Belgique-Chypre : un dernier pour la faim

12/10/17 à 11:38 - Mise à jour à 11:36

Source: Sportmagazine

Analyse de la victoire des Diables rouges face à Chypre (4-0).

Belgique-Chypre : un dernier pour la faim

© BELGA

Pour ne pas mettre son public de mauvaise humeur, la Belgique se lève du pied droit. La possession nationale des premiers instants est incontestable, et active alternativement Thorgan Hazard et Thomas Meunier. 130 secondes de jeu, déjà trois centres, mais pas encore de tir. Au milieu de la forteresse adverse, Michy Batshuayi est introuvable. Les Chypriotes ont décidé d'appliquer un plan différent. Presque une défense à six, où les ailiers font de leur mieux pour gêner le centreur pendant que les membres de la défense restent bien installés dans la surface. L'idée est claire : puisque la Belgique arrive toujours à centrer, autant se concentrer sur ceux qui doivent recevoir le ballon, en les privant d'espace le plus possible.

Chypre prend confiance, au fil des centres repoussés dans un rectangle presque entièrement peuplé de blanc. Alors, nos hôtes décident de prendre le ballon à leur tour. 47 secondes et 17 passes chypriotes plus tard, un pressing agressif et réfléchi de Youri Tielemans offre une passe décisive à Eden Hazard, auteur d'un plat du pied parfaitement glissé que Thierry Henry a dû apprécier. La Belgique avait déjà beaucoup centré, mais c'est la première fois qu'elle tire au but. Chypre a tenté de ne plus courir après le ballon, et se retrouve à courir après le score.

YOURI NAINGGOLAN

Le match s'endort, et la tribune s'éveille. Une banderole "Bring back the Ninja" implore le retour de Radja Nainggolan, héros de la nation devenu excédentaire dans le football de Roberto Martinez. Mais sur le terrain, c'est un peu comme si Radja était là.

Le sélectionneur a sa version propre et lisse du Romain. Un patron à peine caché par sa peau d'enfant. Métamorphosé par le football de René Weiler, à l'opposé de sa formation anderlechtoise, Tielemans se multiplie au pressing, qu'il lance parfois tout seul mais réussit souvent, grâce à sa faculté à arriver rapidement dans les pieds de l'adversaire et à la faiblesse technique des Chypriotes sous pression.

Une fois le ballon récupéré, Tielemans joue vite, sans jamais se précipiter. Youri combine, cherche la profondeur et n'hésite pas à activer son jeu long pour faire courir le bloc adverse. Pendant les phases de possession, il tourne systématiquement son regard vers le but, pivotant à toute allure pour voir le jeu quand sa défense le sert dans les pieds. Un autre enseignement de Weiler, qui se plaignait de le voir si souvent tourné vers son gardien, alors que les buts se créent en posant les yeux sur ses attaquants. Le Monégasque conclut la mi-temps par une balle de 2-0 offerte à Batshuayi, et un tir forcé après un nouveau pressing abouti. Après sa très bonne montée au jeu en Bosnie, Tielemans confirme que l'été russe ne devrait pas se faire sans lui.

THORGAN ET ROMELU

Envoyé au but par son frère on the buzzer avant la pause, Thorgan Hazard sort de 45 minutes plus fougueuses que précises. Une dizaine de centres qui paraissent bons au départ, mais ne trouvent personne à l'arrivée, et puis ce face-à-face gâché. La deuxième période semble repartir sur les mêmes bases, avec un centre en retrait de Nacer Chadli envoyé sur la piste d'athlétisme bruxelloise, mais Thorgan finit par ajouter l'efficacité à sa partition quand il suit parfaitement une frappe de Batshuayi mal repoussée par le gardien chypriote pour doubler l'avantage national.

Puisque le plan de Chypre n'a toujours pas changé, la Belgique adapte le sien, et recule pour mieux sauter ses adversaires avec du jeu long et précis. Après Axel Witsel, à la manoeuvre sur le 2-0, c'est au tour de Toby Alderweireld de réactiver ses célèbres transversales, presque devenues rares, pour envoyer Chadli dans le dos du latéral droit chypriote. Plutôt que d'envoyer un centre hasardeux, le pestiféré de West Bromwich rentre dans le jeu et glisse un ballon en retrait vers Eden Hazard, mouvement astucieux interrompu par une main adverse. Penalty, Eden, vous connaissez la suite.

Le match n'existe plus, la victoire est actée et la qualification est déjà de l'histoire ancienne, mais les Diables continuent à courir. Romelu Lukaku monte sur la pelouse avec l'estomac grand ouvert, et dévore une défense fatiguée par une heure de concentration sans relâche. Après un enchaînement très propre dos au jeu, le buteur des Red Devils envoie Dries Mertens sur orbite, mais le Napolitain confirme son talent peu enviable pour croquer les contre-attaques en offrant à Eden Hazard un centre imprécis.

Lukaku décide alors de finir le travail en solo. Mis sur orbite par un Witsel plus vertical que jamais, le Rom' déménage la défense chypriote, envoie le musculeux Giorgios Merkis au tapis, et conclut par une frappe claquée dans les filets adverses. "En un-contre-un sur quarante mètres, personne ne peut m'arrêter", avait raconté l'attaquant de Man U à SFR Sport. Certains avaient pris ça pour de l'arrogance. Et si c'était seulement de l'objectivité ?

DITES 43

L'estomac national est encore éveillé. On joue la 84e minute, et Kevin De Bruyne se joint à Romelu pour un pressing sur les derniers défenseurs adverses qui fait presque oublier l'écart au marquoir. La Belgique chasse le record allemand, ses 43 buts égalés et ce numéro 44 qui la ferait entrer dans l'histoire. Lukaku la frôle par deux fois, mais son missile du pied gauche est signalé hors-jeu tandis que le gardien chypriote repousse la dernière cartouche belge dans les arrêts de jeu. Les trois coups de sifflet de l'arbitre réveillent Thibaut Courtois, sans doute assoupi par un match bouclé sans le moindre tir cadré adverse à se mettre entre les gants.

Certains rappelleront que les chiffres ont été gonflés par les 15 buts plantés aux sans-grade de Gibraltar. D'autres leur répondront que 15 des 43 buts allemands ont été marqués face aux amateurs de Saint-Marin. La Belgique sort de ces qualifications avec un arsenal offensif presque sans égal, et des frayeurs défensives comme revers de cette médaille de buteurs compulsifs. Mais pour nos futurs adversaires, quels qu'ils soient, la question initiale restera toujours la même : avant de penser à marquer un but, comment faire pour ne pas en prendre contre cette sélection qui sort de ses qualifs avec une moyenne d'un but toutes les 21 minutes ?

Nos partenaires