Belgique - Hongrie : "Oh Capitaine, mon Capitaine!"

27/06/16 à 16:19 - Mise à jour à 16:21

Source: Sportmagazine

Les systèmes semblaient s'être équilibrés au fil du match. Mais au-dessus de la tactique, il y avait Eden Hazard. Analyse de la large victoire belge face à la Hongrie.

Belgique - Hongrie : "Oh Capitaine, mon Capitaine!"

Eden Hazard © AFP

Dans la version belge du Cercle des Poètes Disparus, le merveilleux rôle du professeur Keating est endossé par Marc Wilmots. Du charisme à revendre, et un dégoût profond pour les manuels qui scolarisent l'analyse de sa passion. Sa poésie à lui, c'est le football. Et il l'écrit sans se soucier de l'harmonie d'un alexandrin ou de la justesse d'une rime embrassée. Des mots, rien que des mots, qui sortent sans aucun ordre de la tête d'un individu poussé à son paroxysme.

L'opposition de style ne pouvait pas être plus parfaite, face à une Hongrie qui maîtrise le jeu de position à merveille. Une preuve qu'on peut tenter de faire du Pep Guardiola sans avoir de talents hors catégorie dans son onze. Un collectif hors-normes réduit par beaucoup à ses centimètres, alors qu'on parle d'une équipe où Adam Nagy joue les Busquets, et où Roland Juhasz doit relancer comme Jerome Boateng. Une idée folle qui a offert aux Magyars les huitièmes de finale. Alors, la Hongrie décide de jouer avec ses armes, quitte à mourir en les tenant en mains. Orgueilleux suicide.

Car le marquage individuel de Marc Wilmots, si souvent décrié pour son anachronisme, est parfait de paradoxe contre ces Hongrois. Les décrochages de Nagy entre ses deux arrières centraux à la relance font monter De Bruyne d'un cran, et tout le bloc belge dans son sillage. Le 4-2-3-1 belge épouse trop parfaitement les mouvements mécaniques du 4-3-3 hongrois, dans un jeu en miroir qui devient déformant pour les Magyars. Parce qu'elle veut construire proprement, la Hongrie " force " la Belgique à presser haut. Parce que ses individus sont moins bons que les nôtres, elle perd la plupart de ses duels. Et les Diables disent merci.

LE SUICIDE HONGROIS

Eden Hazard

Eden Hazard © Icon Sport

Gabor Kiraly joue court. Et emmène la Belgique dans le camp hongrois. Tellement haut que Thomas Vermaelen fait une faute à 60 mètres de notre but après deux minutes. Entre les lignes, Radja Nainggolan semble avoir un troisième oeil au milieu du front, tant il coupe toutes les trajectoires. À chaque ballon récupéré, il profite des montées des latéraux hongrois à la construction pour régaler ses ailiers. Le rapport de force est ridicule de déséquilibre.

Côté gauche, Eden Hazard apparaît une première fois. Il fait danser les Hongrois, puis trouve Vertonghen. Le ballon arrive chez De Bruyne, qui provoque un coup franc et le dépose sur la tête de Toby Alderweireld. La zone défensive des Magyars sur phase arrêtée est calamiteuse. Et la Belgique s'installe déjà dans ce scénario qu'elle aime tant. Elle peut attendre, et contrer.

La Hongrie persiste. Ses lignes sont écartées par sa volonté de jouer. À tel point qu'elles font apparaître Romelu Lukaku dos au but. Le 9 des Diables offre un caviar du droit à Kevin De Bruyne dans la profondeur, récidive avec Hazard (signalé hors-jeu), protège son ballon pour ouvrir une fenêtre de tir à Alderweireld avant d'oser une louche merveilleuse au-dessus de la défense. Dans le rectangle, par contre, Romelu reste introuvable au bout de contre-attaques qui sentent plus l'improvisation que la coordination. Quand il appelle au premier, De Bruyne le laisse sur répondeur et centre au second poteau. Cette Belgique est celle de Dries Mertens, titularisé pour la première fois de la compétition : hyperactive, électrique, mais imprécise et mal inspirée dans son dernier geste.

