Mais que vont donc faire des "people" à Pyongyang ?

12/09/17 à 10:55 - Mise à jour à 10:54

Source: Afp

Un ex-catcheur nippon reconverti en parlementaire et un basketteur excentrique: les invités vedettes du régime de Pyongyang y vont-ils pour amuser la galerie où jouent-ils un quelconque rôle?

Mais que vont donc faire des "people" à Pyongyang ?

Dennis Rodman à l'aéroport de Pyongyang. © REUTERS

Au moment où les tensions entre la communauté internationale et la Corée du Nord sont à leur comble, l'agitation autour de ces personnages pose en effet question et ne plaît pas nécessairement aux gouvernements.

Avec plus de 30 séjours à son actif en Corée du Nord, le visage le plus marquant du catch japonais, Antonio Inoki, sénateur, est un habitué des vols entre la Chine (passage obligé) et le pays de Kim Jong-Un.

Quand la meute de journalistes à l'aéroport lui demande ce qu'il va faire là-bas, Inoki, élu depuis 1989 et dont le premier séjour à Pyonyang remonte à 1994, s'énerve: "étudiez un peu mon parcours, bande d'imbéciles", a-t-il tweeté au moment de son départ vers Pyongyang la semaine passée. Invariablement, l'homme à l'éternelle écharpe rouge (même en été) répond qu'il y va pour favoriser "les liens du sport", sans cacher qu'il a l'occasion sur place de rencontrer des personnalités de premier plan.

Interrogé sur les déplacements d'Inoki, le porte-parole du gouvernement japonais, Yoshihide Suga, peine à dissimuler son agacement, alors que la ligne officielle du gouvernement de Shinzo Abe est de "renforcer la pression sur Pyongyang" pour lui faire renoncer à ses développements de missiles et armes nucléaires.

L'ex-basketteur américain Dennis Rodman aussi prétend agir pour la bonne cause: "la chose principale que nous essayons de faire c'est d'ouvrir les portes entre les deux pays", déclarait l'excentrique ex-gloire des Chicago Bulls dans une vidéo filmée en juin. Celui qui était surnommé "The Worm" ("Le Ver") quand il excellait sur les parquets s'était en 2014 attiré une avalanche de critiques pour avoir chanté "bon anniversaire" à son "ami pour la vie", le dirigeant Kim Jong-Un.

'Une petite fenêtre'

Cultivant le mélange des genres, l'ex-partenaire de Michael Jordan chez les Bulls était aussi un des soutiens déclarés de Donald Trump (honni par le dirigeant nord-coréen) à la présidentielle de 2016.

Ces invitations émanent de la Korea International Sports Travel Company. Que Dennis Rodman, un athlète de haut niveau, soit de la partie ou que les invitations passent par la Sports Travel Company n'est pas anodin.

"La promotion du sport est étroitement associée à l'image de Kim Jong-Un: un dirigeant jeune et énergique. Elle est aussi un élément de la politique étrangère: une manière de faire flotter le drapeau national un peu partout dans le monde et de donner une image plus sympathique du pays", écrit l'essayiste et journaliste Philippe Pons dans son ouvrage "Corée du Nord, un Etat-guérilla en mutation".

"Je pense que ces visites sont inutiles du point de vue des négociations sérieuses en coulisses. Cela profite principalement aux personnes qui souhaitent faire valoir leur rôle de petite célébrité. Leur seule utilité mineure est parfois de nous ouvrir une petite fenêtre sur Kim Jong-Un et son cercle étroit", ajoute Daniel Sneider de l'université Stanford.

Dennis Rodman avait ainsi été la seule source sur la naissance du deuxième enfant de Kim Jong-Un, une petite fille nommée Ju-Ae. Le troisième a en revanche été annoncé par l'agence sud-coréenne Yonhap.

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