Le Barça en crise ?

08/03/17 à 10:00 - Mise à jour à 07/03/17 à 16:23

Source: Sportmagazine

Barcelone a quitté Paris avec quatre buts dans les bagages, et a perdu sa carte d'identité au Parc des Princes. Elle devrait la retrouver dans son Camp Nou, là où tant de gens la connaissent par coeur. Mais le stade regarde ses enfants, et il demande un test ADN. La famille catalane est en crise. Ici, les tribunes sifflent et les joueurs soufflent.

Le Barça en crise ?

Messi après son but face à Leganés. © BELGAIMAGE

Celia Cuccittini s'invite souvent au Camp Nou. Bien malgré elle. La grand-mère maternelle de Lionel Messi est pointée du doigt à chaque but de la Pulga, qui dresse ses yeux et ses index vers le ciel en mémoire de celle sans qui sa carrière n'aurait jamais pris son envol. 272 matches sur la pelouse du Barça, et 272 buts, presque toujours dédiés à l'abuela.

Presque, donc. Parce que contre Leganés, il y a un peu plus de deux semaines, Celia n'apparaît pas quand Messi propulse un penalty, violent comme une porte qui claque, dans la lucarne d'un Iago Herrerin qui avait pourtant choisi le bon côté. Les smartphones qui illuminent les tribunes par milliers voient apparaître sur leur écran un Messi sans joie.

L'Argentin bouderait-il cette victoire sans panache ? Ou se rebelle-t-il au bout d'un match où les sifflets ont fait office de bande originale, cinq jours à peine après le fiasco parisien ? Lionel Messi rentre au vestiaire. Sans un sourire. Sans une poignée de mains.

" Quand Messi ne sourit pas, c'est qu'il y a un problème ", a un jour concédé Pep Guardiola, qui aimait répéter que sa préoccupation principale était le bonheur de son numéro 10.

ENRIQUE À BOUT

Critiqué tous azimuts, même si rien n'est encore joué sur trois tableaux, Luis Enrique a pris les devants en annonçant qu'il se le tiendra pour dit, au Barça, en fin de saison.

Critiqué tous azimuts, même si rien n'est encore joué sur trois tableaux, Luis Enrique a pris les devants en annonçant qu'il se le tiendra pour dit, au Barça, en fin de saison. © BELGAIMAGE

En début de match, derrière le Gol Nord, la Grada d'Animació tranche avec les coutumes locales. Alors qu'il est habituellement honoré à la 21e minute, en hommage à son numéro de maillot lors de son passage sur la pelouse du Camp Nou, le nom de Luis Enrique retentit juste après le but d'ouverture de Messi, alors qu'on joue seulement depuis quelques centaines de secondes. Le reste du stade répond avec des sifflets.

Le Gol Nordréplique avec un " Barça hasta la muerte " qui exacerbe les symptômes de tribunes divisées. La scène, aux contours surréalistes, se reproduit à plusieurs reprises durant la rencontre, comme le refrain d'une chanson qui tirerait le portrait d'un club plongé en pleine crise identitaire.

Considéré comme l'un des responsables de la perte de style du Barça, parce qu'il ferait trop reposer son football sur les épaules de son trident offensif, le coach asturien traverse la deuxième période tumultueuse de son triennat à la tête du club culé, après des premiers mois difficiles qui avaient failli lui coûter sa place en janvier 2015, quatre mois avant de soulever trois trophées.

Si rien n'est encore joué pour le Barça en matière de titres cette saison, Lucho aura pris cette fois les devants en annonçant, à la faveur du match à domicile suivant, face à Gijon (6-1), qu'il allait tirer sa révérence en fin de saison. " La raison, c'est ma manière de vivre ce métier, intensément, en cherchant toujours des solutions. Cela ne laisse pas beaucoup d'heures de repos et j'ai besoin de me reposer ", dit-il lors de la conférence de presse d'après-match. Et de conclure son laïus en précisant que son engagement sera total pendant les 3 mois qui le séparent de la fin de son contrat.

LES POINTS, C'EST TOUT

En retournant au vestiaire, les joueurs passent dans le couloir où sont exposées d'immenses photos des cinq victoires du club en Ligue des Champions. Des titres remportés, pour la plupart, par un club qui savait à quoi il jouait, et qui était fier de sa différence. Aujourd'hui, le Barça a toujours énormément de talent. Son trio offensif est sans doute le meilleur de l'histoire du jeu, et devrait lui permettre d'encore garnir son interminable salle des trophées.

Parce que " de bons joueurs, même sans idée, ils peuvent toujours gagner ", adresse Angel Cappa, ancien entraîneur devenu analyste, en guise de conclusion. Mais au-delà des victoires, Barcelone semble être devenu un club comme les autres. Le football ordonné et les pépites du centre de formation se trouvent, aujourd'hui, dans la capitale, où Marco Asensio, Lucas Vasquez et Nacho Fernandez font la fierté de la Fábrica madrilène.

Les Blaugranas, eux, ressemblent plutôt à ces Galactiques désarticulés qui vivaient au Bernabeú dix ans plus tôt. La fameuse joie de jouer, ciment de ce vestiaire catalan où les mines débordantes de bonheur tournaient presque au stéréotype, semble avoir disparu. Le Barça prend encore des points, mais il ne prend plus de plaisir.

Par Guillaume Gautier, à Barcelone

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