Bico : "On ne fait que résister aux envahisseurs"

01/03/16 à 16:15 - Mise à jour à 16:13

Source: Sportmagazine

Vermeersch, l'encombrant RWDM, Jeanne d'Arc et Cléopâtre s'invitent dans un très long entretien avec le coach pas banal d'un surprenant White Star, devenu le rival n°1 de l'Antwerp en D2.

Bico : "On ne fait que résister aux envahisseurs"

John Bico, le coach/manager général du White Star. © BELGA

Pourquoi refusez-vous de partager le stade Machtens avec le RWDM ?

BICO : Posez la question à n'importe quel dirigeant ou entraîneur en D2 ou en D1. Demandez à Herman pourquoi il ne partage pas son stade avec l'Union... Demandez à Charleroi pourquoi ils n'accueillent pas l'Olympic. Demandez à Genk s'ils sont d'accord pour partager leur stade avec l'association des nostalgiques de Waterschei. Demandez à Bruges si Coxyde peut aller jouer chez eux.

Le Club partage avec le Cercle et ça se passe assez bien !

BICO : Bravo, vous le dites vous-même... Ça ne vous a quand même pas échappé qu'on a là deux clubs professionnels, régis par les mêmes règles ? A partir du moment où vous avez les mêmes contraintes, vous pouvez vous entendre. La saison prochaine, le RWDM sera en sixième division nationale... Donnez-moi un seul exemple dans le monde d'un club professionnel qui partage ses installations avec un club amateur. Il ne faut juste pas péter plus haut que son cul. Pardonnez-moi l'expression mais je l'assume. Il ne faut pas se prendre pour les champions du monde. Après, il y a des gens qui sont dotés d'intelligence et d'humilité, et des gens qui ne le sont pas. Quand votre présence n'est pas souhaitée quelque part, vous partez, c'est une preuve d'intelligence. Si j'essaie de venir m'installer chez vous, vous allez vous laisser faire ? Vous louez un appartement, et après un moment, le propriétaire vient vous dire : -J'ai décidé qu'à partir de demain, vous ne serez plus seul dedans. Vous l'acceptez ?

Mais le RWDM vient jouer ici à des moments où vous n'avez pas besoin du stade !

BICO : Ah Monsieur, je suis très content de savoir que quand vous quittez votre maison le week-end, vous acceptez que d'autres personnes viennent s'y installer... Sous prétexte que vous n'êtes pas là, d'autres ont le droit de venir ? Moi je dis non. Ou alors, il fallait nous l'expliquer au moment où on a signé le bail. Quand on a signé, il n'a jamais, jamais, jamais été question de partager. Jamais, jamais, jamais ! Aujourd'hui, vous voyez l'état de notre pelouse, avec un match chaque week-end ? On a du mal à croire que c'est autre chose qu'un terrain vague. Mais la technique de certains, de certaines, c'est d'essayer de passer pour des sauveurs. De créer un ennemi, de le diaboliser et ensuite d'arriver telle Jeanne d'Arc sur son cheval blanc en voulant passer pour celle qui sauve un club. Si vous analysez les faits, vous voyez que le méchant n'est pas celui qu'on croit.

Au départ, quand on me demande si le RWDM peut venir, je dis que je suis d'accord. Je signale qu'ils sont les bienvenus à condition qu'ils ne perturbent pas le fonctionnement de notre école de jeunes. Imaginez... Vous avez bon coeur. Je suis dehors, je ne sais pas où dormir. Vous acceptez de m'accueillir. Puis, je vous dis que votre canapé ne m'intéresse pas. Et votre chambre d'ami non plus. Je veux dormir dans le lit conjugal. Un moment donné, vous allez dire stop. C'est ce qu'on a fait. Si c'est ça, être méchant, on assume. On s'est trouvé face à des envahisseurs. On n'a fait que résister, en fait. Ce club a estimé qu'il pouvait venir sous prétexte qu'il porte le même nom que le club qui a autrefois joué ici.

On est dans le temple du RWDM mais, désolé, ils ne sont pas le RWDM. Si demain, je décide de m'appeler FC Waterschei, je vais voir le président de Genk et je lui dis : -Gaston, fais-moi de la place parce que je suis le FC Waterschei et j'étais là avant le Racing Genk. Vous croyez que ça va bien se passer ? Je vais à la Rue de la Loi, je dis : -Poussez-vous, laissez-moi entrer, je m'appelle Charles Michel. Ça va bien se finir ? Ils sont allés chercher un matricule à l'autre bout du pays et disent qu'ils sont chez eux parce qu'ils ont repris le nom d'un club qui existait ici il y a vingt ans : c'est tellement basique comme raisonnement que des gens objectifs et dépassionnés comprennent que c'est un abus de droit.

Mais on joue sur la passion des gens, on exacerbe cette passion pour des calculs purement politiques, on leur fait croire qu'on les soutient contre les méchants. Au White Star, on n'a pas de problème avec les nostalgiques du RWDM, on n'a pas de problèmes avec les supporters (sauf avec ceux qui nous insultent), on n'a rien contre le RWDM, on a seulement un problème avec ceux qui se servent de cette nostalgie pour servir leurs intérêts.

La bourgmestre Françoise Schepmans n'exclut pas votre départ en fin de saison...

BICO : C'est du baratin. Si elle croit au Père Noël, ça la regarde. Pardonnez-moi mais je trouve tellement ridicule quand des gens du foot parlent de politique. Si vous êtes compétent pour faire de la politique, faites de la politique, pas du foot. Alors, quand la bourgmestre parle du White Star et du RWDM, j'ai envie de lui dire : -Il n'y a pas autre chose à faire en tant que bourgmestre de Molenbeek ? Il n'y a pas des problèmes plus sérieux ici ? Un élu ne doit pas s'abaisser à mettre les mains dans le cambouis, à parler de foot, de stade, de pelouse. Il le fait seulement s'il y trouve un intérêt. Et si certains font les choses avec autant d'énergie, c'est qu'ils y ont de l'intérêt. J'aimerais juste qu'on nous foute la paix. Si on avait laissé les gens du White Star et du RWDM se débrouiller, tout serait réglé depuis longtemps. C'est le politique qui a tout perturbé. Certains se sont subitement découvert une âme sociale alors qu'on ne les a jamais entendus du temps de Johan Vermeersch. Quand le Brussels est mort, combien de gamins se sont retrouvés à la rue ? Heureusement que le White Star était là pour sauver l'école de jeunes. On permet à 600 gosses de jouer au foot. Mais certains continuent à nous stigmatiser, c'est pathétique.

Donc, vous resterez, c'est sûr ?

BICO : Une résiliation de la convention n'a jamais été à l'ordre du jour du conseil communal. Jusqu'à preuve du contraire, ce n'est pas la bourgmestre qui commande. On n'est plus au temps de Cléopâtre. Il y a moins de chances d'assister à une résiliation de la convention que de voir la lune tomber sur terre.

Par Pierre Danvoye

Retrouvez l'intégralité de l'interview de John Bico dans votre Sport/Foot Magazine

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