Gullit : "On cloue trop le bec aux joueurs un peu spéciaux"

19/01/18 à 10:00 - Mise à jour à 17/01/18 à 15:16

Ruud Gullit évoque la période où il a été assistant de Dick Advocaat en équipe nationale des Pays-Bas, la crise du football néerlandais et son tempérament éternellement optimiste.

Gullit : "On cloue trop le bec aux joueurs un peu spéciaux"

Ruud Gullit : "Les entraîneurs néerlandais restent trop dans leur bulle, à l'étranger". © reuters

Ruud Gullit à propos...

...du football attractif : "La seule chose qui compte, surtout en équipe nationale, c'est la victoire. Je m'étonne depuis des années de cette obstination qu'ont les Néerlandais à parler de football attractif. Nous ne sommes plus en mesure de produire ce football-là. Lorsque je jouais à l'AC Milan, nous avions une équipe magnifique. Mais nous avons gagné les trois quarts des rencontres de manière peu convaincante. Personne ne s'en est offusqué en Italie, car nous avons soulevé le trophée. Et l'on parle là du top absolu. Je veux dire : Pep Guardiola a dépensé 500 millions d'euros avant que Manchester City ne développe le football qu'il voulait. Et l'on voudrait, aux Pays-Bas, que l'on casse la baraque en produisant un football attractif? Restons sérieux."

...de l'image des Néerlandais à l'étranger : "Je n'oublierai jamais la réaction de Carlo Ancelotti, lorsqu'il voyait des journalistes néerlandais débarquer dans la salle de presse de l'AC Milan: 'Ah, revoilà les professeurs!' Nous sommes toujours perçus de cette manière-là, à l'étranger. Comme des gens qui veulent toujours avoir le dernier mot en matière de tactique, mais qui n'ont jamais remporté un trophée majeur. Nous nous sommes nous-mêmes bâti cette image. Si c'est pour ça qu'il n'y a plus de coach néerlandais dans les grands championnats ? Cela joue sans doute un rôle, oui. Personnellement, je ne suis pas surpris. Les entraîneurs néerlandais restent trop dans leur bulle, à l'étranger. Ils propagent la bonne parole, à leur manière, dans des pays qui ont une autre culture footballistique. Lorsqu'on veut travailler à l'étranger, il faut pouvoir s'adapter, c'est très important."

...du dialogue entre joueurs et entraîneurs : "Cela pourrait être mieux. Je trouve que les joueurs un peu spéciaux sont trop souvent rappelés à l'ordre. Ils devraient être écoutés, parce qu'ils osent réfléchir différemment des autres. Peu importe qu'un talent soit un peu fou. Je préfère cela à un régiment où tout le monde se comporte de la même manière. Chacun a ses particularités. Moi aussi, j'étais parfois un peu bizarre. Regardez simplement ce que les joueurs ont à proposer sur le plan footballistique, puis entamez la discussion avec eux et essayez d'en tirer la quintessence. Si vous y parvenez, toute l'équipe en profitera."

...de Memphis Depay : "J'ai eu des discussions très intéressantes avec lui. Memphis a sa propre manière de voir les choses. Il estime que les gens doivent le laisser tranquille, et ne pas se mêler de ses privilèges. Il en a le droit. Mais que voulez-vous: il propage lui-même les images de sa vie privée via les réseaux sociaux. En agissant de la sorte, il donne l'occasion aux personnes extérieures de le juger. Donc: soit on se fiche des critiques, soit on ne donne pas de munitions à ses détracteurs. Qu'on le veuille ou non, on ne changera pas le monde. Finalement, tout est fonction des prestations. Et Memphis lui-même en apporte la meilleure preuve: il joue bien à l'Olympique Lyon, et du coup, les gens ne parlent plus que de son jeu. Il doit veiller à ce qu'il en aille encore ainsi à l'avenir."

Par Simon Zwartkruis

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