"À Anderlecht, j'ai souvent l'impression d'être au cinéma "

17/05/17 à 14:00 - Mise à jour à 10:26

Source: Sportmagazine

Les complaintes et la résignation des dernières années ont fait place, aujourd'hui, à un certain engouement à l'approche du titre. Pourtant, le stade Constant Vanden Stock ne vibre plus autant qu'avant. Pourquoi ?

"À Anderlecht, j'ai souvent l'impression d'être au cinéma "

" Ensemble nous sommes invincibles " peut-on lire en anglais sur ce tifo. L'ennui, c'est que les supporters anderlechtois sont divisés... © BELGAIMAGE

Aujourd'hui, il ne reste plus rien du O Side d'antan et l'ambiance a déserté le stade Constant Vanden Stock. Le déclin a débuté il y a une trentaine d'années lorsque Michel Verschueren a transformé le stade bruxellois en cuvette moderne, avec des business seats.

Inspirée d'une visite aux Cosmos New York et à Aston Villa, l'idée était révolutionnaire mais Mister Michel lui a sacrifié la tribune la plus populaire et la plus bruyante. Le coup mortel fut porté à l'été 2012, lors des dernières transformations. Micheline Dehenain, Michou, qui exploite depuis 35 ans le café et le club de supporters La Coupe, juste en face du Parc Astrid, a vu l'ambiance s'estomper d'année en année.

" Les loges et les business seats ont rapporté beaucoup d'argent à Anderlecht ", dit-elle. " Je suis donc la première à reconnaître que Michel Verschueren a eu une idée géniale à l'époque. Mais le lifting subi par le stade a eu un impact négatif sur l'ambiance. "

Depuis 2003, la Mauves Army, qui prend place derrière l'un des buts, donne le ton au stade Constant Vanden Stock. Elle lance les chansons et structure l'ambiance à l'intérieur du stade. Elle se décrit elle-même comme un mouvement ultra qui veut rendre au club et au stade leur caractère populaire et représenter la ville, le club et le groupe par des tifos.

On peut lire son credo sur une banderole déployée régulièrement : Ici on chante pour Anderlecht et pendant 90 minutes. Pourtant, les 180 membres officiels éprouvent toutes les difficultés du monde à lutter contre la résignation qui, au cours des dernières années, a contaminé le stade.

" Celui-ci n'a pas évolué avec son temps ", dit un des leaders du groupe. " Suite aux travaux de rénovation effectués il y a cinq ans, la capacité de la tribune debout a été ramenée de 2800 à 1200 places et nous avons été déplacés vers la droite. Le bloc à notre gauche est souvent vide, à droite ce sont les invités et les supporters occasionnels avec des enfants tandis que, dans notre dos, ce sont les business seats...

Ce n'est pas l'idéal pour mettre l'ambiance. La langue joue un rôle également. Par facilité, dans les années 90, les anciens ont choisi l'anglais comme langue véhiculaire. Aujourd'hui, on se dit que ce n'était pas le meilleur choix. En tant que Bruxellois, j'ai du mal à m'identifier à un chant qui n'est pas en français ou en néerlandais. "

Pour Frank Retsin, membre du O Side de la première heure, il ne faut pourtant pas grand-chose pour réveiller le public anderlechtois. " Quand on bouscule l'adversaire, le public suit rapidement mais il arrive très souvent que j'aie l'impression d'être au cinéma. Il manque quelque chose, il y a quelque chose qui ne va pas. Parfois, je regarde autour de moi et je me demande où est passé le feu, pourquoi on chante aussi peu, pourquoi les jeunes ne montent pas aux barricades.

Pour moi, c'est un mystère. Un ami m'a mis sur une piste intéressante. Il a fait le parallèle avec Barcelone et prétend que les Catalans sont des connaisseurs qui ne veulent voir que du beau football. Les types qui fument de gros cigares dans la tribune principale d'Anderlecht, ce sont aussi des spécialistes mais ce n'est pas eux qui vont mettre le feu au stade. "

Inconsciemment, Anderlecht a créé un public qui vient avant tout pour le spectacle. L'ancienne génération de supporters surtout, ceux qui ont entre 45 et 60 ans, a du mal à comprendre les nouvelles normes du club. " Les jeunes n'ont pas connu les belles années européennes et relativisent plus facilement une moins bonne période ", dit-on à la Mauves Army.

Par Alain Eliasy

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