" Le football en Chine est artificiel "

14/03/17 à 15:00 - Mise à jour à 15:23

Source: Sportmagazine

Arie Haan a mis le cap sur la Chine en 2002. Il ne savait rien de ce pays mais il y a finalement travaillé dix ans. Aujourd'hui, le football est tendance en Chine mais Haan nourrit des doutes quant à son avenir.

" Le football en Chine est artificiel "

" Je n'ai encore jamais vu un joueur ou un entraîneur revenir dans un grand club après avoir transité par la Chine. " © BELGAIMAGE - KEES VAN DE VEEN

Tu es surpris de tout ce qui se passe en Chine, les transferts ronflants, les énormes investissements ?

HAAN : Non, je ne suis pas étonné. La Chine est une énorme bulle d'air, comme le football américain il y a des décennies. Les Chinois veulent montrer qui est le plus riche. Si Monsieur Li dépense vingt millions, Monsieur Yu en allongera trente.

Penses-tu qu'à terme, le football chinois va progresser ?

HAAN : Non. Pour développer le football dans un pays, il ne suffit pas d'engager quelques stars. Elles sont positives pour le marketing. Quand j'entraînais là-bas, sans me demander mon avis, Chongqing a embauché Ailton, le Brésilien du Werder Brême. J'étais furieux car je ne pensais pas qu'il avait encore le niveau. J'ai dit : Je ne peux rien en faire, pourquoi l'avez-vous transféré ? Les dirigeants ont reconnu que c'était pour la publicité. Les footballeurs sont des outils de marketing.

Les footballeurs européens vont-ils s'égarer en Chine ?

HAAN : Oui. Quand tu joues en attaque, tu dépends des ballons que tu reçois. Drogba et Anelka y ont échoué. Un avant qui a l'habitude de courir vers l'avant, en Europe, sachant qu'on va lui adresser le ballon, ne le recevra pas immédiatement en Chine. Un médian détermine beaucoup d'éléments, c'est plus facile. Mais je n'ai encore jamais vu un joueur ou un entraîneur revenir dans un grand club après avoir transité par la Chine. Ici, on a décrété que le football chinois était un sport amateur.

Que représente le club de Witsel ? Tu as vécu à Tianjin ?

HAAN : C'est le deuxième club de la ville. Il vient d'être promu. Une chouette ville. Du moins quand on connaît le chemin. Elle compte sept millions d'habitants.

Si Witsel t'avait demandé conseil, que lui aurais-tu dit ?

HAAN : Je l'ai trouvé fantastique quand je l'ai vu jouer en Coupe d'Europe avec le Standard contre la Sampdoria. Il avait alors 19 ans, il possédait une bonne technique et il jouait souvent en profondeur. Ensuite, il a joué trop bas. J'ai entendu dire qu'il avait aussi la possibilité de signer à la Juventus. Alors, je lui aurais conseillé d'aller à la Juventus.

Tu ne sembles pas très optimiste sur les effets directs de tous ces gros transferts.

HAAN : Ils pensent que ça va améliorer le football chinois mais je ne le crois pas. Ces joueurs vont s'adapter aux Chinois. Après tout, on joue toujours au niveau du plus mauvais footballeur. C'est pareil à l'entraînement. C'est le plus mauvais joueur qui détermine comment on s'entraîne. Il faut donc faire en sorte qu'il soit bon. Ce n'est pas Witsel mais le joueur le plus faible qui influence le niveau de son équipe.

Tu as écrit un livre sur tes méthodes de travail en Chine. Le titre en est : " Non n'existe pas. "

HAAN : Parce qu'on ne dit pas non en Chine. Le mot existe bien mais on ne l'emploie pas. Les Chinois tournent autour du pot. Ils ne vous disent jamais en face ce qu'ils pensent vraiment. Quand on lui demande s'il viendra vous rendre visite le lendemain, le Chinois vous répondra : oui ou peut-être. Peut-être est synonyme de non. On considère le mensonge comme une nécessité. Les Chinois ne veulent pas vous décevoir. Ils préfèrent mentir. Peu d'entre eux vous disent en face ce qu'ils pensent. Mais bon, ça arrive aussi ici.

Par Geert Foutré et Jacques Sys à Winschoten

Retrouvez l'intégralité de l'interview d'Arie Haan dans votre Sport/Foot Magazine

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