À L'AMÉRICAINE

Eden Hazard

Eden Hazard © Icon Sport

Jan Vertonghen est magnifié offensivement par son marquage individuel sur les décrochages de Balazs Dzsudzsak. Mis sous l'éteignoir, le capitaine hongrois décide de perturber son chien de garde en se déplaçant à l'intérieur du jeu, entre les lignes belges. La Hongrie trouve son gaucher et respire enfin, avec deux frappes lointaines qui flirtent avec le but de Courtois en guise de bonbonne d'oxygène.

Les Magyars semblent avoir résolu le problème collectif, mais ont un double handicap : le marquoir, et Eden Hazard. Car le numéro 10 des Belges entre dans une autre dimension à partir de la demi-heure. Balle au pied, ses démarrages sont hallucinants. Avec ce maillot cycliste sur les épaules, on croirait voir Philippe Gilbert s'envoler vers l'arc-en-ciel dans le Cauberg. Eden trouve Mertens à la 34e, la faute hongroise permet à De Bruyne de frapper un coup franc somptueux, détourné sur la barre par Kiraly. C'est encore Dries qui se trouve au bout d'une course axiale d'Hazard juste avant la mi-temps, mais son tir échoue sur le gardien hongrois. Les Diables sont dans un scénario à l'américaine. Mais contrairement au huitième de 2014, c'est Hazard qui endosse le premier rôle.

La mi-temps ne calme pas le capitaine belge. Sa deuxième période mériterait une diffusion en boucle au Louvre, dans la salle " Arts du XXIe siècle ". Huit dribbles réussis en autant de tentatives, deux cartons jaunes provoqués, et tellement de football. La Coupe d'Europe n'avait plus vu ça depuis 2008, ce jour où Andreï Arshavin avait fait figure de Ballon d'or du futur après une démonstration face aux Pays-Bas. Trente secondes après la sortie des vestiaires, Hazard désoriente Lang et envoie un missile vers le but, détourné par Kiraly.

SIGNÉ EDEN

Eden Hazard

Eden Hazard © BELGA

Paradoxalement, c'est le début d'une demi-heure où la vie du match peut basculer. Parce que pendant trente minutes, on sera plus proche du 1-1 que du 2-0. Dzsudzsak, encore sorti de sa zone pour perturber le marquage belge, dépose un centre sur la tête de Szalai, mais Vermaelen la sauve comme s'il avait des gants sur le front. Courtois doit quand même apparaître à la 66e, sur un tir dévié de Pinter qui l'oblige à concéder un corner. Juhasz frôle le montant, Vermaelen perd sa place en quarts en préservant notre avantage : la Hongrie s'est guérie, et fait souffrir la Belgique. En trente minutes, il y a cinq tirs de chaque côté, dont quatre dans le rectangle pour les Magyars.

Mais que peuvent vraiment faire les Hongrois face à cet Eden Hazard ? On croirait en 2011. Comme si Eden jouait avec les pieds du meilleur Messi de l'histoire et le grand braquet de Philippe Gilbert. Le capitaine semble parfois frustré lors de contres belges plus souvent conclus par une mésentente que par un tir au but. Alors, il prend les choses en mains. Sa passe sublime pour Carrasco au-dessus de la défense hongroise ne rapporte qu'un corner. Le ballon est repoussé, il le récupère à l'entrée du rectangle, et tente une passe sur la gauche, vers Axel Witsel. Mésentente, encore. Alors, Eden décide que ce ballon était une passe pour lui-même. Il n'y a jamais de mésentente quand on parle tout seul. L'accélération est surréaliste, le centre pour un Batshuayi opportuniste est parfait. C'est 2-0.

Et puis trois, quelques secondes plus tard. Le temps pour Hazard de recevoir un ballon de Kevin De Bruyne, après une reconversion magnifiquement menée par Carrasco. Eden temporise, gratte le ballon, comme s'il prenait une grande inspiration avant de plonger vers la légende. La supériorité est insolente. Les Hongrois sont trois mais dès le début de l'action, on sait que le ballon finira au fond des filets. Hazard s'assied à la table des géants, et il paie une tournée générale.

Courtois écoeure une dernière fois les Hongrois, et Witsel réalise la passe la plus verticale de sa carrière pour trouver un Nainggolan perdu en position d'attaquant de pointe. Radja, gargantuesque pendant toute la partie, fait parler sa finesse pour envoyer Carrasco vers un score aux allures de punition. La Belgique est en quarts de finale, avec une nouvelle énigme à résoudre : des poètes peuvent-ils tuer un Dragon ?

Guillaume Gautier

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