Marc Degryse
Opinion

30/04/18 à 11:53 - Mise à jour à 12:49

Iniesta - Wenger, dites " 22 " et " chapeau "

Pour Marc Degryse, le chroniqueur de Sport/Foot Magazine, Andrés Iniesta représente le talent et la classe à l'état pur.

Iniesta - Wenger, dites " 22 " et " chapeau "

Andrés Iniesta tire sa révérence. © D.Nakashima/AFLO

Dans toute l'histoire du football, c'est difficile de trouver des stars qui font l'unanimité pour elles. Même dans le cas des plus grands noms, il y a toujours un clan, même très limité, qui trouve des arguments contre. Je vois une exception : Andrés Iniesta. Je ne me souviens pas d'avoir lu un seul commentaire négatif, une remarque désobligeante sur lui. C'est le talent, la classe à l'état pur. Sur le terrain et en dehors.

Iniesta, c'est 35 trophées majeurs. Vraiment majeurs parce que le titre de champion d'Espagne, c'est le top. La Ligue des Champions, c'est le top. Et il y a ses succès avec l'équipe nationale, le Championnat d'Europe et la Coupe du Monde. Impossible de viser plus haut. Il y a seulement un manque au niveau individuel, l'absence du Ballon d'Or sur son CV. On sait seulement que s'il n'avait pas joué au foot en même temps que Cristiano Ronaldo et Lionel Messi, il en aurait aussi pêché quelques exemplaires.

On n'a jamais surpris Iniesta à être arrogant. Ce gars est simple, dans la vie comme sur le terrain. La semaine passée, quand il a annoncé qu'il allait quitter Barcelone après 22 ans de présence là-bas, il n'y a eu que des réactions marquées par le respect. Unanimité, encore une fois ! Il n'est pas tellement l'homme qui marque des buts, il a de toute façon des gars hyper brillants autour de lui pour le faire à Barcelone. L'histoire retiendra qu'il a été le seul buteur en finale de la Coupe du Monde en Afrique du Sud, mais dans l'inconscient collectif, c'est encore plus son flair qui restera. Le flair, la vision du jeu, l'art de trouver le coéquipier le mieux placé, la grâce : Iniesta, c'est surtout ça. C'est d'abord ça qui a fait sa popularité pour toujours. En plus de sa personnalité.

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"Je ne me souviens pas d'avoir lu un seul commentaire négatif, une remarque désobligeante sur Andrés Iniesta."

Quand on l'annonce en Chine, encore une fois, il n'y a personne pour critiquer son choix. Il est un des seuls footballeurs dont un départ vers ce pays ne suscite pas de commentaires négatifs. Comme si tout le monde lui accordait ce bon de sortie sans se sentir obligé de lui poser des questions. Comme si ce départ était simplement normal. Le foot européen va perdre un gars génial, ça promet des émotions très fortes quand il foulera pour la toute dernière fois la pelouse du Nou Camp. Il fallait voir la réaction des supporters de Séville, dernièrement, en finale de la Coupe d'Espagne. Leur équipe a été atomisée, 5-0. Et qu'est-ce qu'ils ont fait quand Iniesta a marqué son but ? Ils l'ont applaudi !

À côté de ces adieux, il y a le départ d'Arsène Wenger. Lui aussi a passé 22 années dans le même club. Mais dans son cas, il n'y a sûrement pas la même unanimité. Il y a tous ceux qui sont sous le charme de sa performance : rester aussi longtemps dans un club du top d'un championnat du top, c'est vraiment exceptionnel. Il y a aussi écrit une superbe carte de visite avec des titres de champion, des Coupes d'Angleterre. Le gros bémol, c'est l'absence de victoire finale en Ligue des Champions.

Il y a un an, Wenger était sur un siège éjectable. Sa direction estimait qu'il avait définitivement fait son temps à Arsenal. C'est la victoire en finale de la FA Cup qui l'avait sauvé, ça lui avait permis de signer une nouvelle prolongation de deux saisons. Ce n'était sans doute pas la meilleure idée. Aujourd'hui, la même direction comprend qu'elle ne peut plus continuer avec lui et elle lui demande de partir. Mais elle a lui a donné l'occasion d'annoncer lui-même qu'il arrêtait. Tout est dans la nuance. Le public n'est pas dupe, et au final, c'est malheureux qu'une légende pareille doive filer par la petite porte. Ce qui a le plus frappé cette saison à Arsenal, ce sont les nombreux sièges vides dans le stade lors des matches à domicile. Et les protestations d'une partie des supporters par rapport à l'entraîneur. On aurait pu éviter ces adieux sur un ton mineur. Le Professeur méritait autre chose. Mais ce départ difficile, il l'a donc lui-même cherché. Il peut encore sauver la face en gagnant l'Europa League. Mais ça me paraît sacrément mal embarqué.

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