Belgique - Gibraltar: entraînement ouvert au public

01/09/17 à 16:34 - Mise à jour à 16:34

Source: Sportmagazine

Analyse de la large victoire des Diables rouges face à la dernière nation du classement FIFA.

Belgique - Gibraltar: entraînement ouvert au public

© BelgaImage

En donnant le coup d'envoi du match, Gibraltar a réfléchi. Le suspense relatif du match aller n'avait duré que huit secondes, le temps pour Christian Benteke de transformer un pressing anodin en ouverture du score. Cette fois, les visiteurs ont tenté d'installer le ballon de l'autre côté de la ligne médiane, histoire de l'éloigner le plus possible de leur rectangle. Il y est déjà revenu en moins de deux minutes, quand Dries Mertens est rentré depuis le côté droit pour offrir à Yannick Carrasco le premier tir du match.

Face à l'adversaire le plus faible du groupe, Roberto Martinez la joue classique. La meilleure façon de convaincre ses hommes que ce match est comme tous les autres, c'est de le démarrer avec le meilleur onze possible. Kevin De Bruyne s'installe donc aux côtés d'Axel Witsel devant la défense, pour donner de la vitesse et de la géométrie au jeu belge, tandis qu'Eden Hazard et Mertens sont en soutien de Romelu Lukaku. Le 5-4-1 prudent de Gibraltar agglutine des hommes dans l'axe, et la Belgique se retrouve donc à chercher son football sur les côtés, là où elle aimait tant se rassembler quand Marc Wilmots était encore sur le banc de touche.

Cette ancienne Belgique était celle du centre aérien, balancé vers la surface dans l'espoir d'y trouver le front de Marouane Fellaini. Celle de Martinez est bien plus méthodique. Le plan de bataille est méticuleux : installer des triangles sur les flancs pour y créer un décalage, et profiter des qualités techniques d'Hazard, Mertens, Carrasco et Thomas Meunier pour alimenter en ballons précis un rectangle bien garni. La drache étant une coutume nationale, les Diables font pleuvoir des centres. La défense de Gibraltar patauge, et l'inondation n'est pas très loin.

COMME À L'ENTRAINEMENT

Un dribble d'Hazard suivi d'un centre en retrait fait déjà rêver d'ouverture du score au quart d'heure, mais le gardien se trouve sur la route de Lukaku. C'est finalement Mertens qui débloque la situation. Sur un centre, évidemment. Dries est tellement actif qu'on plaint celui qui, dans un obscur jeu à boire, devait vider son verre à chaque fois que Rodrigo Beenkens prononçait son nom. Il profite d'une erreur du gardien visiteur pour déverrouiller un marquoir qui commençait presque à s'impatienter.

La domination est sans partage, et l'averse de buts commence. Parce qu'il ne veut pas perdre le contrôle du jeu, c'est Martinez qui fait la danse de la pluie. Le 2-0, signé Meunier, est une merveille architecturale. Vincent Kompany alerte De Bruyne, qui passe le milieu de terrain et trouve Hazard. Au bout d'une déviation géniale du capitaine, Lukaku remise méthodiquement sur Witsel, qui écarte vers Meunier. Un triangle avec Hazard et Mertens plus tard, le Parisien n'a plus qu'à envoyer au fond un centre en retrait de Driesje, au milieu d'une défense déjà paralysée par la présence massive des offensifs diaboliques dans son rectangle. Le plan est respecté à la lettre.

Un nouveau triangle sur la droite permet à Meunier d'offrir le 3-0 à Lukaku, puis c'est un dribble d'Hazard, placé en un-contre-un, suivi d'un centre en retrait qui permet à Mertens d'obtenir le corner du 4-0, conclu par un superbe ciseau de Witsel. Des phases comme à l'entraînement, face à des adversaires qui offrent à peine plus de résistance que des sparring-partners.

PLAN INDUSTRIEL

La recette devient presque industrielle quand Meunier l'applique une nouvelle fois, moins de dix minutes avant la pause : libéré à droite par Lukaku, l'Ardennais gagne son un-contre-un et renvoie le ballon au Red Devil, qui claque une deuxième fois dans une soirée qui aurait pu être encore plus fructueuse si ses déplacements dans le rectangle étaient dignes des tout meilleurs attaquants de la planète. Et c'est encore Meunier, au bout d'un énième triangle avec Mertens et De Bruyne, qui offre le numéro 6 à Eden Hazard juste avant la mi-temps.

Entre les deux derniers buts de la première période, Witsel voit rouge pour une intervention plus spectaculaire que dangereuse. Coupable d'avoir touché le ballon sans savoir arrêter le mouvement d'une jambe en plein vol, le milieu def' des Diables retourne aux vestiaires avant les autres, et amène son sélectionneur à sortir Mousa Dembélé du banc pour les 45 dernières minutes.

Moins nombreuse, mais plus forte, la Belgique poursuit tranquillement sa promenade footballistique en seconde mi-temps, et Jan Vertonghen profite d'un rôle légèrement plus offensif, dans le 4-2-2-1 diabolique, pour placer son pied au début des deux buts de Meunier, où les Diables appliquent une autre vieille recette du football : multiplier les passes d'un côté pour attirer l'adversaire, avant de conclure à l'opposé. Un cadeau de la défense de Gibraltar plus tard, Lukaku fixe les chiffres sur penalty au bout d'une seconde période logiquement moins aboutie collectivement.

LA BELGIQUE DE MARTINEZ

Peut-on tirer des enseignements d'un match où Thibaut Courtois n'a touché son premier ballon qu'après trente minutes, et n'a pas dû faire un arrêt avant la 81e minute ? L'adversaire était trop faible pour crier au génie, mais la Belgique a montré qu'elle peaufinant son plan de bataille pour contourner les murs dressés par les adversaires qui croisent notre chemin depuis maintenant quatre ans. Une application géométrique qu'il faudra revoir contre des professionnels, mais l'idée est là.

Désormais bien entouré entre les lignes, Hazard n'hésite pas à s'écarter pour combiner avec Carrasco, en attendant l'arrivée de Lukaku ou De Bruyne pour lancer un triangle qui élimine le bloc adverse et permet au "troisième homme" (celui qui se prépare à recevoir la deuxième passe) de centrer à découvert, avec le temps de lever les yeux pour analyser la situation du rectangle et la mettre à profit. Mertens applique les mêmes consignes de l'autre côté, en profitant de la capacité de Meunier à percer vers l'intérieur du jeu pour sortir des griffes adverses.

Capable de combiner des deux côtés, la Belgique se rend tout doucement imprévisible, tout en prévoyant de plus en plus de choses dans son jeu. Le Mondial est dans neuf mois, et les Diables de Roberto Martinez prennent forme.

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