Sarr-reconversion

25/02/18 à 11:14 - Mise à jour à 11:14

Source: Sportmagazine

Passé de risée d'internet à joueur supervisé par Didier Deschamps et son staff pour la Coupe du Monde 2018, Bouna Sarr a dû reculer pour mieux avancer. Portrait.

Sarr-reconversion

Bouna Sarr © REUTERS

22 octobre 2017. Nous sommes à la 93ème minute du classique français Olympique de Marseille - Paris-Saint-Germain. Incapable de battre leur rival parisien depuis 14 matches, les Marseillais mènent 2-1. Edinson Cavani rentre dans le jeu juste devant le grand rectangle et se fait accrocher par Bouna Sarr, monté au jeu 10 petites minutes plus tôt. El Matador s'élance et glace le Vélodrome d'une frappe limpide qui rentre après avoir frappé la transversale. Les Olympiens sont abattus et leurs adversaires fous de joie. L'arbitre siffle la fin de la rencontre moins de 60 secondes plus tard... Pour les Phocéens, ce match nul a le goût d'une défaite. Les supporters ont besoin d'une tête de Turc, et Bouna prendra tout dans la face... Drôle de manière d'essayer de se faire adopter par un public marseillais dont il est déjà assez moqué.

Né de parents guinéens dans le 7e arrondissement de Lyon, Bouna passe sa formation à l'Olympique Lyonnais et au FC Metz, avec qui il fait ses grands débuts en pro durant la saison 2011/2012 de Ligue 2. De 2011 à 2015, il passe de la rétrogradation en National à une double promotion consécutive, qui le fait accéder à la Ligue 1. S'en suit un transfert estimé à 2 millions d'euros sur la Canebière avec l'ambition, à 23 ans, de faire son trou sur l'aile droite de l'attaque phocéenne ...

Débuts à Marseille

À la fin de sa première saison sous l'ère Bielsa, l'OM sort d'un championnat qui l'a vu longtemps lutter avec le Paris-Saint-Germain avant de craquer dans les derniers mois. Les Marseillais finissent 4èmes après avoir cru au titre durant une bonne partie de la saison. Finalement, les titulaires Gignac, Ayew, Morel, Thauvin, Payet et Imbula quittent l'OM.

Le recrutement des joueurs est très pauvre. En effet, les jeunes Sarr, Nkoudou et Batshuayi (déjà présent depuis un an dans l'ombre de Gignac) sont appelés à remplacer l'armada offensive olympienne de la saison précédente, qui présentait la 2ème meilleure attaque de Ligue 1. Bouna joue lors de la première journée du championnat 2015/2016 contre le SM Caen, en remplaçant Mario Lemina à l'heure de jeu. La démission surprise après ce match du coach Bielsa, qui croyait beaucoup en lui, notamment grâce à ses bonnes qualités athlétiques, change le destin de Bouna.

Avec l'arrivée de Michel, il reste la plupart de la saison assis sur le banc, avec quelques bouts de match de temps en temps. Il joue en tout 25 matches cette saison-là, pour 2 petits buts. Un flop. Le licenciement de Michel fin avril et le retour de Passi permet à Sarr de grappiller un peu plus de temps de jeu, mais sans être flamboyant. Marseille termine à une toute petite 13ème place. Le club vit une saison très animée et les épaules de Bouna Sarr n'ont pas l'air assez solides pour ça...

L'année suivante est un peu meilleure pour l'OM, mais pas tellement pour Bouna. Il est toujours considéré comme un joueur de rotation, sans réellement montrer ses qualités lorsqu'il est sur le terrain. Les coaches de l'OM défilent en 2 ans, mais sa situation reste la même. On parle même d'un départ durant le mercato estival 2017.

Marche arrière

L'idée qui va faire basculer la carrière de Sarr vient de Franck Passi, mais c'est Rudi Garcia qui l'expérimente : faire reculer Bouna en latéral droit. Faute de latéraux disponibles dans l'effectif phocéen, mais aussi grâce à sa condition physique impressionnante qui pousse même le préparateur physique de l'équipe de Rudi Garcia à le présenter à Eurosport comme "un vrai athlète, c'est le plus complet de l'effectif, une véritable machine de guerre."

Et ça marche ! Après une première fin août, Garcia retente le coup plusieurs fois jusqu'à la fin 2017, où Bouna devient vraiment incontournable notamment grâce au repositionnement de Sakai sur le côté gauche de la défense, conséquence de la blessure d'Amavi et de la prise de catch d'Evra sur un supporter qui lui a valu un C4. Le malheur des uns fait le bonheur des autres, comme on dit. Sur les 16 derniers matchs, le franco-guinéen est titulaire 12 fois en qualité de latéral pour 9 victoires et 3 nuls. Pas mal quand on se dit que les supporters français le moquaient pour certaines de ses prestations fantomatiques ou son petit faible pour les chichas.

Garcia n'était pas assez satisfait de son rendement d'ailier, comme il l'explique à La Provence : "Devant, il plafonnait un peu, Il est meilleur quand il arrive de plus loin. Il avait déjà les qualités athlétiques, de puissance, d'endurance, de vitesse, de centre et de dernière passe." Repositionné à l'arrière droit à l'image d'un Florenzi, que le technicien français avait aussi fait reculer dans sa période romaine, il a en effet toutes les qualités du latéral offensif moderne. D'ailleurs, Bouna se considère aujourd'hui comme un vrai latéral, comme il l'a dit en conférence de presse mi-janvier : "Je vous confirme que je suis latéral droit. C'est mon nouveau poste." Ses dernières prestations ont même attirés l'oeil de certains clubs anglais durant le mois de janvier. Et de Didier Deschamps...

En route pour la Russie ?

Selon plusieurs médias français, Didier Deschamps et son staff l'observeraient pour être la doublure de Djibril Sidibé au Mondial russe. Car à part le défenseur monégasque, aucun latéral droit ne sort du lot actuellement : Debuchy, Jallet et Sagna ont leurs plus belles années derrière eux, Corchia ne joue pas beaucoup à Séville et Pavard, le dernier essai en date du sélectionneur français à ce poste, est un défenseur central. Bouna qui a, pour l'instant, refusé toutes les avances faites par la fédération guinéenne, est-il capable de bousculer la hiérarchie et de nous faire une Pascal Chimbonda en 2006 ?

Nous aurons un élément de réponse en mars lors de la sélection de Deschamps pour le match face à la Colombie et la réponse finale au mois de mai prochain, lors de la liste définitive de DD pour la Coupe du Monde en Russie.

Par Robin Maroutaëff (stagiaire)

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