujours amis dans dix, vingt ou trente ans. Il n'y a aucun doute là-dessus. Comme nous nous sommes essaimés - l'un joue en Italie, l'autre en Turquie -, nous essayons de nous retrouver pendant les vacances. Mais ce n'est plus comme avant. Junior était le leader du groupe. C'est lui qui nous motivait et qui faisait ressortir le meilleur de nous-mêmes. Il a été le premier à émerger en division 1 et il nous disait que ce serait bientôt notre tour. Il disait : "Ne te fais pas de soucis, tu seras le suivant." Ou il jouait les managers et essayait de trouver un club à l'un de nous. Nous le croyions car il dégageait une autorité naturelle. Ce n'est pas un hasard s'il est devenu un des patrons de Zulte Waregem aussi tôt. Il n'avait même pas dû jouer les forts à bras. Ses muscles ? Naturels. Il n'avait pas besoin de salle de musculation. Apparemment, il s'est adonné à la natation, au judo et à d'autres sports qui favorisent le développement musculaire dans son enfance.

As-tu un souvenir tangible de Junior, un objet qui te le rappelle ?

D'ALBERTO : J'ai accroché une photo de Junior dans ma chambre. Il porte un t-shirt flanqué de l'inscription Team 94. Ça me rappelle l'époque où le groupe était au complet. J'ai aussi des photos de lui dans mon GSM. Je les ai souvent regardées, surtout l'année qui a suivi sa mort. C'est devenu moins fréquent. Je ne veux pas l'oublier mais j'essaie de lui donner une place.

Par Alain Eliasy

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