Thomas Bricmont
Opinion

11/08/15 à 17:02 - Mise à jour à 12/08/15 à 06:11

Besnik, Hein, Michel, Marc, Enzovoort

Enzo Scifo ne souffrirait-il pas d'un délit de sale gueule ? Ou plutôt de son contraire. Depuis que l'ex-meneur de jeu des Diables a troqué le treillis de clubs prestigieux pour le costume élégamment taillé de coach de formations en souffrance, on semble continuellement lui chercher des poux à notre Enzo national.

Besnik, Hein, Michel, Marc, Enzovoort

Enzo Scifo © Belga

Joueur, déjà, Enzo Scipote irritait les grincheux. Désormais, ils sont nombreux à douter des qualités d'un homme trop doué pour accompagner des joueurs qui le sont beaucoup moins. Et afin de noircir encore plus le tableau, des membres de notre Fédé, censée fédérer et non diviser, ont pointé ses sérieuses lacunes dans la langue de Vondel.

Là même où on a nommé un président il y a près de dix ans, François De Keersmaecker, dont les passages chez Berlitz commencent seulement à porter leurs fruits. Marc Wilmots souffre aussi de plus en plus d'un problème d'image dans le nord du pays. L'homme a beau tchatcher dans les trois langues nationales, cette fois c'est un peu la forme mais surtout le fond que l'on remet en cause. Par l'entremise de quelques coups bas hasardeux. Ah ! Ce fameux folklore communautaire diront les plus optimistes...

Aujourd'hui, deux coaches échappent (quasiment) à toute critique. Michel Preud'homme d'une part, dont on se demande bien pourquoi, protégé par une grande partie de la caste médiatique et par un cv avantageux. Mais surtout, Hein Vanhaezebrouck dont il est difficile de ne pas louer le travail gargantuesque. Car sa réussite s'explique bien au-delà du rectangle vert. En misant sur Vanhaezebouck, on opte pour le package complet : l'homme s'occupe de tout, de la mise en place d'un système, de la préparation, et du choix des hommes pour le composer. Et au contraire de Scifo, Vanhaezebrouck n'a irrité personne puisque, joueur, il n'était personne. Ou plutôt un défenseur banal qui, à cause d'un arrière-train peu mobile, a dû comprendre et analyser ce jeu pour se faire une place discrète parmi l'élite.

Vanhaezebrouck, c'est aussi une grande gueule qui lui a permis d'aller au bout de ses idées. Et comment ne pas être sous le charme d'un coach dont les préceptes (je vous invite à lire l'analyse tactique de notre nouveau consultant, Alex Teklak en page 26 ) offensifs sont aussi bien appliqués. C'est vrai, il s'est planté à Genk avec une formule magique dont beaucoup se sont moqués à l'époque, lui le nouveau révolutionnaire du foot. Aujourd'hui, HVH tient bien plus qu'une revanche. Il incarne le style, le jeu, ce sur quoi on ne débat que trop peu finalement. L'opposition de dimanche dernier entre Gand et Anderlecht avait parfois de faux-airs d'un Real-Barça.

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Vanhaezebrouck, c'est une grande gueule qui lui a permis d'aller au bout de ses idées.

Avec un Sporting aux noms clinquants selon les normes nationales mais qui, hormis une grosse dose physique lors de la première demi-heure, a couru trop souvent derrière une maîtrise gantoise par moments outrageante et ses joueurs sublimés par un système. Qui aurait donc misé sur l'éclatante réussite de l'attaquant ostendais un peu pataud et maladroit, Laurent Depoitre, devenu en quelques mois l'une des terreurs des défenses de l'élite.

BesnikHasi ne semble pas détenir le même pouvoir. Il semble plutôt se ranger parmi les propagandistes de la concession. Ceux qui se plient aux règles d'un drôle de marché, ceux à qui on semble imposer le choix des hommes. Ou comment alors expliquer le maintien d'un Dennis Praet totalement à côté de ses pompes ? Un mauvais arrangement vaut mieux qu'un bon clash se dit-il surement. Pas question d'aller se fritter avec les cadres, optons plutôt pour ce fameux milieu losange qui doit permettre de contenter tout le monde.

Hasi avait réussi au-delà des espérances quand il avait repris l'équipe il y a un an, offrant le titre à coups de choix gagnants. Ce statut d'underdog s'est transformé en celui de favori bien plus lourd et difficile à porter. Un statut avec lequel certains ne s'habituent jamais. Demandez à Michel Preud'homme, ce qu'il en pense.

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