"Quand j'ai arrêté de pédaler, je n'ai plus ressenti que du bonheur"

21/04/17 à 12:00 - Mise à jour à 18/04/17 à 17:08

Source: Sportmagazine

On a organisé la première édition de "Liège-Bastogne et retour" en 1892, il y a 125 ans. C'est le monument le plus ancien. Tout le monde se souvient de l'exploit de Frank Vandenbroucke en 1999 mais la Doyenne est un fonds inépuisable d'exploits. Aperçu.

"Quand j'ai arrêté de pédaler, je n'ai plus ressenti que du bonheur"

Le Blaireau dans des conditions d'enfer. © PHOTO BANK STAD KORTRIJK

1980 NEIGE-BASTOGNE-NEIGE

Une tempête de neige s'abat sur le peloton, réduit de moitié à Bastogne. Transis de froid, les coureurs supplient les supporters, parmi lesquels le père de Philippe Gilbert, de les ramener à Liège, à moins qu'ils ne s'abritent dans les fermes et les maisons, le long de la route. Le vainqueur de 1977, Bernard Hinault, songe plusieurs fois à abandonner. " Sans moi, il l'aurait fait ", raconte son équipier Maurice Le Guilloux. " Mais je pense qu'il n'aurait quitté le navire qu'en dernier. "

A Vielsalm, le ciel s'éclaircit et le directeur sportif Cyrille Guimard arrive à hauteur d'Hinault. Ils se disputent. " Cyrille m'a dit d'enlever ma veste de pluie mais j'avais froid. Je lui ai dit : - T'es fou ? Il fait froid ! Cyrille a répété son ordre : - La course commence ! Furieux, je lui ai jeté ma veste à la tête. Pour me réchauffer, il ne me restait plus qu'à attaquer ! "

Le Breton démarre dans la Wanne. Au sommet de la Haute-Levée, il a rattrapé le dernier échappé, Rudy Pevenage. Il est seul, à 77 kilomètres du but. Déchaîné, il accroît son avance dans le Rosier, la Redoute et les Forges. A l'arrivée, il compte neuf minutes et demie d'avance sur les deuxième et troisième, Hennie Kuiper et Ronny Claes.

C'est le plus grand écart d'après-guerre. Seuls 21 des 174 participants franchissent la ligne d'arrivée, ce qui est le pourcentage le plus faible de l'histoire de la course. Hinault ne lève même pas les bras. " J'étais vanné. Si j'avais lâché mon guidon, je serais tombé face contre terre. "

De nos jours encore, on parle au Breton de Liège 1980. Il faut dire que ce jour-là, il a définitivement perdu toute sensation dans deux doigts. " Les risques du métier ", se borne-t-il à dire.

2011 MATCH À DOMICILE POUR LE FAVORI

Philippe Gilbert en 2011.

Philippe Gilbert en 2011. © PHOTO BANK STAD KORTRIJK

La Flèche brabançonne, l'Amstel Gold Race et la Flèche wallonne en l'espace de dix jours : au printemps 2011, Philippe Gilbert collectionne les succès. " Mais j'échangerais volontiers trois victoires contre Liège ", annonce le coureur de 28 ans, issu de Remouchamps, à la veille de sa neuvième participation.

Gilbert conserve de mauvais souvenirs de son premier passage dans le village de son enfance. " Nous n'avions personne dans la première échappée, ce qui me gênait ", dit-il dans " Mon année de rêve ". " On criait dans les oreillettes, ce qui m'empêchait de profiter des encouragements des gens de mon village. Ce jour-là, un homme a accompli un travail formidable : Jurgen Van De Walle. Il s'était retrouvé en tête du peloton. Sans lui, nous aurions peut-être déjà perdu la course. "

Il a un tout autre sentiment la deuxième fois, dans La Redoute. " Le moment le plus poignant a été le passage près du cimetière où reposent mes grands-parents. J'étais alors le seul du peloton à ressentir ces émotions et je ne pouvais les partager avec personne. C'était la folie totale dans la Redoute. Sur le moment même, j'étais très calme, je dirais même que j'étais sûr de gagner. "

A la Roche aux Faucons, c'est Andy Schleck qui mène la danse. Deux coureurs parviennent à le suivre : son frère Fränk et Gilbert. Un par un, le trio rattrape les échappés et les lâche. Greg Van Avermaet est le dernier à céder, à Saint-Nicolas. Gilbert accélère dans cette ascension immortalisée par Frank Vandenbroucke ; Andy Schleck accuse le coup mais refait son retard au-dessus. Malgré la supériorité numérique des Luxembourgeois, c'est le Wallon qui dirige la finale.

Les trois ténors sont ensemble à l'amorce de la dernière ligne droite. " J'ai lancé le sprint de loin ", dira Gilbert. " Pas parce que je me méfiais des frères Schleck mais parce que je voulais profiter des 30 ou 40 derniers mètres. Quand j'ai arrêté de pédaler, je n'ai plus ressenti que du bonheur. "

Par Benedict Vanclooster

Retrouvez l'intégralité de l'article consacré à Liège-Bastogne-Liège dans votre Sport/Foot Magazine

Nos partenaires